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L'Empire du Soleil Noir
De chaque côté, deux rangées d'obusiers. Le dernier soleil finit de disparaître et l'horizon s'embrase, brutalement et de manière si éphémère. Les ombres s'allongent jusqu'à tout recouvrir. Les armes de guerre brillent une dernière fois, reluisantes comme la faux. Les soldats, dans leurs tranchées, se retrouvent éclairés un court instant, comme pour énoncer leur funeste destin. Le noir enfin se fait, la nuit s'installe.

Le champ de bataille est une plaine, bordée de chaque côté par deux montagnes. Chaque Etat Major est installé sur un flanc respectif, dominant son camp, narguant l'ennemi. Ces terres sont le lieu de combat de ce peuple. Divisée en gouvernements, quand la situation devient telle qu'une guerre ne peut qu'éclater, c'est ici que cela se passe. De tout temps c'est ainsi que ce sont réglés les différends. Les pays ont été épargnés, les peuples sauvés.

Le silence est brusquement rompu. Un cri fuse dans le camp des O*** :

- Tous aux abris !

L'enfer est en vol, et, comme toutes les nuits, la lumière revient.
"Pourquoi tirent-ils ? hurla un soldat, poussant un camarade dans un abri.
- Ces bâtards ont changé leur célébration, voilà ce qu'il se passe !
- Mais ils ne peuvent pas ! Pourquoi n'avons nous pas été au courant !
- Moi j'ai envie de fêter ce jour en tuant des ennemis. Pas vous ?"

Sous le feu roulant, une dizaine de soldats s'activent, chargent leurs canons et font feu à leur tour.

-Nous n'avons pas assez de munitions pour faire comme eux !
-Alors on va devoir faire compter chaque tir ! Inclinez à 45° ! " et devant les regards mi-incrédules mi-terrorisés de ces compagnons " nous n'avons pas le choix ! Allez ! "

L'Etat Major des O*** comprenait enfin. Personne ne s'était jamais trouvé en situation de guerre pendant la fête.

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- Maman !, maman ! C'est ce soir hein, c'est ce soir !

Olaïe sautait sur place, ses deux mains enfouies dans la cape de sa mère. Elle tirait dessus comme un forcené, libérant toute la tension accumulée depuis une semaine. Elle n'en dormait plus ; à l'école elles ne parlaient que de ça ; elle y pensait sans cesse, comme on pense à son prince charmant. Dans une simple soirée elle plaçait toutes ses peurs et toutes ses angoisses, toutes ses attentes, tous ses rêves. Elle s'y voyait reine, déesse, admirée pour sa beauté et ses gestes gracieux. Le monde était à ses ordres, dominante mais gentille avec ses loyaux sujets. Elle possèderait un point faible, un détail, une phrase qui la ferait fondre, qui rendrait obsolète son armure d'impératrice. Et seul un homme le connaîtrait, son fiancé venu d'une contrée lointaine, qui lui seul pourrait la voir fragile, menue, capable de se tromper, de bafouiller, mortelle finalement. Lui seul pourrait se vanter de connaître la véritable Olaïe.

Sa mère tenait tout cela dans sa réponse, et consciemment ou non, elle le savait. Elle le savait car elle retrouvait dans le regard enflammé de sa fille ses propres espérances. Quand elle était une gamine, la fête n'existait pas. Chacun finissait de s'entredéchirer, faute de soldats. Les guerres touchaient à leur fin oui, mais malgré le champ de bataille prédéfini les populations civiles souffraient. Rationnement de la nourriture, attentats, ... les occasions étaient nombreuses. Quand une relative paix commença à s'installer, certains dirigeants estimèrent qu'il fallait ressouder la planète, et ont, en conséquence, instaurer une fête. La mère d'Olaïe avait alors à peine une quinzaine d'années.

- Oui Olaïe c'est ce soir. Nous fêterons notre arrivée dans cette demeure quand nos voisins célébreront le retour de leur fils. Comme tous les ans.

Elle sourit à sa fille, et celle-ci partit en courant immédiatement, comme si elle n'attendait que ce signal comme accord. Elle retourna voir la fille de la voisine pour continuer à discuter ensemble des préparations.

- Mademoiselle Olaïe Endesse !

Elle se retourna vivement, feignant la colère et la surprise. C'était un jeu qu'elles pratiquaient toutes les deux depuis quelques mois, à celle qui surprendra l'autre. Comme chaque année, son amie commença à lui raconter comment sa mère préparait le costume de militaire de son frère, pour revivre la scène en direct. Ils possédaient tous un vêtement, celui-là même qu'ils portaient le jour fêté du retour et chacun jouait son rôle, répétant tous les ans les mêmes phrases, feignant la joie, les pleurs et les retrouvailles. Olaïe quant à elle raconta les préparatifs, le sel qu'il fallait disperser à chaque fois qu'ils allaient ouvrir une porte, comme la première fois. Eux aussi revivaient la scène, mais elle savait que quelqu'un dans sa famille, possiblement sa tante elle n'avait jamais été sûre de qui était quoi, fêtait elle aussi l'arrivée dans sa maison par un simple dîner en famille.

- Mais mon frère va bientôt partir pour s'établir avec sa femme ; mes parents m'ont dit qu'ils allaient changer de fête, probablement pour prendre ma naissance. Eux ils prendront sûrement le jour de leur rencontre avant de changer plus tard quand ils auront des enfants. Même que j'ai vu les capes qu'ils porteront après qu'ils se soient installés. Et ils ont dit qu'ils m'inviteraient souvent chez eux.

La nuit rassurante continuait de progresser, et Olaïe ne tarda pas à rentrer chez elle. Dans un coin, son sac de sel l'attendait, conformément aux traditions de la famille, avec ceux de ses parents et de ses deux frères. Etant la plus âgée, elle savait qu'il y avait encore du temps avant que ses parents ne changent de fête, et cela la rassurait souvent.

- Chérie viens t'asseoir avec nous le discours va commencer.

Comme avant chaque début de la fête, Olaïe se pressa d'aller rejoindre sa famille pour écouter le discours de leur dirigeant. Après cela, commenceraient leur fête et son rêve. L'image grésilla tout d'abord ; Olaïe profita de l'intervalle qui lui restait pour se blottir à côté de son père et se couvrir avec sa cape.


Chers concitoyens, nous voilà de nouveau réunis tous, chez nous, avec notre famille. Certains fêtent ce jour pour la dernière fois, avant de rejoindre leur moitié et célébrer alors leur propre fête. Vous vous souvenez tous, j'en suis sûr, du jour où il fut officiellement annoncé que ce jour, devant tous nous réunir, et devant l'incapacité de trouver une célébration commune, il fut décidé que chaque famille fêterait ce qu'elle voudrait, mais que cela devrait être ce jour.
Nous avons fait un long chemin depuis, même si cela ne fait pas beaucoup d'années. Les guerres et les tensions n'ont pas cessé, mais désormais, ensemble bien que chacun à sa manière, et que chaque famille constituée et reconnue possède sa propre fête, notre peuple célèbre son existence un jour durant pendant l'année.
Je vous souhaite à tous de passer une bonne soirée.