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AUX PORTES DE LA MORT
Le corps d’Alem Rione retomba sur le côté avant de disparaître définitivement dans la Force. Krohn regarda quelques instants le tas de vêtements qui jonchait le sol et rengaina son sabre. Puis il se tourna vers le vaisseau et commença à rebrousser chemin. La pression retombait lentement et avec elle, la haine, la violence qui lui avait permis de tenir contre ses ennemis. Subitement, il se sentit vide sans parvenir à définir ni pourquoi ni comment. Elle le quittait petit à petit, il le percevait parfaitement mais se força à continuer vers la navette. Son pas devenait de plus en plus pesant, il avançait péniblement et la tête lui tournait, le déstabilisant encore plus. Elle semblait loin, si loin. Il tendit le bras l’espace de quelques instants et stoppa net lorsqu’il eut l’impression d’étouffer. Sa cage thoracique semblait oppressée par une force invisible, une immense main, celle de la mort. Il l’avait compris dans la cabine, lorsqu’il avait constaté la blessure. Il le savait. Il ne quitterait pas cette planète vivant. Mais il ne pouvait pas les abandonner dans cette situation. Il ne pouvait pas laisser les Jedi capturer sa femme, ses enfants. En vengeant la mort d’Oréana, il les avait sauvé au dépend de sa propre vie.
Subitement il commença à tituber et aperçut Tassara, son épouse, qui, ayant constaté la fin du combat, se précipitait hors du vaisseau.
Je dois l’atteindre, la voir une dernière fois, se dit-il.
Il serra les dents, avança tant bien que mal avec l’impression que chaque pas allait être le dernier, en se voyant trébucher à chaque instant, en comptant les secondes de son agonie. La vie le quittait de plus en plus vite mais il devait tenir encore quelques secondes, juste le temps de lui dire. Subitement, les souvenirs d’une vie entière défilèrent dans son esprit. Il ferma les yeux quelques instants et les laissa l’envahir complètement.
REBELLION
La passerelle s’ouvrit et un jeune garçon, âgé d’environ huit ans, descendit de la petite navette, suivi d’un homme robuste, aux cheveux longs, le Chevalier Jedi Geld Naimell. Une larme coulait le long de la joue du garçonnet quand il repensait à ses parents. Ceux-ci, si fiers de voir leur fils choisi pour devenir membre du Temple, lui avaient dit de se comporter comme un grand. Pourtant, comme il lui semblait difficile de ne pas pleurer, de ne pas les réclamer. Pourquoi ne pouvait-il donc pas rester avec eux ? Pourquoi cet homme était-il venu le chercher ?
- Pour que tu deviennes un Chevalier Jedi, Noal Narrow. Un homme de bien, répondit Maître Naimell, en écho à ses pensées.
Le jeune humain le fixa un court instant, mais impressionné, baissa les yeux et se contenta de hocher la tête.
- Viens maintenant, allons te préparer.
Sans mot dire, Noal suivit le chevalier et tous deux empruntèrent un long escalier. La descente parut interminable aux yeux du garçon, qui parvenait difficilement à suivre le pas de l’homme qui le précédait. Enfin, il sauta la dernière marche et regarda, ébahi, les immenses galeries. Tout paraissait si grand, sans fin. Ils passèrent tous deux devant un nombre incalculable de portes avant de s’arrêter devant l’une d’entre elles. Le Jedi pénétra dans une vaste pièce et le fit entrer. Là, il le présenta à Elweni Talos, une vieille dame à l'air austère, qui semblait plus âgée que le Temple lui-même selon le petit Corellien.
- Je vous présente le jeune Noal Narrow, lui dit Naimell. Occupez-vous bien de lui et contactez-moi dès qu'il sera prêt. Maître Liren souhaite l'intégrer au groupe au plus vite.
La vieille femme hocha la tête et l'humain sortit.
L'air pensif, elle tourna autour de l'enfant pendant quelques secondes, puis passa la main dans ses cheveux.
- Ils sont trop longs et trop épais. Je vais devoir te les couper, décréta-t-elle.
- Mais... tenta de protester le garçon.
- Je suis désolée, mais c'est ainsi. Tout apprenti doit avoir les cheveux courts... excepté une mèche tressée. C’est la règle.
Soupirant, Noal hocha la tête tandis que la Jedi lui désignait un fauteuil. Le jeune humain y prit place, puis Elweni s'empara d'une paire de ciseaux et se mit à tailler dans la chevelure qu'aimait tant sa mère, dont il était si fier. Après quelques minutes de labeur, il ne restait plus, sur le crâne de Noal, qu'une courte brosse, accompagnée d’une petite mèche que Talos avait tressée derrière son oreille droite et qui reposait à présent sur son épaule. Constatant cela, le garçon fit une moue de mécontentement et s’attira un regard réprobateur du Maître. Ignorant ce caprice, elle quitta la pièce quelques instants, puis revint avant de lui tendre des vêtements.
- Prends mon garçon. Ce sont les vêtements traditionnels des apprentis. Hâte-toi de les mettre car tu es attendu.
- Oui madame, répondit-il poliment.
- "Maître", mon garçon, corrigea-t-elle. Ce titre est plus approprié avec les Jedi que tu rencontreras.
- Bien Maître, articula-t-il avant de s’exécuter.
Lorsqu’il eut enfilé le pantalon, la tunique et la veste, Elweni l’aida à ajuster le reste de sa tenue, ainsi que la ceinture, puis appela Maître Naimell. En le voyant, celui-ci afficha un large sourire de satisfaction et lui précisa qu’il ressemblait maintenant à un vrai apprenti.
Après avoir salué Maître Talos, tous deux remontèrent à la surface avant de s’engouffrer dans la forêt. Tandis que les oiseaux ne cessaient de siffler de longues mélodies, ils empruntèrent un petit sentier, parvenant rapidement à une petite clairière qu’agrémentait une cascade et au centre de laquelle se dressait un imposant rocher. Là, un groupe d’enfants, sagement assis les uns à côté des autres, écoutaient avec attention les enseignements de Maître Athoz Liren. En les voyant s’approcher, celui-ci s’interrompit et les accueillit avant d’annoncer :
- Je vous présente à tous, un nouveau venu parmi nous, Noal.
- Bonjour Noal, firent les élèves en cœur.
Le jeune Corellien les scruta un par un, après leur avoir rendu leur salut et remarqua un garçon à la peau bleue, assis un peu à l’écart. Contrairement à tous les autres, il ne regardait pas dans sa direction et arborait un air triste.
- Bien, prends place et écoute bien les enseignements de Maître Liren, fit alors la voix de Geld, le tirant de ses pensées.
Narrow acquiesça de la tête et vint s’accroupir entre le groupe et le mystérieux apprenti.
- Axyor, rapproche toi du reste du groupe s’il te plaît, demanda Athoz d’un ton bienveillant.
- Pas Axyor, marmonna alors celui-ci en fusillant le Maître du regard.
- Nous n’allons pas reprendre cette discussion, répliqua sévèrement Liren. Continuons maintenant.
Le Dazen se renfrogna et bougonna quelques mots dans sa langue natale avant de tourner le dos au reste du groupe.
- Quelqu'un peut-il résumer à Noal ce que je vous ai expliqué au cours précédent ? demanda Athoz à la cantonade.
Timidement, une fillette leva la main et le Maître l’interrogea.
- Gerlane ?
- Vous nous expliquiez, Maître, que si la Force peut se révéler un outil, Elle ne doit jamais être utilisée à des fins personnelles.
- Parfait, approuva le Jedi en hochant la tête. Quoi d'autre ?
Comme un grand silence suivit cette question, Liren décida de questionner arbitrairement l'un de ses élèves.
- Axyor ?
L'apprenti resta silencieux et ne daigna pas le regarder. Voyant cela, le Maître fronça les sourcils.
- Axyor, je t'ai posé une question. Ne me défie pas encore une fois. Et surtout pas devant ton nouveau camarade.
- Je ne réponds pas aux gens qui ne m’appellent pas par mon nom, insista le jeune Dazen, sans se retourner, avant de croiser les bras. Je me fiche de vos préceptes !
- Axyor est ton nom. Tu devrais t'y faire car cela n'est pas près de changer. Maintenant, je te prie de répondre.
De nouveau, le garçon se remit à jurer dans sa langue avant de se lever avec la ferme intention de s’éloigner.
- Axyor, si tu persiste dans cette attitude, tu vas m'obliger à utiliser un moyen que je réprouve. Je te conseille donc de ne pas quitter ta place, dit encore Athoz d'un ton ferme.
- Ah oui et quoi ? fit cyniquement l’étudiant avant de poursuivre son chemin.
En soupirant, le Maître fit un geste de la main et l'immobilisa. Puis il s'approcha de lui.
- Vois ce que tu me forces à faire par ta rébellion. Belle démonstration pour ton nouveau condisciple. Au lieu de lui donner le bon exemple, tu lui montres qu'on peut défier l'autorité. Ce n'est pas une attitude digne de toi, lui dit-il en le fixant sévèrement.
- Je n’ai pas à respecter des gens qui ne prennent pas mon avis en considération ! cria l’enfant.
- Il suffit ! souffla alors Liren. Je ne tolèrerai pas plus longtemps ce comportement ! Tu vas rester ici et m'obéir, est-ce bien clair ? ajouta-t-il en détachant bien chaque syllabe.
- Non !
- Que se passe-t-il ici ? interrogea soudain une voix grave.
Athoz relâcha son étreinte et regarda en direction du nouvel arrivant. Kross Betalan se tenait au bout du sentier et continuait de s’approcher. Cet homme, grand autant par la taille que par l’esprit, était respecté de tous et savait résoudre les moindres conflits. Les cicatrices qui couvraient son visage, témoignaient des nombreuses missions accomplies tout au long de sa vie et forçaient le respect.
- Axyor, qui est ici depuis un peu plus d’un mois, refuse de répondre à mes questions.
- Et pourquoi donc jeune apprenti, fit Kross à l’intention du Dazen.
- Je… Je…, balbutia celui-ci en le regardant.
Sans savoir pourquoi, cet homme charismatique l’impressionnait. Le Maître s’approcha et posa sa main sur son épaule, avant de le fixer, droit dans les yeux.
- Tu ici pour devenir un Chevalier Jedi mon grand. Un homme fort qui possède la maîtrise de soi et de ses pouvoirs. Mais si tu n’y mets pas du tien, cela ne peut arriver. Nous ne voulons en aucun cas te nuire, le comprends-tu ?
Intimidé, le garçon ne parvint pas à tenir et finit par baisser la tête. Celui-ci le força à la relever et l’enfant observa un bref instant les cicatrices marquant la chair de Betalan.
- Co… Comment ? fit-il en les indiquant du doigt avec hésitation.
Le Maître se baissa pour se mettre à sa hauteur :
- Elles sont les témoins de mes missions. Nombre de fois j’ai mis ma vie en danger pour aider les autres mon garçon. C’est en te mettant au service des autres et en les respectant que tu gagneras leur respect. Pas autrement.
- Je… Je comprends, finit par dire le Dazen. Je... Je m’en souviendrais.
- Bien, fit le Jedi en se relevant. Excuse-toi maintenant.
Axyor se tourna vers Maître Liren et marmonna :
- Je… suis désolé Maître.
Puis se tournant de nouveau vers le membre du Conseil, il demanda :
- Si… Si je me montre digne de vous… me prendrez-vous comme… apprenti ?
- Comme Padawan… corrigea-t-il avant de répondre : A toi de t’en montrer digne et nous verrons. Tu as six années devant toi. Fais de ton mieux et écoute les conseils qui te seront donnés. Ils sont importants.
Le garçon s’inclina et regarda le Maître s’éloigner, une lueur d’admiration au fond des yeux.
Un grand silence suivit le départ du Jedi, puis Athoz reprit comme si de rien n'était :
- Alors Axyor, voudrais-tu, à présent, avoir l'obligeance de répondre à ma question ?
Celui-ci chercha quelques secondes et expliqua :
- Mal utilisée, la Force peut être dangereuse.
- Bien, fit le Maître d'un air satisfait avant d'ajouter : Ce sera tout pour aujourd'hui mes enfants.
A ces mots qui leur rendaient leur liberté, la dizaine d'apprentis s'éparpilla, tandis que Noal, ne sachant que faire, restait sur place, observant Axyor. Après une hésitation, il décida de s'approcher et lui dit :
- Ca fait longtemps que tu es ici ?
Le garçon le dévisagea un court instant et le jeune Corellien remarqua les étranges tatouages qui ornaient son visage.
- Tu… Tu n’as pas peur de moi ? fit-il étonné.
- Non pourquoi ? Je devrais ? fit Narrow, surpris à son tour.
- Tous les autres m’évitent…
- Alors ils sont idiots.
- Non, c’est parce que je suis télépathe, non humain… différent, expliqua l’élève d’un ton amer.
- Et alors ? Chacun est différent de l'autre. Si on pensait tous comme ça, personne ne resterait avec personne. Mais c'est vrai que je n'avais jamais vu personne qui te ressemble. D'où es-tu ?
- Dazen. Viens, allons manger, ils vont bientôt servir le repas, conclut-il pour couper court à cette conversation qui le mettait mal à l’aise.
Il n’aimait pas parler de lui. Il détestait même parler tout court. Ses parents et Maniah, sa gouvernante, lui reprochaient souvent son manque de communication avant qu’ils ne l’envoient ici, avant qu’ils ne l’abandonnent. Le jeune garçon vivait mal cette nouvelle situation et l’exclusion que lui faisaient subir les autres apprentis. Mais pour cela, il avait l’habitude. Ses tatouages le mettaient déjà à l’écart des autres enfants sur son monde natal. Être différent se révélait un bien lourd fardeau à porter.
- Tu sais, moi non plus je n'ai pas d'amis... fit alors Noal en écho à ses pensées. Tu voudrais qu'on le devienne ? Ce serait peut-être plus facile pour nous deux d'apprendre en n'étant pas tout seul...
- Si tu es sincère, oui, répondit le Dazen en arrivant à la lisière du bois.
Un sourire naquit sur les lèvres du jeune humain.
- Je ne dis jamais quelque chose si je ne le pense pas. Ce n'est pas honnête, répondit Narrow.
Axyor acquiesça de la tête et tous deux empruntèrent les escaliers menant au Praxéum.
LECON DE RESPECT
Les deux jeunes garçons venaient d’arriver au réfectoire et faisaient sagement la queue, plateaux en main. Lorsqu’on lui tendit son assiette, Axyor fit une moue de dégoût et s’abstint de tout commentaire. L’étrange mixture multicolore eût le même effet sur Noal, qui ne préféra pas savoir de quoi il s’agissait. Tous deux prirent place en retrait des autres et, lorgnant son plat sans appétit, le Dazen commença à faire tourner son couteau sur lui-même. Les cuisiniers voulaient vraiment les faire mourir de faim ! Comment osait-on leur donner cette infâme chose à manger ? Subitement, il regarda du côté des cuisines et chercha comment faire comprendre la chose aux Jedi qui s’occupaient de préparer la nourriture. Il remarqua alors la grosse gamelle qui reposait sur le comptoir, tandis que la Zabrak qui servait se tenait le dos tourné. L’apprenti serra les dents, se concentra et renversa alors le récipient sur la pauvre femme. Celle-ci cria et vit s’inscrire dans la purée étalée au sol, un seul et unique mot : BEURK !
Content de cette bêtise, Axyor se retint difficilement de rire tandis que la Jedi hurlait :
- Qui est responsable de ça ?
Tous les élèves se regardèrent interloqués, mais personne ne se désigna.
- Si je trouve le responsable de cette farce idiote, gare à lui ! rajouta-t-elle furieuse, avant de partir chercher de quoi nettoyer.
Le repas continua un long moment dans le silence puis, petit à petit, les conversations reprirent leur cours.
Axyor s’efforçait de toujours rester sérieux et demanda alors à Noal :
- Sais-tu faire des choses avec la Force ?
- Non, répondit l’humain en secouant la tête. Et toi ?
Le Dazen acquiesça et se saisit de sa cuillère. Doucement, il la fit se tordre dans un sens puis dans l’autre, ce qui fit sourire son compagnon.
- Axyor ! fit subitement une voix derrière eux.
Rapidement, le garçon reposa l’ustensile et regarda Maître Liren d’un air innocent.
- Oui ? fit-il.
- Que fais-tu ?
- Rien Maître, articula-t-il.
Athoz soupira en levant les yeux au plafond et reprit :
- Tu sais très bien de quoi je parle !
- Je tordais la cuillère à l’aide de la Force, lâcha l’apprenti en bougonnant intérieurement.
- Et ?
- C’est mal…
- Pourquoi ? insista le Jedi.
Le garçon prit un air de réflexion avant de répondre, content de sa trouvaille :
- Parce que ça gâche du matériel ?
- Axyor ! le rappela à l’ordre le Maître en posant un regard sévère sur lui.
Celui-ci baissa la tête et comprenant qu’il valait mieux obtempérer, murmura d’une voix monocorde :
- Je ne dois pas utiliser la Force à des fins personnelles.
- Tu le sais parfaitement, alors pourquoi continues-tu ? Ce n’est pas comme cela que tu te montreras digne de Maître Betalan !
A ces quelques mots, l’élève se redressa et le fixa, interpellé. Liren put alors voir dans ses yeux combien cet élément semblait compter pour lui.
Peut être le meilleur moyen de le mettre sur la bonne voie, se dit-il finalement.
- Et l’incident de la bouillie est de ton fait je présume ?
Silencieusement, Axyor hocha la tête. Se faire réprimander de la sorte en public ne le faisait pas rire, bien au contraire. Il devait trouver un moyen de se sortir de cette situation gênante.
- Tu vas immédiatement aller présenter tes excuses à Maître Maxpi.
- Oui… Maître.
Sans un mot, il se leva et vint se placer derrière le comptoir avant de regarder la Jedi, les yeux faussement agrandis de tristesse.
- Je m’excuse Maître. Je n’aurais pas dû. Je ne le referai plus.
Dalkia Maxpi l’observa et, constatant la sincérité des ses propos sur son visage, demanda :
- Et pourquoi une si mauvaise « blague » ?
- Par… Parce que… ce que nous devons manger n’est pas bon, expliqua franchement l’élève. Ca fait quatre jours que je n’ai rien mangé, je n’y arrive pas Maître.
- Et tu trouves que c’est une raison ? lâcha la jeune femme sévèrement.
- Je vais nettoyer pour me faire pardonner Maître.
- Certes, mais tout le réfectoire et sans l’aide de la Force.
Le Dazen releva les yeux, stupéfait de cette lourde punition et la maudit intérieurement, tout en s’efforçant de rester impassible.
- Bien Maître, maugréa-t-il.
Noal se leva alors à son tour et demanda bien fort :
- Puis-je l’aider Maître ?
Dalkia considéra le petit Corellien avec un sourire et répondit :
- Non mon grand. C’est sa punition, il doit l’accomplir seul.
- Cependant, tu t’installeras dans la même chambre que lui puisque vous semblez amis, reprit Maître Liren en posant une main sur son épaule. L’incident est clos. Allez tous dormir maintenant.
La cantine se vida petit à petit et Axyor resta là, à attendre silencieusement. Lorsqu’ils furent seuls, Maître Maxpi lui amena un seau, un balai et des produits avant de lui donner les consignes à suivre. Puis elle rajouta avant de sortir :
- Fais ton travail correctement et tu seras pardonné.
Le garçon acquiesça de la tête et, lorsqu’elle quitta la pièce, pensa :
Ca va glisser demain, au petit déjeuner.
Un sourire aux lèvres à cette pensée, il se mit à l’ouvrage et versa une grande dose de produit lustrant dans l’eau. Puis, une fois toutes les chaises posées sur les tables, il commença à frotter. La tâche se révéla très vite beaucoup plus longue et ennuyeuse qu’il ne l’imaginait, mais le jeune Dazen persista. De surcroît, son estomac se mit à crier famine et il dû serrer les dents pour résister à la faim.
Après deux bonnes heures, il acheva enfin le nettoyage et vint s’écrouler sur une chaise, avant de s’assoupir. L’apprenti plongea dans un rêve sombre et étrange ou tout semblait… noir.
Kross passait non loin du réfectoire, un livre à la main et entendit subitement un cri. Aussitôt, il se précipita à l’intérieur et manqua de glisser juste à l’entrée. Le Jedi se rattrapa de justesse à une chaise et remarqua le garçonnet qui dormait, effondré sur une table. Son sommeil semblait très agité et soudain, il se mit à crier de nouveau. Inquiet, le Maître s’approcha et le réveilla doucement. Ses paupières se crispèrent et il ouvrit les yeux. Surpris, Axyor fixa Betalan tandis que celui-ci demandait :
- Que fais-tu ici ?
- Je… Je… balbutia le garçonnet, une lueur de panique au fond des yeux.
- Calme-toi, fit Kross en s’agenouillant. Tout va bien.
Après une brève hésitation, l’enfant expliqua :
- Je me suis fait punir. J’ai nettoyé tout le réfectoire et je me suis endormi.
- Et tu faisais un cauchemar ? fit encore l’humain, soucieux.
L’élève hocha la tête et tandis qu’il prenait place dans un siège, face à lui, le Jedi ajouta :
- Raconte-moi.
- Je… Je vois une grande main… noire qui me prend et m’emmène.
Le Maître resta perplexe à cette annonce. Non pas qu’il doutait de ses dires, mais ce genre de rêves chez un enfant si jeune l’inquiétait. Subitement, il repensa au rapport consulté un peu plus tôt dans la journée, à son sujet. Après l’incident de la forêt, curieux d’en savoir plus sur lui, Betalan s’était rendu aux archives privées du Conseil, afin d’élucider cette histoire de nom. Il avait alors constaté qu’Axyor n’était en fait qu’un nom d’emprunt.
- Connais-tu la signification de ton vrai nom mon garçon ? reprit le Coruscanti.
- Non, répondit le Dazen.
- Il veut dire "celui qui est dédié aux ténèbres" car telle était la prédiction des oracles de ta planète, à ta naissance.
Axyor écarquilla les yeux et resta là, silencieux, sans comprendre.
- C’est pour cette raison que tes parents t’ont confié à nous et que le Conseil t’a rebaptisé.
- Alors… dans mon rêve, ce sont les ténèbres que je vois ? fit l’apprenti, paniqué par cette idée.
- Peut être.
- Je… Je ne veux pas qu’ils m’emmènent ! cria-t-il encore.
- Ne t’inquiète pas, fit Kross en le prenant dans ses bras pour le rassurer. Cela n’arrivera pas. Tu deviendras un grand Jedi, j’en suis sûr. Travaille dur et je te prendrai comme Padawan.
- Promis ? interrogea Axyor, plein d’espoir.
- Promis. Mais je veux que tu sois humble et attentif aux autres. Maintenant je te ramène à ta chambre.
Sans bruit, tous deux arpentèrent les longs couloirs et l’élève ne cessa de jeter des coups d’œil furtifs et admiratifs au Maître. A son futur Maître, car il ferait tout pour devenir son Padawan. Subitement, il remarqua son sabre et demanda en chuchotant :
- Est-ce que c’est…
- Oui. Tu en auras un quand tu seras plus grand. Mais avant, il te faut former ton esprit et maîtriser tes pouvoirs. Ils sont grands, je le sens. Prête bien attention aux conseils qui te seront donnés.
Enfin, ils arrivèrent devant la porte et Betalan l’ouvrit avant de conclure :
- Dors bien et sois sage pour une fois.
Axyor le salua respectueusement et entra. Lorsque la paroi se referma, il se laissa retomber sur la couchette et constata que Noal dormait profondément. Il ferma les yeux et quelques paroles résonnèrent dans son esprit avant qu’il ne sombre de nouveau dans le sommeil : « Tu seras un grand Jedi, j’en suis sûr ».



Betalan gagna la salle du Conseil et prit place dans son siège avant d’ouvrir l’ouvrage qu’il comptait lire. Il tenta de s’y plonger mais ne parvint pas à s’y intéresser. Décidément, cette histoire de cauchemars l’inquiétait. Au travers des visions ou des rêves, les Dazen, selon les rapports, étaient capables d’entrevoir l’avenir. Etait-ce le cas pour Axyor ? Voyait-il son destin ? Non. Kross ne voulait pas y croire. Il ne le permettrait pas. Soudain il repensa à l’engagement qu’il venait de prendre. En faire son Padawan, alors qu’il affrontait les missions les plus dangereuses, se révélait-il judicieux ? Pourtant, l’enfant semblait réellement motivé par cette perspective. Le reste du Conseil approuverait-il ?
Le Maître s’accouda et appuya le menton sur sa main gauche. Pourquoi s’attachait-il si soudainement à un étudiant ? Ce lien semblait réciproque de surcroît. La Force y était-Elle pour quelque chose ? Certainement. Elle voulait les rapprocher. Un apprenti singulier pour un Maître singulier. Pourquoi pas. Jusque là, aucun élève n’était parvenu à attirer son attention de la sorte, surtout pas avec des bêtises. Mais lui paraissait si différent des autres…
Le Coruscanti sursauta quand les portes de la salle s’ouvrirent et Liren fit son entrée. Surpris, il fixa Kross quelques secondes et dit :
- Que fais-tu ici à cette heure-ci ?
- Je viens de ramener Axyor à sa chambre. Il avait fini de nettoyer le réfectoire et s’était endormi, répondit celui-ci.
- Hum hum. Tu parais soucieux. Que se passe-t-il ? interrogea Athoz.
- Il faisait un cauchemar lorsque je l’ai réveillé.
Le membre du Conseil prit place à son tour dans son fauteuil et croisa les mains tout en le fixant.
- Tous les enfants en font. Pourquoi cela te perturbe-t-il ?
- Il ne connaît pas la prophétie de sa naissance mais rêve qu’une grande main noire l’attrape et l’emporte dans les ténèbres. Trouves-tu cela normal pour un enfant de cet âge, qui doit d’autant plus posséder la capacité de voir l’avenir ? expliqua Betalan en fronçant les sourcils.
- Comment peux-tu être sûr qu’il dit la vérité ? Tu sais qu’il veut à tout prix être ton Padawan. Il veut certainement attirer ton attention.
- Non, je ne crois pas vu le sommeil agité qu’il avait lorsque je l’ai trouvé. Il criait, Athoz et semblait paniqué. Ce n’était pas de la comédie, rétorqua le Maître, persuadé.
- Il peut avoir fait n’importe quel cauchemar et t’avoir raconté cela pour se faire remarquer, insista Liren.
- Ce n’est pas parce que tu ne l’apprécies pas, que tu dois supposer qu’il ment, reprocha Kross, énervé.
- D’où tiens-tu que je ne l’apprécie pas ? fit son compagnon, étonné.
- Pas besoin d’être télépathe pour le voir.
- Cela n’a rien à voir. Ce que je n’apprécie pas, ce sont les bêtises qu’il fait et le trouble qu’il sème dans les cours.
- Tu m’excuseras, mais rebaptiser quelqu’un sans lui dire pourquoi et le forcer à accepter son nom n’était pas une manœuvre adroite. Il ne faut donc pas s’étonner de sa rébellion ! répliqua encore Betalan.
- Pourquoi m’en faire le reproche ? Ce n’est pas forcément moi qui suis fautif !
- Contrairement à moi, tu étais présent ce jour-là et tu n’as pas fait preuve de beaucoup de tact dans la forêt.
Athoz passa la main sur son visage et baissa la tête avant de répondre :
- Il a mis ma patience à rude épreuve et j’ai quelque peu perdu mon calme, je l’avoue.
- Et bien, tente de lui expliquer les choses la prochaine fois plutôt que de le braquer, conclut Kross en se levant. Sur ce, bonne nuit.
Le Coruscanti tourna les talons et quitta la pièce sans un mot supplémentaire.
Le Jedi, ébahi d’une telle réaction, observa la porte durant quelques instants après le départ de son ami. Pourquoi Kross défendait-il le jeune Dazen avec une telle fougue ? Pourquoi s’y intéressait-il tant, lui qui n’avait jamais prêté d’attention particulière à aucun étudiant ? Aurait-il reconnu en lui le Padawan qu’il n’avait jamais pu se résoudre à prendre ? Cela se révélait étonnant, mais il semblait bien que oui puisque le Coruscanti l’avait pris sous son aile. Etait-ce une bonne idée ? Seul l’avenir le dirait.
Athoz soupira et se leva à son tour pour gagner la porte et ainsi rejoindre ses quartiers.
INTOLERENCE
Assis en demi cercle et bien silencieux, les apprentis écoutaient avec attention la leçon que leur dispensait depuis quelques minutes Maître Mys Niyi, une jeune femme brune dont les yeux clair les fixaient avec attention, lorsque Noal et Axyor firent leur apparition dans la clairière. Aussitôt, l’humaine les regarda sévèrement et demanda :
- Avez-vous, l’un et l’autre, une excuse valable à ce retard ?
Craignant que la contrariété de la Jedi ne retombe sur son ami, Noal décida d’expliquer :
- C’est ma faute Maître. Je me suis réveillé en retard et comme je ne connais pas encore bien le Praxéum, Axyor m’a attendu pour que je ne me perde pas.
A ces mots, Mys se radoucit :
- Cela ira pour cette fois. Mais que cela ne se reproduise plus. La ponctualité est une qualité essentielle aux Jedi.
- Oui Maître, dirent les deux amis en cœur.
- Prenez place à présent.
Et, tandis que les deux enfants s’essayaient à leur tour, elle reprit :
- Qui peut résumer à Noal ce que vous avez appris la dernière fois ?
Un jeune garçon blond leva la main.
- Kaz ?
- Que seul un esprit fort peut maîtriser la Force sans risque.
- C’est exact, approuva-t-elle. C’est pourquoi, aujourd’hui, vous allez faire un exercice pratique. Mettez-vous par groupes de quatre.
A ces mots, les jeunes étudiants se levèrent et se réunirent… en évitant soigneusement de s’approcher de l’humain et du Dazen, ce dont leur professeur se rendit parfaitement compte. Elle décida donc de désigner deux élèves pour faire équipe avec les exclus.
- Haden, Keltya, vous allez vous mettre avec Noal et Axyor, leur dit-elle.
Ainsi interpellés, les deux camarades s’exécutèrent avec une réticence visible et s’approchèrent de leurs condisciples en traînant les pieds.
Observant leur attitude, Axyor les fixa et, voyant qu’ils persistaient dans cette voie, s’éloigna subitement pour aller s’asseoir au pied d’un arbre, hors de leur vue. Comme il faisait mal de se sentir rejeté de la sorte. Combien de temps sa différence et ses pouvoirs lui poseraient-ils autant de problèmes ? Triste, il ramena ses jambes contre lui et laissa retomber sa tête sur ses genoux.
Constatant cela, la Jedi soupira. Comme les enfants pouvaient se révéler cruels entre eux... Elle en tenait une preuve supplémentaire. S’éloignant de ses élèves, elle s’approcha du jeune garçon et, en souriant, s’accroupit pour se mettre à sa hauteur.
- Axyor, l’interpella-t-elle d’une voix douce. Je sens bien que tu es blessé par leur attitude. Mais si tu essayes de faire des efforts pour t’intégrer davantage, je te promets de faire mon possible pour que leur comportement à ton égard change.
- Que penses-tu de ce marché ?
A ces mots, il la regarda et lui demanda :
- Pourquoi ? Pourquoi ont-ils peur de moi ?
- Parce que l’inconnu est effrayant, expliqua-t-elle. Ils ne te connaissent pas et, comme tu ne te mêles pas à eux, ils ne peuvent y parvenir. Et plus ils t’évitent, plus tu t’écartes d’eux. C’est un cercle sans fin qu’il va falloir briser.
- J’ai déjà essayé. Un soir, j’ai voulu me joindre à eux mais ils m’ont rejeté. Ils n’avaient pas confiance et m’ont accusé de vouloir lire leurs pensées.
La déclaration laissa Mys songeuse.
- Les Maîtres n’auraient jamais dû rendre publique cette information. Les élèves n’avaient nul besoin de le savoir, dit-elle à mi-voix. C’était une erreur et ils t’ont fait du mal sans s’en rendre compte. Je n’y peux hélas plus rien, mais je vais immédiatement parler à tes camarades. Il faut que cela cesse.
Ayant dit cela, elle se leva et il l’imita. Elle lui fit signe d’attendre auprès de Noal, puis se dirigea vers le petit groupe qui s’était reformé et chuchotait avec animation en jetant de fréquents coups d’œil dans leur direction. L’air plus sévère que jamais, elle les regarda les uns après les autres.
- Votre attitude est indigne d’apprentis Jedi et j’ai honte de vous, déclara-t-elle d’une voix calme qui se révélait bien plus terrible, aux yeux des enfants, que tous les cris de l’univers.
Etonnés, ceux-ci l’observèrent sans mot dire. Qu’est-ce donc que leur Maître pouvait avoir à leur reprocher pour s’adresser à eux de cette façon ?
- Pourquoi fuyez-vous donc Axyor ? interrogea-t-elle d’une voix dure.
Une fillette s’avança alors et, embarrassée, répondit :
- Il est bizarre Maître et on a peur.
- Peur de quoi, petits sots ? Il est différent, bien d’accord mais nous le sommes tous. Regardez-vous. Vous formez un groupe de quatre races confondues, mais vous évitez-vous les uns les autres pour autant ? Non. Pourtant, aucun de vous n’est semblable aux autres. Vous rendez-vous compte que votre attitude ridicule le blesse ? Je suis vraiment déçue. J’attendais mieux de vous tous. J’entends que ce comportement cesse immédiatement ou je me verrai contrainte de vous punir, avant d’en référer au Conseil. Est-ce ce que vous souhaitez ?
Terrifiés par cette idée, les jeunes étudiants secouèrent la tête.
- Très bien. Dans ce cas, allez tout de suite lui présenter vos excuses.
A ces mots, les enfants hésitèrent.
- Allez, sinon je serais forcée de faire ce que j’ai dis.
Alors, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le petit groupe se dirigea vers Axyor.
Cependant, celui-ci ne se sentait pas réjoui, bien au contraire. Ses camarades n’agissaient ainsi que sous la contrainte, en aucun cas par sincérité. En quoi la situation changeait-elle finalement ?
Lorsque chacun se fut éloigné, la Jedi revint vers le Dazen et posa ses mains sur ses épaules avant de lui dire d’un ton bienveillant :
- Ils savent, à présent, qu’il est dans leur intérêt de ne plus te rejeter. Je sais que cela ne remplace pas un repentir venu du fond du cœur, mais j’ose croire que la crainte de se retrouver exclus du Temple les empêchera de renouveler à ton égard ce genre de comportement. A présent, veux-tu bien nous rejoindre afin que nous puissions commencer l’exercice ?
Se souvenant des conseils de Maître Betalan, il acquiesça et retourna s’asseoir.
- Bien, reformez les groupes s’il vous plaît, ordonna Niyi.
Comprenant qu’ils n’avaient déjà que trop fait perdre de temps à leur professeur, les enfants se hâtèrent de reprendre leur place. Et, tandis que Haden et Keltya revenaient vers eux, Noal qui avait suivi toute la scène, les poings crispés de colère devant tant d’injustice, posa une main sur l’épaule de son ami et lui souffla :
- Est-ce que tout va bien ?
- On verra, répondit-il de même.
Narrow hocha la tête et reporta son attention sur Mys qui expliquait la marche à suivre :
- Pour manipuler la Force correctement, il faut donc un esprit fort mais aussi une concentration sans faille. Vous allez donc, aujourd’hui, vous entraîner à cela. Vous avez devant vous des pierres. Choisissez-en chacun une et faites-la léviter le plus longtemps possible.
En silence, tous se concentrèrent sur leur pierre et les firent décoller de quelques centimètres… Tous sauf un qui se distinguait des autres par sa grande maîtrise. En effet, sans paraître fournir d’efforts particuliers, Axyor était parvenu à faire culminer la sienne à près de deux mètres et la faisait à présent voltiger et tournoyer sous le regard ébahi de son ami humain qui, lui, n’arrivait à rien du tout.
Se rendant soudain compte des difficultés que rencontrait Noal, le Dazen reposa son éclat de roche, se tourna vers lui et demanda :
- Que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas, répondit le petit Corellien d’un air désabusé. J’ai beau essayer, je n’arrive même pas à faire bouger ce caillou.
- Ferme les yeux, lui conseilla-t-il alors.
- Tu crois que ça va m’aider ? interrogea Narrow, plein d’espoir.
- Ferme les yeux, répéta Axyor.
Son ami s’exécuta tandis que le Dazen s’approchait de lui. Il lui saisit les mains et, a son tour, ferma les paupières pour mieux se concentrer. Au bout d’un instant, le corps du jeune humain quitta le sol et s’éleva de quelques centimètres. Une étrange sensation l’emplissant soudain, Noal ouvrit alors les yeux et, abasourdi, constata qu’il ne touchait plus terre.
- Mince, comment tu fais ça ? s’exclama-t-il, admiratif.
- Analyse ce que tu viens de ressentir et dis-toi qu’il faut faire pareil avec la pierre.
S’étant rendue compte de ce qui se passait, Maître Niyi avait arrêté ses allées et venues entre les groupes et fait cesser les exercices des autres élèves. Un doigt sur les lèvres pour leur recommander le silence, elle leur ordonna, par gestes, d’observer leurs camarades. Trop concentrés, ceux-ci ne s’étaient du reste pas aperçus qu’ils étaient le point de mire.
Décidé à suivre les conseils avisés de son ami, Narrow referma les yeux et se mit en devoir de les appliquer. Tout d’abord, rien ne se produisit, puis, doucement, la roche s’éleva, prenant de plus en plus d’altitude jusqu’à atteindre un mètre. Il était même parvenu à la stabiliser, lorsque des applaudissements retentirent, lui faisant ouvrir les paupières et par là même perdre sa concentration. La roche retomba au sol et il soupira, exaspéré.
- Cela n’à aucune importance, dit alors Mys dans un sourire. Pour ton premier cours pratique, tu as plus brillamment réussi que je ne m’y serais attendu. C’est très bien Noal. Avec le temps, tu apprendras à ne pas te laisser distraire ainsi.
Content d’avoir satisfait son professeur, le jeune humain sourit.
- Ce sera tout pour aujourd’hui les enfants.
Le petit groupe se dispersa, mais la Jedi retint le Dazen.
- Axyor, j’ai à te parler, dit-elle.
Inquiet, celui-ci se figea sur place à ces quelques mots et n’osa pas se retourner. Retenant son souffle, il entendit la Jedi se rapprocher et sursauta lorsqu’elle posa la main sur son épaule. Allait-elle le réprimander ?
Doucement, elle le fit pivoter et l’obligea à la dévisager.
- Ce que tu as fait avec Noal est très bien et je suis vraiment fière de toi. Tu es mon meilleur élève depuis que j’ai commencé à enseigner, tu sais, lui dit-elle en souriant.
Axyor resta bouche bée au devant d’une telle annonce. Personne jusque là ne l’avait félicité ou complimenté de la sorte. Il voulut la remercier mais ne parvint pas à trouver ses mots.
Réfléchissant un instant, elle poursuivit :
- D’ailleurs, maintenant que j’y pense, puisque tu es si doué… J’aurais grand besoin d’un assistant compétent pour m’aider durant mes cours. Un assistant qui se chargera de la moitié de la classe pendant que je m’occuperais de l’autre. Qu’en dis-tu ? Accepterais-tu ce poste ?
- Heu… Non… Je ne sais pas… balbutia-t-il.
- Je ne t’oblige à rien et tu peux prendre autant de temps qu’il te faut pour réfléchir à ma proposition, ajouta-t-elle devant son manifeste embarras. Mais sache que si tu refuses - ce que je comprendrais parfaitement- je n’en prendrais pas d’autre. Cette offre t’est réservée. Tiens, ceci est le code de mon comlink personnel. Contacte-moi lorsque tu auras pris ta décision.
- Bien Maître, fit-il avant de s’éloigner vers le Praxéum.
Traversant de nouveau les bois, Axyor s’interrogea sur les raisons d’une telle offre. Jamais il n’aurait cru qu’un de ses professeurs le féliciterait un jour et encore moins lui proposerait de l’assister. Mais il ne pouvait accepter, persuadé que ce titre l’éloignerait encore plus des autres, le faisant passer pour « le petit préféré de la prof ».
Eventuellement l’aider de temps en temps pourquoi pas, mais pas plus, se dit-il alors en pénétrant dans le temple.
Là, il tomba nez à nez avec Noal qui s’empressa de lui demander ce que lui voulait Maître Niyi, mais il lui répondit que ce n’était rien de particulier, ne souhaitant pas s’étendre davantage sur le sujet. Tous deux empruntèrent les escaliers afin de se rendre au cours suivant.



Après cette entrevue, Mys Niyi se dirigea vers les quartiers des Maîtres, mais, pensive, la jeune femme manqua percuter Kross Betalan qui arrivait en sens contraire. Il ne parvint à l’éviter que grâce aux réflexes fulgurants qui lui avaient si souvent sauvé la vie.
- Et bien Maître Niyi, te voilà bien distraite, fit-il lorsqu’elle se fut excusée. Quelque chose t’ennuie-t-il ?
La Jedi esquissa un sourire.
- Non, plus vraiment car je m’en suis occupée mais cela continue à me préoccuper.
- S’agit-il d’un élève ?
- En effet. C’est Axyor.
A la mention du jeune Dazen, le Maître redoubla d’attention.
- Aurais-tu des problèmes de discipline avec lui toi aussi ? interrogea-t-il encore, les sourcils froncés.
La Jedi secoua la tête.
- Bien au contraire. C’est le meilleur élève que j’ai jamais eu depuis le peu d’années que j’enseigne. Il est extrêmement doué, appliqué… encore tout à l’heure, il a aidé l’un de ses camarades nouvellement arrivé, qui ne parvenait pas à faire ses exercices.
- Dans ce cas, quel est le problème ?
- Il souffre de l’attitude des autres étudiants à son égard, qui le rejettent car pour eux il est différent, « bizarre » selon leurs propres mots. Ils ont peur de lui, peur de ses pouvoirs de télépathe. Il ne se plaint pas car ce n’est pas son genre, mais je sens que cela l’affecte profondément. Personne n’aurait dû informer les élèves de ce détail sans importance. Ainsi, la pandémie aurait pu se trouver évitée. Au lieu de cela, il est sans cesse en bute à leurs préjugés. Je leur ai donc sévèrement fait la morale mais ne suis pas persuadée que cela ait vraiment changé leur façon de le voir. Après le cours, je l’ai félicité de l’aide qu’il avait apportée à son camarade et lui ai même proposé de m’aider pendant mes cours car il m’a paru avoir grand besoin qu’on lui fasse enfin confiance. Il a semblé touché mais ne m’a pas répondu.
A ce discours –l’un des plus long qu’elle ait jamais prononcé- Kross Betalan comprit alors qu’ils étaient probablement les deux seuls Maîtres du Praxéum à prendre en compte l’avis et les aspirations du jeune Axyor. Mais il n’était pas autrement étonné de la réaction de sa condisciple. Outre le fait qu’en tant que femme, elle était plus sensible aux problèmes de leurs jeunes élèves, Mys Niyi était connue, au Temple, pour son tact et sa bonté, alliés à une douce fermeté qui faisait merveille même sur les plus récalcitrants des enfants. Elle partait également du principe qu’il n’était nul besoin de faire preuve de sévérité lorsque gentillesse et diplomatie suffisaient à désamorcer les conflits. Qu’elle ait décidé de veiller sur le Dazen n’avait donc rien de surprenant.
- Veux-tu que je parle avec lui pour tenter d’éclaircir la situation ? proposa-t-il. Tu sauras ainsi à quoi t’en tenir. Et puis, j’avoue que ce garçon m’intéresse moi aussi. Il a de grandes capacités… mais visiblement, tous ici ne parviennent pas à le remarquer.
La jeune femme hocha la tête.
- En effet. Je trouve cela désolant. Je suis persuadée que les bêtises qu’il fait en permanence ne sont qu’un moyen pour tenter de démontrer à ceux qui souhaiteraient l’ignorer, qu’il existe. Si tu le peux, essaie d’en savoir plus… Si du moins il accepte de se confier. Il n’est pas d’un abord très facile et n’est guère loquace, même avec moi. J’ignore quelles sont au juste ses aspirations.
Kross savait que ses paroles n’étaient poussées ni par pitié ni par compassion mais qu’elles n’étaient que le reflet de ce que sa jeune consœur pensait réellement au plus profond d’elle-même.
- J’en connais au moins une, dit-il.
- Vraiment ? fit-elle avec intérêt. Laquelle ?
- Il souhaite devenir mon Padawan lorsqu’il en aura l’âge.
- Est-ce lui qui te l’a dit ?
Il hocha la tête.
- Et bien dans ce cas, il est certain que tu es le mieux placé pour lui parler. J’espère que tout s’arrangera pour ce garçon. Je compte sur toi pour m’éclairer. Quant à moi, je vais essayer de convaincre les autres Maîtres qu’ils n’utilisent pas la bonne méthode avec lui. Le réprimander sans cesse ne sert à rien de plus que le braquer davantage, conclut-elle en s’inclinant avant de s’éloigner.
Kross la regarda disparaître à l‘intersection et reprit sa route. Savoir que quelqu’un d’autre semblait penser comme lui le rassurait. Cependant l’attitude de ce groupe d’apprentis envers son jeune protégé et les éventuelles réactions de celui-ci le troublaient. Jamais auparavant il n’avait entendu parler d’un pareil comportement chez des élèves. Si la situation ne s’améliorait pas, il prendrait les choses en mains. Quand à Axyor, il irait discuter avec lui, mais plus tard, lorsque le moment propice se présenterait.
RIVALITES
Alors qu’Axyor et Noal, désirant profiter des quelques heures de liberté dont ils disposaient, se mettaient en route pour le lac, ils croisèrent une fillette aux longs cheveux noirs qui, entourée de deux amies, en revenaient manifestement. Elle jeta un regard au jeune Corellien, puis se planta devant lui et le regarda dans les yeux, ce qui le mit mal à l’aise.
- Je m’appelle Tyren. Jalna Tyren, se présenta-t-elle d’un petit air suffisant, tout en passant la main dans sa chevelure. Et tu es… ?
- N… Noal Narrow, bafouilla le garçon.
- Je crois savoir que tu n’es arrivé que très récemment… poursuivit-elle sans plus s’occuper d’Axyor que s’il ne se trouvait pas présent.
Intimidé, le jeune humain hocha simplement la tête sans répondre.
- Tu ne dois donc pas savoir qui il vaut mieux éviter de fréquenter, ajouta-t-elle en lançant au Dazen un vague regard en coin, avant de reporter son attention sur Noal, auquel elle tendit la main. Si tu le souhaites, je peux t’aider à faire ton choix.
Le coup d’œil méprisant n’avait pas échappé à Noal et il n’apprécia pas du tout.
- Inutile, la coupa-t-il sèchement en l’écarta d’un bras. Je vois très bien tout seul qui sont les gens infréquentables, merci.
Ayant dit cela, il reprit sa route en entraînant son ami, mais la fillette ne l’entendait pas ainsi et les dépassa à nouveau pour se placer devant eux.
- Tu regretteras bientôt d’avoir rejeté mon offre, Noal Narrow… siffla-t-elle entre ses dents avant de poser un regard furieux sur Axyor. Quand à toi… J’ai bien remarqué ton petit manège avec Maître Betalan. Mais ne rêve pas trop. Lorsque le moment sera venu, ce n’est certainement pas toi qu’il choisira, ajouta-t-elle en plissant le nez de dégoût.
Après ces quelques moqueries, elle leur tourna le dos et rejoignit ses amies.
Tandis qu’elle repartait, le jeune Dazen lança à sa rivale un regard noir et se demanda comment se venger de ses paroles méchantes. Mais il repensa soudain à Maître Betalan et à la promesse qu’il lui avait fait de rester sage. Pour se montrer digne de lui, il ne devait donc pas réagir. Cela se révélerait très difficile, mais il le fallait.
- Elle est folle celle-là, remarqua Noal en fronçant les sourcils. Qu’est ce qui lui prend de te menacer comme ça ? Tu la connais ?
- Non et je n’en ai pas envie, répondit son camarade.
- Tu m’étonnes… fit alors simplement le petit Corellien tandis qu’ils poursuivaient leur chemin.


En début d’après-midi, après le déjeuner, Axyor
parvint à s’éclipser et gagna le grand lac. Maître Liren avait scindé le groupe en deux : une partie avait quartier libre pendant deux heures, tandis que l’autre suivait ses cours. Puis, ce serait l’inverse. Noal devrait donc se débrouiller seul cette fois-ci. Le Dazen s’approcha d’un arbre et, après avoir vérifié que personne d’autre ne se trouvait dans les parages, se déshabilla. Sans l’ombre d’une hésitation, il plongea dans l’étendue d’eau et remonta une vingtaine de mètres plus loin. Puis il nagea longuement, se délectant de ces quelques instants de liberté. Il était essentiel, pour lui comme pour tous les siens, de se baigner fréquemment afin de conserver un équilibre physique. Il s’immergea à nouveau et resta un long moment sous la surface en fermant les yeux.
Tapie dans les fourrés, Jalna, qui l’avait suivi, décida alors de jouer un mauvais tour à ce non humain qu’elle détestait de toutes ses forces. Rapidement, elle se faufila jusqu’à l’arbre au pied duquel Axyor avait déposé ses affaires et, après un bref regard en direction de l’étang, elle subtilisa les vêtements de son rival en ricanant, avant de se mettre à courir en direction du Praxéum.
Comme ça, ce sale avorton fera moins le malin auprès de Maître Betalan, se dit-elle, satisfaite d’elle-même.
Rejoignant ses inséparables amies dans le corridor, elle leur raconta tout en leur montrant les habits immaculés, à présent totalement froissés, du jeune garçon. En riant comme des folles, toutes trois s’enfoncèrent ensuite dans les profondeurs du bâtiment.



Après une petite heure, le jeune Dazen s’apprêta à sortir et scruta le sol, là où ses vêtements devaient se trouver. Mais rien. Ils n’étaient plus là. Paniqué, Axyor regarda tout le long de la berge, sans résultat. Qu’allait-il faire ? Comment regagner le Praxéum sans sa tenue ? A cette idée, le garçon pâlit. De toute façon, il n’oserait même pas sortir du lac ainsi. Tout le monde allait se moquer de lui, de… ses tatouages, il s’en tenait persuadé. Que faire ? Attendre. Il ne lui restait plus que ça à faire. Noal remarquerait sûrement son absence et le chercherait. Après une longue réflexion, ne trouvant pas d’autre solution, il se colla le long de la rive et patienta. Cependant le temps sembla long, tellement long et le froid le gagnait petit à petit. A plusieurs reprises, le garçon s'immergea totalement, laissant juste une main posée sur la berge pour que l'on remarque sa présence. Il essayait ainsi de lutter contre le froid qui envahissait peu à peu son corps tandis que la température descendait avec le soleil. Bientôt, les rayons de celui-ci éclairèrent d'une douce lumière orangée, le peu de nuages qui encombraient le ciel pour finir par s'estomper complètement.



Quelques heures plus tard, Athoz Liren fit son entrée dans les archives privées du Conseil, l’air mécontent et se dirigea vers Kross assis dans un fauteuil, un livre à la main.
- Ton cher disciple a jugé inutile de venir à mon cours aujourd’hui, lâcha-t-il.
- Comment cela ?
- C’est pourtant clair : il n’était pas là, fit le Jedi sur un ton d’évidence.
Betalan le regarda et dit :
- Je m’en vais résoudre moi-même le problème.
Il sortit en trombe de la bibliothèque et se dirigea vers la chambre du jeune garçon. Là, le Maître frappa puis entra directement. Cependant, la pièce était vide de toute présence. Vu l’heure, les élèves devaient se trouver au réfectoire. Sans perdre de temps, il s’y rendit et attendit une dizaine de minutes. Ne les voyant pas arriver, il commença à s’inquiéter et retourna dans le couloir. Subitement, le Jedi aperçut Noal et l’interpella. Le jeune garçon s’avança vers lui et Kross le questionna :
- As-tu vu Axyor, Noal ?
- Non Maître. Je le cherche partout depuis la fin du cours de Maître Liren.
- Va manger. Je m’occupe de le trouver.
Le petit Corellien acquiesça et, malgré l’envie de désobéir qui venait de l’envahir, entra dans la cantine.
Le Coruscanti, inquiet, poursuivit ses recherches. Un mauvais pressentiment venait de s’emparer de son esprit. Axyor venait-il de faire une fugue ?
Idée absurde, il n’a aucun moyen de quitter cette planète, pensa-t-il.
Peut-être se cachait-il quelque part, soit par crainte d’être puni de son absence, soit pour une raison plus grave. Le Maître adopta cette solution et se demanda, à sa place, où il se serait caché. Pendant une bonne heure, il arpenta le Praxéum, allant d’échec en échec, tout en prévenant les Maîtres qu’il rencontrait. Arrivant devant la porte de la buanderie, il y entra et demanda de la lumière. Des vêtements sales issus du conduit relié aux dortoirs des élèves, traînaient dans des paniers et, subitement, quelques frusques attirèrent son attention. Fripées et déchirées, elles reposaient sur le sol, à côté du reste. Aussitôt, il reconnut les vêtements du Dazen. Se baissant, l’humain les ramassa en secouant la tête. Ce ne pouvait pas être son œuvre, pas lui. Il se remémora les commentaires de Mys Niyi au sujet de l’attitude des autres élèves. La Force lui donnait le pressentiment d’être sur la bonne voie. Mais comment pouvait-on lui avoir subtilisé ses vêtements ? A un moment où il ne les portait pas, forcément. Soudain, Betalan songea au lac. Sans l’ombre d’une hésitation, il lâcha la tunique et se précipita dehors. Son intuition ne l’avait jamais trompé.



De longues heures s’étaient écoulées et personne n’était venu pour l’aider. Tandis qu’il grelottait de froid en constatant la tombée de la nuit, Axyor se frotta les bras pour tenter de résister encore, mais ses jambes s’engourdissaient et son corps lui semblait lourd, si lourd. Le garçon luttait pour ne pas fermer les yeux et l’obscurité grandissait sans cesse. Les ténèbres venaient-elles le chercher ? Subitement, une voix retentit et il sursauta :
- Axyor !
Reconnaissant la voix du Maître qu’il admirait tant, il bredouilla :
- Je… Je suis là.
Aussitôt Kross se précipita dans sa direction et demanda :
- Mais que fais-tu ici ? Ne me dis pas que tu es resté dans l’eau toute la journée…
Le Dazen hocha la tête et le Coruscanti soupira en lui demandant pourquoi.
- Je… On m’a pris mes vêtements. Je ne pouvais pas sortir comme ça. Ils se seraient tous moqués. Je… Je n’arrive plus à bouger Maître… J’ai froid.
L’humain l’attrapa par les bras et le sortit sans mal du lac. A cet instant, il constata les tatouages qui ornaient toute la partie gauche de son corps et comprit pourquoi l’apprenti redoutait le regard de ses camarades. Retirant sa bure, il en enveloppa le garçonnet et, dans un état de faiblesse avancé, celui-ci s’écroula dans ses bras. Avec le plus grand empressement, il l’emmena jusqu’au Praxéum et dévala les escaliers aussi vite que possible. Courant à travers les couloirs, il arriva à l’infirmerie et ouvrit la porte à toute volée.
Mys, qui exerçait également la fonction de guérisseuse, se retourna brusquement à cette entrée fracassante.
- Mais qu’est ce que… commença-t-elle avant d’apercevoir Axyor dans les bras du Maître.
Aussitôt, elle désigna un lit sur lequel Kross déposa l’élève inconscient et elle vint lui toucher le front.
- Il est glacé ! s’exclama-t-elle. Où l’as-tu donc trouvé ?
- Dans le lac. De mauvais plaisantins ont subtilisé ses vêtements. Il n’a pas osé en sortir par crainte de leurs moqueries, expliqua le membre du Conseil.
- Il faut le réchauffer au plus vite ! fit-elle alors en se précipitant vers un placard pour y prendre des remèdes. Les Dazen supportent extrêmement mal le froid et il risque de perdre la vie si quelque chose n’est pas fait immédiatement !
- Que puis-je faire ? interrogea le Coruscanti.
- Il y a une couverture dans ce placard. Enveloppe-le dedans et frictionne-le vivement, dit-elle, n’hésitant pas, dans l’urgence, à lui donner des ordres.
L’homme s’exécuta tandis que la jeune femme dosait plusieurs potions. Après quelques minutes de massages, les paupières du garçon se crispèrent et il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais Kross posa la main sur ses lèvres pour l’en empêcher.
- Ne parle pas. Garde tes forces, lui dit-il.
- Maître Betalan a raison, dit alors gentiment Mys en finissant de transvaser dans un gobelet le contenu d’une fiole, qu’elle mélangea.
Elle s’assit ensuite sur le bord du lit et souleva gentiment la tête de son petit patient avant de porter le verre à ses lèvres.
- Cette potion va certainement te brûler la gorge, le prévint-elle, mais tu dois la boire en totalité.
Le jeune Dazen hocha la tête et avala la mixture liquoreuse dont la couleur ne semblait guère engageante. Comme prévu, la préparation sembla le brûler de l’intérieur et Axyor eût soudain l’impression de suffoquer. Mais cette sensation se calma rapidement.
Lorsque ce fut fait, elle reposa délicatement le jeune élève et, prenant une seconde couverture, la posa sur lui et dit :
- Dors un peu à présent. Tu devras prendre à nouveau de ce remède plus tard.
A bout de forces, Axyor suivit le conseil et ferma les yeux, tandis que les deux Maîtres sortaient dans le couloir.
- Est-il hors de danger à présent ? demanda alors à mi-voix le Coruscanti à sa consœur.
- Je le pense, répondit celle-ci de même. Cependant, je vais tout de même le garder en observation cette nuit au cas où. Les jours de ton protégé ne sont plus en danger, mais tu es intervenu à temps. Il s’en est fallu de peu. Comment ont-ils pu en arriver là ? C’est invraisemblable.
- Je ne sais pas mais il est grand temps que cette attitude cesse. J’y remédierai dès demain matin et les coupables ne s’en sortiront pas à si bon compte.
Pensive, la Jedi hocha la tête mais dit :
- Ne sois tout de même pas trop sévère. Il s’agit peut-être d’une innocente plaisanterie dont nos élèves n’avaient pas prévu les conséquences…
- Certes, mais la cruauté de leurs moqueries est indigne d’apprentis Jedi.
- Quoi qu’il en soit, je resterai avec lui cette nuit, conclut-elle avant de s’incliner pour retourner à l’infirmerie.
Mais Betalan la retint avant qu’elle ne passe la porte :
- Mys !
La jeune femme se retourna.
- Oui ?
- J’aurais besoin de ton témoignage, demain, lorsque je vais parler de tout ceci aux autres Maîtres.
- Bien sûr, fit-elle avant de s’incliner une nouvelle fois, refermant la porte derrière elle.
Resté seul, Kross décida d’aller récupérer à la buanderie les vêtements d’Axyor qu’il avait laissé à l’intérieur pour courir à son secours, puis il se dirigea vers ses quartiers.
UNE PUNITION BIEN MERITEE
Le lendemain matin, Kross Betalan se dirigeait vers la salle du Conseil. Le Maître marchait vite, pressé de résoudre cette navrante affaire. Il descendit rapidement l’escalier et suivit un long couloir. Lorsqu’il pénétra dans la pièce au milieu de laquelle trônait la table hexagonale du Conseil, il repéra immédiatement Mys Niyi qui semblait tendue. Redoutait-elle l’issue de cette réunion ?
Autour du grand meuble, outre Athoz Liren et Geld Naimell, et Sheld Feraz d’origine Togorienne, se trouvaient réunis Caliana Numros une quadragénaire au visage grave auréolé d’une couronne de cheveux blonds mêlés de blanc, Mys Niyi la plus jeune membre avec ses 27 ans, Alth’eraxan un Chadra’fan, Dalc Odnik un Rodien, Ina Iaorana une centauresse et Parn Keldar, un homme de leur âge. Tous se tenaient assis et attendaient en silence que leur confrère, qui les avait réunis en séance exceptionnelle, veuille bien prendre la parole.
Après un ultime regard à Mys, le Coruscanti s’éclaircit la gorge et débuta :
- Je vous ai réunis ici aujourd’hui, afin de vous exposer un grave problème…
Le Maître passa quelques minutes à expliquer en détails ce qui s’était produit, puis conclut :
- Maître Niyi ici présente peut témoigner que son état était préoccupant lorsque je le lui ai amené.
A la mention de son nom, la jeune femme confirma :
- En effet. Plus que préoccupant, même. Axyor se trouvait alors en danger de mort. Si Maître Betalan ne l’avait pas retrouvé rapidement, ce garçon ne serait, à l’heure actuelle, plus en vie. Il a eu beaucoup de chance.
Lorsqu’elle eût fini, Kross la salua de la tête et reprit :
- J’estime qu’un tel comportement mérite une sanction exemplaire et je demande carte blanche aux membres de ce Conseil afin de trouver et punir le ou les coupables comme il se doit.
Betalan prit alors place dans son siège et laissa ses confrères délibérer. Cela dura quelques minutes, puis parlant au nom de tous, Liren lui dit :
- Il est évident que nous ne pouvons laisser impuni un tel acte, même s’il l’intention n’était pas de faire du mal. Vous êtes quelqu’un de juste. Nous comptons donc sur vous pour résoudre au plus vite ce problème, de la façon qui vous conviendra.
- Je compte réunir les étudiants dans le réfectoire d’ici une heure maximum. Veuillez donc en avertir vos élèves respectifs.
Les Maîtres se regardèrent puis hochèrent la tête et se levèrent. La séance s’acheva sur ces quelques mots.
En quittant la pièce, le Coruscanti se rendit à l’infirmerie et y pénétra en même temps que Mys, comme Elweni Talos achevait de faire boire sa potion à Axyor. Celle-ci se leva à leur entrée et, posant le gobelet sur la table de chevet, sortit. Kross se dirigea alors vers le lit et s’y assit au côté de son protégé en le regardant d’un air bienveillant.
- Comment te sens-tu mon garçon ? lui demanda-t-il.
- Mieux Maître, répondit le jeune Dazen. Grâce à vous et à Maître Niyi.
- Croyais-tu réellement que nous allions te laisser mourir ainsi ? fit alors la jeune femme en souriant, tout en s’approchant à son tour.
- Bien sûr que non Maître. Mais j’ai bien cru que personne ne me trouverait...
- C’est Maître Liren qu’il te faut remercier dans ce cas, fit Betalan.
Axyor le regarda sans comprendre.
- C’est lui qui m’a signalé le premier ton absence à son cours, expliqua le Jedi en omettant de préciser les désobligeantes allusions proférées par son ami. J’ai ensuite interrogé Noal qui m’a dit t’avoir cherché partout. C’est à ce moment que je me suis inquiété.
- Et comment m’avez-vous retrouvé ?
- En découvrant tes vêtements déchirés qui avaient été jetés dans le conduit de la buanderie. Je me suis demandé où tu avais pu aller pour les avoir ôtés et j’ai pensé au lac.
- Merci Maître, dit alors l’enfant en l’observant d’un regard mêlé de gratitude et d’admiration.
- De rien. Repose-toi maintenant.
- Ca va mieux Maître, dit-il en rejetant ses draps dans la manifeste attention de se lever. Je peux sortir.
C’est alors que Mys intervint, les sourcils froncés.
- C’est hors de question jeune homme. Tu es encore bien trop faible. Tu n’as pas l’air de te rendre compte que tu es passé bien près de rejoindre la Force prématurément.
- Très bien Maître, maugréa-t-il alors.
- Bien, fit-elle, satisfaite de le voir si docile. Recouche-toi.
Le garçon s’exécuta et Kross se leva.
- Je te laisse entre de bonnes mains. (puis à sa jeune consœur) Je vais régler cela au plus vite.
La jeune femme hocha la tête et le Maître quitta l’endroit en refermant la porte derrière lui.


La visite qu’il venait de rendre au petit garçon l’ayant rassuré, ce fut plus tranquille qu’il se dirigea vers le réfectoire. A son entrée, tous les élèves se levèrent et restèrent debout à côté de leurs chaises, s’interrogeant sur la raison de leur présence dans cette pièce à cette heure de la journée.
Kross parcourut la salle du regard. Découvrir le ou les coupables ne serait pas aisé.
- Vous êtes ici car l’un d’entre vous a fait quelque chose qui a mis en péril la vie d’un de vos camarades, débuta-t-il.
Tout en parlant, il les scruta attentivement, cherchant à détecter parmi eux une quelconque réaction ou un trouble suspect. Ne percevant rien de cet ordre, il poursuivit :
- Un élève de ce Temple a subtilisé les vêtements du jeune Axyor tandis qu’il nageait. Par crainte de la moquerie de certains d’entre vous, qui devient trop fréquente à mon goût, il n’a pas voulu sortir du lac et est resté dans l’eau jusqu’à la tombée de la nuit, jusqu’à ce que je le trouve.
Sans les quitter du regard, il ajouta :
- Et je vous informe qu’il se trouve toujours à l’infirmerie. J’exige donc que le coupable de cette mauvaise plaisanterie se dénonce de suite.
Le silence se fit après cette explication, puis les élèves se mirent à discuter entre eux avec animation. Cependant, au bout de quelques minutes, comme personne ne se désignait, Betalan reprit :
- J’espérais ne pas en arriver là, mais devant tant de courage, je me vois dans l’obligation de vous priver tous et toutes de repas jusqu’à nouvel ordre. Ou du moins jusqu’à ce que le coupable vienne me voir.
A ces mots, un concert de protestations s’éleva dans les rangs des élèves. Pourquoi devraient-ils tous payer pour la stupidité de l’un des leurs ? C’était injuste !
Captant la tension qui venait de s’installer, il leur dit d’un ton sévère :
- Je ne cherche pas à vous punir tous, je veux juste que le ou la coupable prenne conscience du problème qu’il vous pose.
Ayant dit cela, le Maître s’assit et attendit.
A cet instant, Jalna se sentit mal. Elle détestait le Dazen mais ne voulait pas sa mort. Elle n’était pas une meurtrière. Sa conscience lui criait de se dénoncer afin d’éviter la privation de nourriture à ses innocents condisciples, mais elle craignait bien trop la sentence qui en résulterait. Après cela, jamais Maître Betalan ne voudrait d’elle comme Padawan. Peut-être même serait-elle définitivement écartée de l’Ordre… renvoyée… Non ! Elle s’y refusait ! Sans pouvoir se débarrasser de ce sentiment de malaise profond, elle se tut donc et se tassa sur sa chaise.
C’est alors qu’agacé, un Padawan se mit debout et invectiva ses camarades :
- Je ne sais pas qui a fait ce coup-là, mais il ou elle ferait bien de se dénoncer très vite, sinon, il va avoir sur le dos l’intégralité des élèves du Temple !
Un grondement d’approbation parcourut la salle et, craignant de se retrouver mise au ban de la société, Jalna décida de dire la vérité. Lentement, elle se leva et, tremblante, annonça sans oser regarder le Jedi :
- Je… Je… C’était moi Maître.
L’air plus sévère que jamais, Kross se leva et lui ordonna de venir d’un ton très sec qui n’admettait aucune réplique. Sous le regard réprobateur des autres élèves, Tyren, tête baissée, avança vers lui. Qu’allait-il advenir d’elle à présent ?
- Puis-je savoir pourquoi tu as volé les vêtements d’Axyor ? interrogea-t-il d’une voix dure en la fixant.
Embarrassée, la fillette garda le silence.
- J’attends.
- Je… Je… Je… balbutia-t-elle, terrifiée, sans pouvoir achever sa phrase.
- Calme-toi et explique-toi clairement.
Un instant passa, puis rassemblant tout son courage, Jalna murmura finalement :
- Je… ne l’aime pas Maître.
- Est-ce une raison suffisante pour lui faire cela ? Puis-je savoir pourquoi tu ne l’aimes pas ? interrogea-t-il sévèrement.
Une nouvelle fois, elle resta silencieuse. Si jamais elle disait la vérité, elle pouvait dire adieu à tous ses espoirs.
- Je te rappelle qu’il a failli mourir par ta faute.
- Ce n’est pas ce que je voulais Maître. Je ne pensais pas que ça irait si loin, que les conséquences seraient celles-là, murmura-t-elle encore, espérant éviter de répondre à la question précédente.
Il l’observa sans aucune aménité et demanda encore :
- Pourquoi ne l’aime-tu pas ?
- Je vous en prie Maître, ne me demandez pas ça, pria-t-elle soudain en le regardant, les yeux pleins de larmes.
- Je veux une réponse.
- Parce que… Parce que… c’est un non humain, finit-elle par dire d’une voix misérable.
Betalan l’observa alors, choqué d’une telle déclaration surtout venant d’un être aussi jeune et tous ses camarades aliens la fixèrent de même.
- Je te signale qu’ici, une grande partie de tes compagnons et mêmes certains Maîtres du Conseil ne sont pas humains, lui dit-il d’une voix froide dans le silence outré qui était retombé sur la salle.
Ne sachant quoi répondre, Jalna garda le silence et reporta le regard sur le sol.
- Ces préjugés sont indignes d’une apprentie Jedi, asséna-t-il.
- Je sais Maître, souffla-t-elle, craignant le pire.
- Nous allons commencer tout de suite…
- C… Commencer quoi Maître ? balbutia-t-elle.
- A t’apprendre l’humilité, répondit-il.
La fillette le regarda sans comprendre.
- Dans un premier temps, tu lui présenteras des excuses sincères (à ces mots elle grimaça). Et dans un deuxième temps, tu passeras tes heures de liberté à la buanderie pour aider Maître Talos. Et ceci pendant trois mois.
A ces mots, Tyren écarquilla les yeux de stupéfaction.
- Vous… Vous voulez dire que… que je ne suis pas… renvoyée Maître ? demanda-t-elle, incrédule.
- Non mais je te conseille de faire des efforts pour que cela n’arrive pas.
- Je… Je vous le promets Maître, dit-elle alors, trop heureuse de s’en tirer à si bon compte.
- Tu vas te rendre immédiatement à l’infirmerie pour lui présenter tes excuses, ordonna Kross.
- Bien Maître, fit-elle avant de se diriger vers la porte avec une réticence visible.
Il l’interpella alors :
- Sincères j’ai dit.
La petite fille soupira.
- Oui Maître, dit-elle en se forçant à sourire avant de sortir.


Pendant ce temps, Axyor s’était rendormi, veillé par Mys Niyi. Soudain, il se réveilla en sursaut et posa un regard égaré sur le décor qui l’entourait. Laissant sur une tablette le livre qu’elle lisait, la jeune femme se dirigea vers lui et s’assit sur le lit en souriant. Elle posa une main sur son front et constata que sa température corporelle se trouvait revenue à la normale.
- Te voici guéri, lui dit-elle. Mais dis-moi : je sais bien que ne plus avoir ses vêtements est ennuyeux, cependant… tu n’étais pas nu. Pourquoi alors n’as-tu pas voulu sortir de l’eau ?
Le jeune garçon détourna les yeux et ne répondit pas.
- Tu ne veux pas m’en parler… N’as-tu pas confiance en moi ? Je sais garder un secret tu sais, lança-t-elle en lui faisant un clin d’œil.
Le Dazen soupira.
- Parce qu’ils se seraient tous moqués de moi, répondit-il finalement.
Mys le regarda sans comprendre.
- Moqués de toi ? Et pour quelle raison ?
- N’est-ce pas évident ? lui dit-il en la dévisageant.
- Je dois soudain être devenue stupide, mais je ne vois pas du tout ce qui, en toi, pourrait causer chez eux une telle réaction, dit-elle avec sincérité.
- Vous ne voyez vraiment pas ?
- Je suis navrée mais non. Je crains que tu ne doives m’éclairer sur la question.
Axyor ferma les yeux et, posant la tête sur le côté, souffla :
- Mes tatouages…
A ces mots, Niyi l’observa attentivement.
- Et, selon toi, tu aurais subi des sarcasmes si tes camarades les avaient vus ?
Il hocha la tête et lâcha :
- C’était déjà le cas chez moi.
En souriant, elle posa alors une main sur sa tête et lui caressa doucement les cheveux en disant gentiment :
- Allons, tu dramatises. Tes camarades ne sont pas si cruels. Si tes tatouages ne m’ont pas choquée, pourquoi auraient-il eu cet effet sur eux ?
- Je vous le répète : c’était déjà le cas chez moi.
- Je vois, fit-elle.
C’est alors qu’on frappa à la porte de l’infirmerie et que Jalna Tyren fit son entrée. Aussitôt, Mys se leva et vint à sa rencontre tandis que son jeune patient se recouvrait précipitamment du drap :
- Bonjour Jalna. Es-tu malade ?
- Bonjour Maître. Non mais je… je dois lui parler, fit-elle en désignant le Dazen étendu dans le lit.
A ces mots, Axyor se tourna vers le mur et marmonna comme si elle n’était pas là :
- Je ne veux pas la voir !
Le regard surpris de la jeune femme passa de l’un à l’autre pendant que Jalna disait :
- Je dois absolument te dire quelque chose.
- Me dire quoi ? Que c’est toi qui as volé mes vêtements ?!
Stupéfaite d’une telle déclaration, Tyren perdit un peu de ses moyens et bredouilla :
- Oui et… et aussi te présenter mes… mes excuses. Je… ne voulais pas te mettre en danger.
- Mais ça t’amusais bien de te moquer de moi, marmonna-t-il, toujours sans la regarder.
Comprenant que cette discussion se révélait plutôt un règlement de comptes verbal, Mys décida que les deux enfants n’avaient besoin d’aucun témoin et quitta discrètement la pièce. Le silence retomba sur l’infirmerie, puis Jalna dit :
- Je l’avoue. Et j’en suis sincèrement désolée.
Il ne répondit rien et elle insista dans un murmure :
- Suis-je vraiment si impardonnable à tes yeux ? Je ne te voulais aucun mal.
- Mais tu passes ton temps à te moquer de moi alors que je ne t’ai rien fait, rétorqua-t-il.
- Je… Ecoutes, je ne peux pas effacer ce que j’ai fais mais… je… j’essaierais de faire des efforts, dit-elle encore.
Il se tourna alors vers elle et, la fixant droit dans les yeux, lui dit :
- J’espère que c’est sincère.
Embarrassée, Tyren hocha la tête et quitta la pièce.
Mais il le voyait bien. Ces excuses n’étaient que simples formalités pour ne pas se trouver expulsée du Praxéum. Cette fille le détestait et ce sentiment commençait à devenir réciproque. Jamais il ne lui pardonnerait cet acte dégradant et toutes les moqueries proférées contre lui. Jamais. Et un jour, elle le lui paierait.
LE DUEL
L’hiver était tombé sur Sew et la neige recouvrait tout comme un épais tapis assourdissant tous les bruits. Confinés par les intempéries dans l’une des plus grandes salles du Praxéum, une dizaine de jeunes gens s’entraînaient au sabre sous la surveillance étroite de leur professeur, le Maître Togorien Sheld Feraz. Répartis en équipes de deux, les adolescents s’affrontaient tour à tour afin que celui-ci puisse juger si ses enseignements avaient été correctement assimilés et, de temps à autre, un grognement avertissait ses élèves de leurs erreurs. Dans le coin le plus reculé de la pièce, Noal Narrow faisait face à son ami Axyor. Les deux garçons, tout juste âgés de 14 ans, s’en tiraient à merveille et bien mieux que la plupart des autres étudiants. Cependant, Feraz ne pouvait s’empêcher de remarquer, à longueur de cours, que le Dazen, qui maîtrisait déjà tout cela depuis fort longtemps, semblait réellement s’ennuyer.
Soudain, le Jedi frappa dans ses mains pour faire cesser l’exercice et fit signe aux étudiants de se rassembler autour de lui. Puis, d’une voix basse aux accents parfois inquiétants, il dit :
- Vous allez maintenant changer de partenaire et vous rencontrer en duels. Cela me permettra de juger qui d’entre vous a encore besoin de perfectionnement… ou pas.
En prononçant ces derniers mots, il jeta un bref coup d’œil à Axyor qui, comme à son habitude, se tenait un peu en retrait. Etant donné les étonnantes aptitudes du garçon en la matière, Sheld connaissait par avance l’issue de son combat. Dans ces conditions, devait-il réellement l’opposer à l’un de ses camarades ? Serait-ce juste pour son adversaire qui n’avait pas la moindre chance face à lui ? Même Noal, pourtant très bon, ne faisait pas le poids. Alors que faire ? Il décida finalement que le Dazen passerait en dernier. Ainsi, il aurait le temps de réfléchir à la question. D’un geste, il désigna alors les premiers de ses élèves. La rencontre se terminant par une égalité, il fit signe aux deux suivants et poursuivit ainsi jusqu’à ce qu’il ne reste plus que trois étudiants. Lorsque ce fut au tour de Noal, celui-ci se retourna et fit face à… Jalna qui l’observait d’un air triomphant, comme si elle se tenait persuadée d’avoir déjà gagné d’avance.
Les adversaires activèrent leurs sabres et se fixèrent attentivement quelques secondes, cherchant à deviner de quel côté l’autre allait attaquer. Le premier, Noal se lança et tenta une frappe latérale très vive, que son opposante para difficilement, avant de répliquer par une passe verticale. Noal esquiva sans difficulté et enchaîna avec une attaque basse.
C’est alors que, poussé par la curiosité, le Maître Geld Naimell, qui observait tout du couloir depuis quelques minutes déjà, entra dans la pièce. Nul ne lui prêtant attention, il alla s’installer dans le fond de la salle, observant avec intérêt ce garçon qu’il avait lui-même ramené au Praxéum et toujours suivi pas à pas bien qu’il ne s’en soit pas ouvertement occupé. Croisant les bras sur sa poitrine, il se prit le menton dans la main et reporta son attention sur le duel qui se poursuivait.
La jeune fille n’eût que le temps de sauter par-dessus la lame verte de son antagoniste, avant de retomber au sol. Agacée de ne pas avoir le dessus, Jalna tenta une nouvelle attaque, mais le Corellien la bloqua facilement et la repoussa, avant de se reculer soudain, étonnant tout le monde. Que faisait-il donc ?
Noal attendit une fraction de seconde, puis se baissa, jambe droite souplement tendue vers l’avant et tendit le bras qui tenait son sabre loin vers l’arrière. Subitement, il se redressa et fondit sur elle. Surprise –comme le reste de l’assistance- Tyren ne put assurer sur son arme une prise assez ferme et le sabre lui échappa des mains, clôturant ainsi le duel.
Noal désactiva alors son sabre, stupéfait de l’avoir emporté sur la brillante élève qu’elle était et revint ensuite se placer sur le côté, à la droite de son ami. N’ayant pas vu entrer Naimell, il sursauta lorsque celui-ci l’interpella, juste derrière lui, mais se retourna.
- M… Maître Naimell ? balbutia-t-il sans y croire lorsqu’il le reconnut.
Depuis son arrivée au Praxéum, c’était à peine s’il avait revu le Jedi plus de deux fois. Le jeune homme avait même fini par croire qu’il ne présentait aucun intérêt pour lui. Qu’il n’était à ses yeux, qu’un enfant parmi tant d’autres. Et, sans savoir pourquoi, cela l’avait blessé.
- Tu n’aurais pas dû avoir peur de cette façon, reprocha Geld d’un air bienveillant. Si tu ne m’as pas senti entrer dans la pièce, c’est que tu étais trop concentré sur ce que tu faisais et pas assez attentif à ce qui t’entourait. Il te faut apprendre à considérer actions et environnement comme un tout.
Surpris d’une leçon qu’il pensait ne recevoir que de son mentor lorsqu’il serait effectivement Padawan, le garçon hocha néanmoins la tête.
- Bien Maître.
- Cela étant, je t’ai observé, pendant que tu te battais contre une adversaire pourtant coriace. Tu as fais de très notables progrès Noal. J’ai surtout été impressionné par ta dernière attaque. Où as-tu donc appris cette technique ?
- Je… En fait, je l’ai mise au point avec Axyor au cours des nombreux entraînements que nous faisons tous les deux, répondit l’adolescent après une hésitation.
- C’est excellent. Continue ainsi, jeune apprenti, dit-il tandis que Maître Feraz s’avançait.
Celui-ci désigna Axyor avant de lui dire :
- Tu ne te battras pas contre tes camarades. C’est moi qui vais t’affronter.
- Vous Maître ? fit l’adolescent, étonné.
- Oui.
Sans chercher à savoir pourquoi, le jeune Dazen acquiesça de la tête et s’avança pour lui faire face.
Tous s’écartèrent pour leur laisser le champ libre mais regardèrent la scène avec attention.
Tandis que le Chevalier brandissait déjà son sabre, l’apprenti le fixa avec le plus grand sérieux, laissant ses doigts effleurer le pommeau de son arme. Les sens en éveil, la respiration posée, il attendit que son adversaire attaque le premier. Le Togorien ne se fit pas prier et, avec une souplesse inégalée, bondit vers l’élève. Axyor attendit la dernière seconde et s’écarta tout en dégainant, avant de tenter une passe latérale rapide. Sans mal, Sheld le para et répliqua. Tous deux échangèrent quelques coups mais le jeune homme ne faillit pas, bien au contraire.
Ayant eu vent de cette séance, Betalan fit à son tour son entrée et constata avec surprise les deux opposants. Intrigué, il se campa discrètement dans un recoin de la pièce et regarda le combat attentivement.
Les deux adversaires se tenaient à présent en garde, tournant l’un autour de l’autre, guettant la moindre seconde d’inattention. Cette fois-ci, le Dazen prit l’initiative et fondit sur le Jedi. Feintant un coup latéral, il changea sa trajectoire au dernier instant pour attaquer à la verticale. Feraz, surpris, eût juste le temps de reculer. Mais faisant preuve d’une imagination sans borne, Axyor, à l’aide de la Force, fit venir une table, repoussée au fond de la salle, entre eux et prit appui dessus pour réaliser un saut périlleux, au dessus du Maître. De toutes ses forces, il l’attaqua alors en serrant les dents. Avec la vivacité d’un félin, Sheld le contra une nouvelle fois. Les lames s’entrecroisèrent, transformant le duel en épreuve de force. Très vite, l’adolescent comprit que, physiquement, il ne pouvait lutter et se retira, cherchant quoi faire pour compenser. Profitant de ce court laps de temps, le Chevalier l’attaqua à son tour. Soudain, les yeux du Dazen se posèrent sur le sabre de son ami et il se remémora l’une de ses dernières lectures. Après une brève hésitation, il repoussa le Maître par la pensée et fit venir à lui l’arme de Noal. Lorsque Feraz porta un nouveau coup, l’apprenti le para, lames croisées. Puis, avec une maîtrise surprenante, les deux mains armées de l’élève mirent en difficulté le Togorien sous les yeux ébahis de Kross. Son protégé venait de combler sa faiblesse physique avec brio. Celui-ci se remit en garde, mais à cet instant, son professeur se redressa et éteignit son arme. Comprenant que cela signifiait la fin du combat, Axyor fit de même et le salua respectueusement.
- Impressionnant, très impressionnant. D’où as-tu tiré cette idée ? l’interrogea alors le Maître.
- D’un ouvrage des archives, répondit le jeune homme.
- Palier tes faiblesses physiques par la force de ton esprit était une brillante idée, le félicita Feraz.
- Merci Maître, répondit l’adolescent en baissant la tête, gêné.
- Sur ce, notre cours prend fin. A bientôt, conclut le Togorien.
Un léger sourire aux lèvres, Axyor se tourna pour aller chercher Noal et remarqua alors Maître Betalan. Celui-ci s’avança vers lui, l’air satisfait et posa la main sur son épaule.
- Je suis fier de toi Axyor. Je n’aurais pas fais mieux à ta place. Continue ainsi, l’heure approche.
Recevoir un tel compliment de la part de celui qu’il admirait tant, laissa l’apprenti sans voix. Timidement, il le remercia d’un signe de tête, puis le salua avant de rejoindre Noal, tandis que Jalna, très énervée d’avoir perdu son duel contre le Corellien, fixait celui-ci avec ressentiment. La colère de la jeune fille ne connut plus de bornes lorsqu’elle constata que Maître Betalan semblait porter de l’estime à ce non humain qu’elle haïssait plus que tout. Pourquoi ? Pourquoi ne lui prêtait-il pas attention, a elle ? Elle ne comprenait pas.
Après avoir posé les sabres sur la table, tous quittèrent la pièce et laissèrent les trois Maîtres seuls. Aucun d’entre eux ne s’était attendu à la tournure prise par le duel. Soudain, Geld prit la parole :
- Je suis plus qu’étonné qu’un adolescent de 14 ans ait utilisé le Jar’kai. D’où tient-il l’apprentissage de cette forme de combat ?
- D’un livre des archives, répondit Sheld.
- Il n’y a aucun ouvrage abordant ce sujet en consultation libre, objecta Naimell. Quand à appliquer une lecture de la sorte avec tant d’habileté…
Betalan réfléchit quelques instants à cette remarque et lâcha soudain :
- Mais bien sûr !
Ses deux amis lui lancèrent un regard interrogateur et il expliqua :
- Plusieurs fois, je suis passé aux archives pendant qu’il travaillait. Ca ne m’avait pas frappé outre mesure jusque là, mais je l’ai vu écrire des deux mains. Ce garçon est ambidextre.
- Cela expliquerait en partie sa maîtrise du Jar’kai, mais pas d’où il la tient. Il faut éclairci ce point.
- Allons le voir, suggéra le Togorien.
Ses deux compagnons hochèrent la tête et tous trois se mirent en route.
La plupart des élèves venaient de sortir pour se défouler dans la neige. Cependant, Axyor restait adossé à l’encadrement de la porte d’entrée du Temple et les regardait faire. Noal s’approcha et lui dit :
- Tu ne viens pas ?
- Noal… fit le Dazen en levant les yeux au ciel. Tu sais bien que je déteste la neige et l’hiver.
- Oui mais… Non rien. Laisse. Dis-moi, comment as-tu réussi à faire ça tout à l’heure ?
- J’ai travaillé à partir d’un livre des archives qui aborde les différentes formes de combat, répondit-il très sérieusement.
- En tout cas, c’était impressionnant ! Tu te rends compte, tu as tenu tête à un Maître ! s’exclama son ami avec un air admiratif.
- Je n’en attendais pas tant, répliqua humblement l’apprenti.
- Notre petite technique a impressionné Maître Naimell.
- J’en suis content pour toi, fit son compagnon en souriant. Je sais que tu y tenais. Allez, va te déchaîner avec eux. J’ai besoin de réfléchir s’il te plaît.
Le Corellien hocha la tête et s’éloigna. Axyor soupira. En effet, il détestait ce froid qui l’empêchait d’aller nager, ce qui le rendait nerveux et irritable. Il s’efforçait de cacher ce trait de caractère à son entourage mais, parfois, cette tâche se révélait extrêmement difficile. En regardant Noal livrer une bataille de boules de neige avec les autres, le Dazen prit conscience du fossé qui se creusait entre lui et eux. Physiquement, il paraissait déjà plus âgé que ses camarades, se rapprochant plus de l’apparence d’un jeune homme de 17 ans que celle d’un adolescent de 14. Quand à ses préoccupations… elles différaient tant des leurs. Il ne cessait d’étudier, de s’entraîner pour se perfectionner, ce qui, parfois, agaçait le jeune humain lorsque celui-ci voulait passer du temps avec lui.
Sentant le froid s’accroître, Axyor décida de rentrer et descendit pensivement les marches. Soudain, une voix le fit revenir à la réalité :
- Quelle coupe mon garçon !
Maître Talos se tenait juste devant lui, fronçant les sourcils. Ne comprenant pas ce qu’elle voulait dire, l’élève balbutia :
- Une coupe… Mais de quoi
- Vos cheveux ! Il est grand temps d’y faire quelque chose ! Vous auriez déjà dû passer me voir ! reprocha-t-elle avant de l’attraper par l’oreille.
Le Dazen voulut protester, mais elle ne le laissa pas faire et le contraignit à la suivre. Rendant les armes, l’apprenti obéit et, une fois en bas, tandis qu’elle lui tournait le dos, la fusilla du regard. Arrivée devant une porte, Elweni l’ouvrit, puis le força à s’asseoir. Là, elle attrapa ses ciseaux et se mit à l’ouvrage.
- C’est lamentable, commenta-t-elle. Vous êtes irrattrapable.
- Je n’ai pas eu le temps, rétorqua Axyor. J’étudiais et…
- Je ne veux pas le savoir.
Serrant les dents pour se contenir et éviter une réplique sarcastique, l’adolescent se renfrogna, puis la laissa faire. Lorsqu’elle eût terminé, elle annonça :
- Là au moins, vous ne ressemblez plus à un épouvantail !
- Pour deux centimètres, vous me traitez d’épouvantail ! rétorqua celui-ci, exaspéré.
- Il suffit. Sortez d’ici maintenant !
Sans se faire prier, le jeune homme prit ses jambes à son cou et s’éclipsa. Passant la main dans ses cheveux, il marmonna :
- Et bien ! Elle ne m’a pas laissé grand-chose !
Réajustant sa tunique, il se remit en route et se dirigea ver les archives. Là, il longea les rangs d’étagères et, un peu plus loin, aperçut Jalna qui jasait avec ses deux acolytes. Celle-ci se baissa alors pour s’asseoir et, tout en se dissimulant derrière un meuble, le Dazen ne pu s’empêcher de faire reculer sa chaise au dernier moment. La jeune fille s’étala de tout son long sur le sol et pesta. Axyor ne parvint pas à retenir le fou rire qui l’envahissait et se cacha la tête dans les bras pour rester discret. Dès qu’il eût repris son calme, il se dirigea vers les données électroniques et s’installa à une console. Jamais il ne lui avait pardonné le vol de ses vêtements, six ans plus tôt, aussi ne se privait-il pas lorsqu’il pouvait en profiter.
C’est alors qu’elle remarqua sa présence et, furieuse, se dirigea vers lui comme un ouragan.
- Toi ! cracha-t-elle. C’est toi qui viens de faire ça !
- Je ne vois pas de quoi tu parles, rétorqua l’apprenti. Je n’ai pas de temps à t’accorder, gamine !
- Tu oses me traiter de gamine, espèce de sale…
- Tu n’as que ça à faire ? fit alors une voix derrière elle.
Tyren se retourna et fit face à une Padawan plus grande qu’elle, âgée d’au moins 17 ans, à la longue chevelure rousse. Celle-ci la fixait d’un air sévère et reprit :
- Si tu es ici pour passer ton temps à déranger ceux qui travaillent, alors ce n’est pas la peine de venir !
- Et qui es-tu pour me parler de la sorte ? répliqua l’adolescente d’un ton méprisant.
- Tamarys Valdan, Padawan de Maître Arha Ning, se présenta-t-elle. Et il a raison : tu te comportes comme une gamine.
Jalna les regarda l’un après l’autre et, adoptant un air hautain, lâcha :
- C’est quand même bizarre que tu le défendes comme ça. Y a-t-il quelque chose entre vous ?
- Nous ne nous connaissons pas, mais je préfère nettement sa présence à lui, qui est travailleur, que la tienne, perturbatrice.
Axyor, la tête appuyée sur la main gauche, regardait la scène avec une irrésistible envie de rire. Pourtant, voir cette belle inconnue prendre sa défense le flattait. Il la fixa un court instant tandis que celle-ci s’apprêtait à congédier la Naboo sans ménagement.
- Sors d’ici immédiatement ou je préviens le Maître archiviste !
La jeune fille se renfrogna et, se tournant vers le Dazen, marmonna avant de quitter la pièce :
- Toi, tu ne perds rien pour attendre.
Il soupira en secouant la tête, puis reporta son attention sur la Padawan qui jetait un regard vers la porte. Puis elle le fixa et ajouta :
- Je n’aime pas me vanter mais elle semblait un peu trop sûre d’elle. Il fallait lui rabattre son caquet.
- Ce qui fut fait de fort belle façon, répondit le Dazen avec un sourire.
Elle le lui rendit tout en replaçant une longue mèche derrière son oreille et demanda :
- Peut-être pourrais-je connaître ton nom à présent ?
- Axyor, répondit-il en se levant, avant de la regarder droit dans les yeux.
A cet instant, Tamarys se sentit troublée et perdit l’assurance dont elle faisait preuve jusque là, puis rougit avant de dire :
- Enchantée.
Très vite, la jeune femme le salua et s’éclipsa sans un mot supplémentaire.
Etonné, l’apprenti resta là sans rien dire et se demanda ce qui lui prenait. Puis, analysant les quelques bribes de pensées qu’il venait de capter malgré lui, comprit. Cette idée le fit sourire et, fier de cette constatation, il reprit place et se mit à travailler.


Rapidement, Feraz, Betalan et Naimell se dirigèrent vers les archives. Ils y pénétrèrent et se mirent à la recherche de l’archiviste. Ils trouvèrent celle-ci en conversation avec une jeune fille rousse en qui ils reconnurent la Padawan d’Arha Ning. Ils la saluèrent brièvement et Tamarys s’inclina avant de s’éclipser.
Tous trois la suivirent du regard un moment, puis se tournèrent vers la bibliothécaire, Maître Delenn Vorsik, une femme d’un certain âge qui les reçut aimablement.
- Puis-je vous aider Maîtres ? demanda-t-elle.
- Nous recherchons des ouvrages techniques sur les formes de combat au sabre, expliqua alors Geld.
- Mais, vous pouvez trouver cela dans la section privée, fit-elle étonnée.
- Non, ils seraient placés dans la partie publique, intervint Sheld.
- Et accessible à n’importe quel étudiant ? releva Delenn. Impossible. Ce type de livre est soigneusement conservé par mes soins et il faut une autorisation expresse d’un Maître pour les consulter.
- Ne serait-il pas possible que… commença alors Kross.
- Non, le coupa-t-elle sèchement. Je suis formelle. Je vérifie cela deux fois par jour et conserve sur moi la carte d’accès à la partie privée.
A ces mots, les Jedi se regardèrent. Dans ces conditions, Axyor allait devoir leur fournir quelques explications. C’est alors que Betalan sentit la présence du jeune homme.
- Il se trouve ici, dit-il simplement.
Ses confrères hochèrent la tête et, après avoir remercié et salué Vorsik, le trio se dirigea vers les tables autours desquelles se trouvaient quelques étudiants. En les voyant passer, ceux-ci se levèrent et s’inclinèrent. Avançant dans la salle, ils aperçurent alors Axyor, qui, isolé des autres comme à son habitude, se tenait penché sur une console. Les sentant approcher, l’adolescent leva les yeux.
- Maîtres ? fit-il, surpris, en les voyant venir vers lui.
- Nous aimerions voir le fameux livre dans lequel tu as puisé tes connaissances en Jar’kai, lui dit alors Kross.
Le garçon les fixa alors, le sourire s’effaçant de son visage et leur dit :
- Vous doutez de mes dires, je le sens.
- Non, nous ne doutons pas, répondit Feraz. Mais la consultation de ce livre n’est normalement pas autorisée aux élèves et Maître Vorsik nous a certifié qu’il fallait même une autorisation. Où donc te l’es-tu procuré ?
- Je vais vous montrer, dit alors Axyor en se dirigeant vers les étagères.
Au bout d’une minute, il en tira un impressionnant volume ancien dont la couverture se trouvait couverte de poussière et constellée d’empreintes de doigts. Les siennes très probablement.
Il le tendit à Betalan, celui-ci s’en saisit et jeta un regard inquiet à ses condisciples. Etant donné la vigilance dont faisait preuve l’archiviste, comment la présence d’un tel livre avait-elle pu lui échapper ?
Rapidement, le Maître l’ouvrit et le parcourut. Il constata alors que, non seulement il traitait en détails du Jar’kai, mais qu’il abordait avec une précision similaire toutes les autres formes de combat… y compris les très contestés Juyo et Vaapad. Cela expliquait beaucoup de choses. L’air inquiet, il tendit le manuscrit à Geld et Sheld qui firent de même.
- Que se passe-t-il Maîtres ? leur demanda-t-il en les fixant sans comprendre.
- L’as-tu lu en entier ? interrogea le Togorien en éludant sa question.
- Oui Maître.
A présent alarmés, les trois Jedi se regardèrent à nouveau.
- Que se passe-t-il avec ce livre ? questionna à nouveau l’adolescent.
- L’ouvrage que tu as lu est uniquement réservé aux Maîtres, répondit très sérieusement Betalan en plongeant son regard dans le sien. Les formes de combat qui y sont abordées sont bien trop dangereuses pour un apprenti. Tu ne dois plus te servir de ce que tu y as appris.
- Pas même de la technique à deux sabres ? demanda Axyor.
Kross interrogea ses confrères du regard et Naimell répondit :
- Il vaut mieux éviter pour le moment. Peut-être plus tard lorsque tu seras Padawan.
A ces mots, le garçon baissa la tête.
- Bien Maîtres, fit-il, une pointe de regret dans la voix. Et je présume que je ne pourrais plus consulter ce livre…
- En effet, répondit Sheld. Il n’aurait jamais dû se trouver sur cette étagère. Nous allons le remettre à sa place.
- Alors je ferais preuve d’imagination, fit l’adolescent pour cacher sa déception.
Les Maîtres hochèrent la tête et se retirèrent. Parvenus dans le couloir, Feraz, qui avait le livre dans les mains, posa les yeux sur ses compagnons.
- Il avait l’air vraiment déçu, mais cela se comprend : il y a appris des choses nouvelles. J’ai remarqué qu’il s’ennuie réellement pendant mes cours, car il maîtrise déjà à la perfection toutes les bases –et bien davantage. Peut-être serait-il temps qu’il devienne Padawan…
En prononçant ces derniers mots, il regarda attentivement Kross. Ni lui ni Geld n’ignoraient que leur confrère s’intéressait de très près au jeune Dazen.
- Certainement… acquiesça celui-ci. Mais convaincre le reste du Conseil ne sera pas une tâche aisée. Ils sont tous très réticents à son propos. Athoz surtout.
En disant cela, il se remémorait leur pénible conversation aux archives des années plus tôt.
- Tu sais te montrer convaincant, déclara alors Geld. Tu y parviendras.
- Nous verrons, conclut Betalan.


Axyor quitta les lieux à son tour et une fois dans le couloir, se retourna pour être sûr que personne ne le suivait. Peu lui importait de ne plus pouvoir consulter le recueil. Il l’avait étudié pendant plus de trois mois et était parvenu à recopier l’intégralité des passages qui l’intéressaient.
Quelque part, il se trouvait persuadé que ce qu’il avait appris lui servirait. Il devait persister dans cette voie mais de façon discrète. Pas question de se faire prendre et de passer une nouvelle fois pour un élève indiscipliné.
Très vite, il retourna à sa chambre et décida de cacher soigneusement ses notes. Personne ne devait les trouver. Puis, se saisissant de vêtements propres, il se rendit au bloc sanitaire. Là, il s'enferma dans une cabine de douche avec la ferme intention d'y rester un bon moment. Ce moyen seul pourrait apaiser la nervosité qui l'avait gagné depuis qu'il ne pouvait plus aller nager. Le jeune homme se déshabilla, déclencha le jet et se glissa dessous. Sentant le contact de l’eau sur sa peau, il poussa un long soupir de soulagement et ferma les yeux pour profiter de l’instant.
PENIBLE DECISION
Ce fut un peu tendu, que Kross Betalan pénétra dans la salle du Conseil, accompagné de Geld Naimell et Sheld Feraz. Silencieusement, les trois Maîtres prirent place dans leurs fauteuils respectifs, puis Athoz Liren prit la parole :
- Une fois encore, c’est vous qui nous avez rassemblés, Maître Betalan. Pouvons-nous connaître le propos de cette réunion ?
Le Coruscanti jeta un regard vers ses deux compagnons. Comment amener un sujet si délicat ? Etant donné l’influence que possédait Liren au sein du Conseil et son aversion envers son jeune protégé, il n’ignorait pas que convaincre les autres membres serait difficile. Cela risquait même de sérieusement lui compliquer la tâche. En effet, peu nombreux étaient les Maîtres qui osaient contester une idée ou une décision venant de lui. Il observa brièvement ses confrères et consœurs, s’éclaircit la gorge et commença :
- Comme vous le savez tous, la majorité de nos étudiants ont maintenant atteint l’âge de devenir Padawans. Ce sont tous des sujets brillants, cependant, j’aimerais attirer votre attention sur l’un d’eux en particulier : le jeune Axyor…
A ces mots, la contrariété se lut sur le visage d’Athoz.
- Il me semble vous avoir déjà donné mon sentiment à ce sujet, le coupa-t-il. Ce garçon est trop entêté, volontaire et indiscipliné. Je connais l’intérêt que vous lui portez, mais en faire votre Padawan serait d’autant plus dangereux étant donné la nature de vos fréquentes missions. Je suis résolument contre.
Le Jedi lui lança un regard noir.
- Et moi je crains que votre jugement ne soit altéré par le fait que vous ne l’appréciez pas, Maître Liren, conclut-il en le fixant dans les yeux.
- Si je peux me permettre d’intervenir, dit alors Feraz, j’ai remarqué qu’il s’ennuie vraiment pendant mes cours car il maîtrise déjà les bases et bien davantage, depuis longtemps. Il stagne et c’est ce qui provoque cet ennui chez lui. Le seul moyen pour lui permettre de progresser, serait qu’il soit pris comme Padawan.
Les yeux de Liren se posèrent sur Betalan, puis sur le Togorien.
- Je n’en doute pas, cependant…
- J’estime moi aussi, qu’il est dans son intérêt de débuter au plus vite son apprentissage, intervint à son tour Mys Niyi. Il a une avance considérable sur ses camarades dans tous les domaines sans exception et aurait réellement besoin d’un Maître pour lui apprendre ce qui ne peut être enseigné à ses camarades. D’ailleurs, il s’est énormément assagi ces dernières années. Avez-vous récemment eu à vous plaindre de son comportement ? ajouta-t-elle en scrutant le Maître avec attention.
Embarrassé, Liren n’osa pas croiser son regard lorsqu’il répondit :
- Non en effet.
- Dans ce cas, quelles raisons avez-vous de le qualifier d’indiscipliné ? poursuivit-elle.
Athoz se préparait à répondre, lorsqu’une voix froide interrogea :
- S’il est réellement si extraordinaire, pourquoi serait-ce forcément vous, Maître Betalan, qui obtiendriez sa tutelle ?
A ces mots, chacun se tourna avec stupeur vers celui qui venait de parler ainsi. Parn Keldar était un homme désagréable aux cheveux mi-longs noirs comme la nuit encadrant un visage cireux au nez aquilin, qui ne prenait quasiment jamais la parole pendant les réunions du Conseil. Qu’il sorte soudain de son mutisme pour se mêler à la conversation s’avérait pour le moins inattendu.
- Que voulez-vous dire Maître Keldar ? intervint la centauresse Ina Iaorana.
- Tout simplement que ce garçon m’intéresse également, reprit-il.
- Vraiment ? fit alors Geld Naimell, sceptique. Alors il est plutôt étrange que vous ne vous en soyez jamais préoccupé auparavant.
- Qui vous dit que je ne l’ai pas fait ? riposta Parn.
- Maîtres, s’il vous plait, coupa Caliana Numros. Nous ne sommes pas ici pour vider des querelles. Elles sont sans objet comparé au sujet qui nous importe.
- Et sans vouloir vous offenser, Maître Keldar, reprit alors Niyi à la stupéfaction de ses condisciples qui ne l’avaient jamais tant entendue parler, je pense que Maître Betalan serait un choix plus avisé en ce qui concerne Axyor.
- Expliquez-vous, demanda le Chadra’fan Alth’eraxan.
- Oui, je serais curieux d’entendre vos raisons, approuva Keldar, plus renfrogné que jamais.
La jeune femme les dévisagea les uns après les autres. Elle sentait qu’elle devait soutenir le jeune Dazen dont le plus cher désir, depuis son enfance, était de devenir l’apprenti du Coruscanti.
- C’est très simple. Comme le faisait très justement remarquer Maître Naimell, vous ne vous êtes jamais préoccupé de lui jusqu’à présent. Hormis Maître Betalan, nul parmi vous ne l’a jamais fait ni n’a jamais cherché à le comprendre non plus. Or, ce garçon a besoin d’un Maître qui l’écoute, prenne son avis en considération et le comprenne. C’est pourquoi je suis pour cette candidature.
- A mon avis, il a plutôt besoin d’être fermement tenu, reprit Liren qui n’avait apprécié ni la répartie de Kross ni le réquisitoire de Mys. Et seul Maître Keldar a la poigne nécessaire pour mater cet esprit rebelle.
La jeune femme soupira.
- Cette remarque démontre encore une fois à quel point vous n’avez pas saisi ce qui importait à son sujet, dit-elle. Plus il sera bridé et plus il sera difficile à éduquer. Ce n’est pas ainsi qu’il faut le prendre.
- Je demande au Conseil la permission de le prendre comme Padawan, dit alors Betalan d’une voix emplie de conviction.
Cette phrase ramena le silence dans la vaste pièce, puis Athoz dit :
- Bien. Votons. Quels sont ceux qui sont pour cette proposition ?
Trois mains se levèrent avec enthousiasme : celles de Geld, Sheld et Mys. Tous trois observèrent intensément leurs confrères qui délibéraient entre eux, puis se regardèrent. Ina et Caliana semblaient les plus à même de faire pencher la balance dans leur camp. Mais le feraient-elles ?
Soudain, après quelques minutes, ce fut le Rodien Dalc Odnik qui prit la parole en le fixant :
- Après concertation, nous sommes tombés d’accord sur le fait que vos missions sont bien trop dangereuses pour que vous preniez un apprenti. Il vaut mieux pour lui un Maître qui soit plus habitué aux missions diplomatiques… Maître Naimell par exemple.
En entendant ces quelques phrases, Kross se sentit dépité. Il lui avait fait la promesse de le prendre comme Padawan et le Conseil s’apprêtait à l’empêcher de la tenir. Le garçon avait passé six ans à travailler dur dans l’espoir de devenir son disciple, mais cela n’arriverait pas. Comment, en conséquence, pourrait-il faire confiance à qui que ce soit dorénavant ? Il le savait, à cette idée, Axyor allait se braquer et il ne pourrait rien y faire. L’attitude de Liren le dégoûtait, quant à Keldar…
A ces mots, tous se tournèrent vers Geld qui secoua la tête.
- Je suis désolé mais j’ai déjà quelqu’un en vue.
- Qui cela ? interrogea Ina.
- Noal Narrow, répondit-il.
La centauresse hocha la tête, puis reprit :
- Alors peut-être que Maître Niyi… Vous l’avez vaillamment défendu tout à l’heure.
- Je suis flattée, mais il vaudrait mieux qu’un homme se charge de son tutorat. Ce serait plus simple pour lui. Je pense qu’il se sentirait mal à l’aise vis-à-vis d’une femme. Même s’il s’agissait de moi.
- Je veux bien le prendre, dit alors Sheld. Mais je ne garantis pas le résultat. Je continue à penser que Maître Betalan serait le plus indiqué.
- Nous en avons déjà débattu, intervint Athoz, impatienté. Nous n’y reviendrons donc plus. Maître Feraz, vous avez l’autorisation du Conseil pour faire votre disciple du jeune Axyor. La séance est levée.
A ces mots, tous se levèrent et Kross jeta à celui qui se disait son ami un regard empli de dégoût et de mépris, que celui-ci fit mine d’ignorer.
En passant à côté de son rival, Parn Keldar jeta à celui-ci un sourire satisfait : il n’avait pas obtenu le garçon, mais Betalan non plus et c’était tant mieux. Car une alliance entre ces deux fortes personnalités se serait révélée dangereuse.
Mys adressa alors à Betalan un sourire triste.
- Je suis désolée, lui dit-elle. Je sais combien cela vous tenait à cœur à tous les deux.
- Il va mal réagir, lui dit-il en la fixant.
- Je le sais bien, mais nous ne pouvons plus rien y faire hélas. C’est injuste.
- Ce n’est pas de gaîté de cœur que j’ai accepté tu sais, déclara alors Sheld. Mais il fallait bien que quelqu’un le fasse.
- Je sais, fit-il simplement avant de quitter la pièce.


Peu après, une dizaine de jeunes gens se retrouvèrent réunis dans une pièce dont l’ameublement se trouvait constitué de quelques tables et chaises. Placés en deux lignes, les adolescents attendaient avec impatience l’arrivée des Maîtres. Le moment tant attendu était enfin venu. La majorité des étudiants bavardaient entre eux avec exaltation, mais Jalna Tyren ne prenait pas part aux discutions. Elle se tenait persuadée que Maître Betalan ne lui avait jamais pardonné le mauvais tour joué à Axyor six ans plus tôt et sentait donc qu’elle n’avait aucune chance d’être sélectionnée.
A cet instant, la porte s’ouvrit, livrant passage aux Maîtres Liren, Naimell et Feraz. Aussitôt tous se turent et les regardèrent en silence tandis que la porte se refermait.
Axyor les fixa tous les trois d’un air interrogateur. Où donc se trouvait Maître Betalan ? Pourquoi n’était-il pas là ? N’estimait-il pas encore que le moment était venu de le choisir ?
Le Dazen fut interrompu dans ses pensées par la voix d’Athoz Liren.
- Vous êtes réunis ici car le Conseil a décidé que vous étiez prêts à devenir Padawans. Ce seront donc Maître Naimell et Maître Feraz qui auront la charge de former deux d’entre vous.
Il se tourna vers Geld et celui-ci s’avança avant de les dévisager tous. Etant donné leur mérite, il était difficile de devoir laisser les autres de côté, mais c’était ainsi.
- Noal… prononça-t-il distinctement.
A la mention de son nom, l’adolescent se retint difficilement de clamer sa joie. Son souhait de toujours venait de se réaliser ! Maître Naimell voulait de lui pour apprenti !
Un grand sourire aux lèvres, il alla se placer a son côté tandis que le Togorien s’avançait à son tour, la mine sombre.
- Axyor… dit-il sans enthousiasme.
Qu’il aurait voulu ne pas avoir à faire cela, à décevoir les espérances du garçon… Mais il n’avait pas le choix.
- Non… Non… murmura alors le Dazen en reculant.
Il les dévisagea, le regard douloureux et ne comprit pas. Pourquoi Maître Betalan n’allait-il pas s’occuper de lui ? Ne s’était-il pas montré assez digne de lui ?
- Avance-toi Axyor ! ordonna Liren.
Mais il ne l’écouta pas. Blessé, il bouscula les autres élèves et sortit de la pièce en trombe.
- Reviens ici immédiatement ! cria Athoz.
Puis se tournant vers Sheld, il marmonna :
- Depuis quand un Padawan se permet-il de vouloir faire sa loi ?
- Je vais le retrouver et parler avec lui, conclut Feraz avant de quitter les lieux sans un mot de plus.
L’adolescent courut dans les couloirs tout en retenant la multitude d’émotions qui se bousculait en lui et emprunta les escaliers au pas de course. Puis, sans se retourner, il gagna la forêt et s’y enfonça.


Un long moment plus tard, il fut rejoint par le Togorien qui avait senti sa présence… en haut d’un arbre. Ce dernier le rejoignit en quelques bonds habiles et, s’asseyant sur une branche à côté de lui, constata que le jeune garçon, les yeux perdus dans le vide, n’avait même pas remarqué sa présence.
Il était certain qu’il réagirait ainsi… se dit-il en s’approchant. A quoi ont donc pensé les membres du Conseil en prenant cette décision inepte ?
Il posa une main réconfortante sur l’épaule du Dazen.
- Axyor, dit-il. Il faut que je t’explique…
- Ce n’est pas contre vous Maître… le coupa-t-il. Mais pourquoi Maître Betalan n’a-t-il pas voulu de moi ? Pourquoi me faire une promesse qu’il ne comptait pas tenir ?
Sheld soupira.
- Ne pense pas cela, lui dit-il. C’est faux. Il s’est battu pour t’avoir, mais les membres du Conseil ont estimé que ses missions étaient trop dangereuses pour qu’il prenne un apprenti. Maître Niyi, Maître Naimell et moi-même avons plaidé ta cause durant près d’une heure, mais en vain.
L’adolescent ne répondit pas.
- Je sais que tu dois être très déçu et que tu dois leur en vouloir, mais les choses se passeront peut-être mieux que tu ne le penses entre nous…
Comme le jeune Dazen demeurait muet, le Togorien comprit qu’il valait mieux le laisser seul.
- Tu sais où me trouver si tu as besoin de moi, lui dit-il avant de redescendre rapidement jusqu’au sol.
Il les détestait. Il les haïssait pour ce qu’ils venaient de faire. Et particulièrement un qui ne cessait de s’en prendre à lui depuis le début… Comment ces gens pouvaient-ils se permettre de briser ses rêves de la sorte ? Il n’avait vécu que pour cela depuis six ans et ses efforts se trouvaient réduits à néant en quelques secondes… Non, il ne changerait pas d’avis et ne se plierait pas à leur décision. Il obtiendrait gain de cause ou…
MAITRE ET PADAWAN
Les heures passant sans que le garçon revienne, Sheld commença à s’inquiéter. Il concevait parfaitement sa tristesse de voir sa plus chère aspiration réduite à néant, mais il commençait à faire nuit et il n’avait pas oublié que le froid nocturne était néfaste aux gens de son peuple. Mais devait-il aller le chercher lui-même ? Serait-il bien reçu par l’adolescent blessé ? Il décida finalement d’aller chercher Kross. A deux, ils avaient bien plus de chances de le retrouver et seul Betalan pourrait lui faire entendre raison, le convaincre de rentrer au Praxéum.
Rapidement, le Jedi traversa les longs corridors et se rendit jusqu’aux quartiers des Maîtres. Puis il alla frapper à la porte de son ami, qui lui ouvrit. Constatant alors son évidente anxiété, l’humain lui demanda se qui se passait. Après lui avoir brièvement exposé la situation, le Togorien conclut :
- Je me suis dit que si nous le retrouvions, il y avait de plus fortes probabilités pour qu’il t’écoute que moi.
- Je n’aurais jamais dû lui faire cette promesse, marmonna le Coruscanti.
- C’est ce qui l’a fait tenir, remarqua alors Feraz. Tous les efforts qu’il a faits, il les a faits pour toi seul. Pour se montrer digne de toi. Tu étais son unique motivation.
- Oui mais j’aurais dû m’attendre à la réaction du Conseil.
- Allons-y à présent, le temps presse.
Hochant la tête l’homme précéda son confrère à l’extérieur et tous deux se rendirent dans les bois. Ils ne tardèrent pas à repérer l’adolescent qui n’avait pas bougé de sa branche.
- Axyor ! l’interpella Kross. Descend s’il te plaît. Il faut que je te parle.
N’obtenant aucune réponse, il insista :
- Il faut vraiment que je te parle. C’est important. Descend.
Au bout d’un instant, le jeune Dazen s’exécuta et resta ensuite debout devant l’humain sans le regarder ni prononcer le moindre mot.
- Je sais que tu es déçu mais j’ai eu beau insister, je n’ai pas réussi à obtenir le droit de te former. Cependant, Maître Feraz fait aussi partie de ceux qui te comprennent le plus. Je suis persuadé qu’avec lui, tu seras entre de bonnes mains.
- Pourquoi Maître Liren s’acharne-t-il ainsi sur moi ? lui demanda-t-il alors sans lever les yeux.
- Maître Liren n’est pas seul en cause, répondit Betalan dans un soupir. Maître Odnik, Maître Iaorana, Maître Numros, sans oublier… Maître Keldar… se sont prononcés contre malgré nous. La majorité l’a emporté.
Le Dazen le fixa alors et déclara :
- Je sais que c’est interdit, mais je les déteste… Je les hais.
A ces mots, le sol se mit à trembler et l’arbre situé juste derrière lui se déracina, s’abattant sur le sol dans un terrible grondement. Les deux Maîtres se regardèrent, soudain extrêmement inquiets : si ce garçon se révélait capable de telles manifestations simplement parce qu’il se trouvait un peu en colère, mieux valait ne pas songer à ce qui pourrait se produire si… Il fallait immédiatement endiguer en lui ces émotions néfastes.
Les sourcils froncés, Kross s’approcha de lui et dit :
- Tu ne dois pas te mettre dans cet état. Ces sentiments ne sont pas dignes d’un Jedi. Ils te rapprochent des ténèbres que tu crains tant.
Entendant cela, Sheld Feraz regarda l’adolescent d’un air anxieux : un futur Jedi n’était pas sensé éprouver de la peur. Cela se révélait anormal. Il faudrait le surveiller étroitement afin d’éviter qu’il ne prenne le chemin du Côté Obscur. Peut-être était-ce la raison pour laquelle son ami avait tant insisté pour que le jeune homme devienne son apprenti. Il était probablement le seul à avoir ressenti cette frayeur en lui. Et dans ce cas, la décision du Conseil était d’autant plus absurde car lui seul se trouvait à même de pouvoir éliminer cette crainte en lui, avant que cela ne prenne des proportions catastrophiques.
Mais le Togorien n’était pas le seul à avoir réagi à cette évocation. Axyor déglutit péniblement avant de regarder ses pieds, sans mot dire. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas cédé à ses sentiments de la sorte et son attitude ne l’aiderait pas à gagner son combat. Sans oser fixer le Coruscanti, il bafouilla :
- Je m’excuse Maître. J’y prendrai garde.
Kross posa sa main sur son épaule et le força à le dévisager. Dans les yeux de l’adolescent, il parvenait toujours à lire une extrême contrariété, mais sa colère semblait être passée. Comment le forcer à admettre cette situation alors que lui-même digérait mal cette décision ? Décidément, Athoz était aveugle. Sans chercher à faire de grands discours, inutiles il le savait, le Maître le poussa vers le sentier et dit :
- Rentrons maintenant, il est tard et je ne voudrais pas te retrouver dans le même état que la fois où je t’ai repêché dans le lac.
Le jeune Dazen acquiesça bien malgré lui et se renfrogna. Il faisait nuit noire lorsque le trio prit le chemin du retour. Etant donné l’heure tardive, les deux Maîtres reconduisirent directement leur protégé jusqu’à sa chambre et, pour la deuxième fois de sa vie, celui-ci s’y faufila sans faire de bruit. Il jeta un bref coup d’œil à Noal qui dormait comme un bienheureux, satisfait d’avoir vu son rêve se réaliser et se glissa rapidement dans son lit, mais ne pu trouver le sommeil avant de longues heures tant il se posait de questions.


Pendant les deux jours qui suivirent, l’adolescent se montra plus taciturne encore que d’ordinaire. Aux questions et sollicitations de Noal, il ne répondit pas, le laissant dans l’expectative. Refusant de se nourrir, il n’accompagnait même pas son ami au réfectoire et cette attitude finit par inquiéter Sheld. Il ne voyait qu’un unique moyen de remédier à la situation et cela n’enchantait guère le Togorien. Sortant son comlink en soupirant, le Maître convoqua ses pairs pour un nouveau Conseil.
Mois d’une heure plus tard, tous se trouvaient une fois encore rassemblés dans la grande salle. Devinant par avance le sujet de la réunion, Athoz Liren se sentait déjà impatienté. N’auraient-ils donc jamais fini de débattre à propos de ce Dazen ?
Lorsque chacun eut pris place, Feraz décida d’expliquer sans préambule la situation, puis conclut :
- Nous ne pouvons laisser dépérir ainsi sans rien faire le meilleur élément que nous ayons jamais eu. Je ne suis pas le mentor qui lui convient. Il faut revenir sur votre décision et le confier sans attendre à Maître Betalan.
Ce dernier qui, depuis l’épisode de la forêt, n’était guère de meilleure humeur et d’approche plus aisée que son protégé, releva soudain la tête.
Le regard courroucé de Liren se posa tour à tour sur les deux amis et il lâcha :
- J’avais bien dis qu’il fallait Maître Keldar pour le mater (à ces mots, Parn se rengorgea) Depuis quand un apprenti se permet-il de dicter sa loi à des Maîtres ?
- Et depuis quand fais-tu passer tes stupides préjugés avant le bien-être d’un étudiant ? contre-attaqua Kross en abandonnant sciemment le vouvoiement de rigueur en séance plénière.
Piqué, Athoz le dévisagea sans aménité. Il n’appréciait guère de se trouver ainsi pris à partie devant leurs pairs.
- Ce n’est pas le propos, fit-il sèchement pour clore le débat.
Mais Betalan ne l’entendait pas ainsi et répliqua :
- Au contraire. Puisqu’il s’agit là d’un adolescent qui se laisse mourir à cause d’une décision inique prise par ce Conseil, c’est tout à fait le sujet.
- Vous savez parfaitement que les raisons invoquées précédemment ne sont pas les bonnes, appuya Geld Naimell.
- Les idées d’un seul ne doivent pas nécessairement être adoptées par tous, ajouta Mys Niyi.
- Vous avez vos propres opinions. Exprimez-les, renchérit Sheld.
Extérieurement, Athoz tentait de rester impassible, mais, intérieurement, il bouillait de voir son autorité battue en brèche par ces quatre Jedi qui faisaient front contre lui en incitant les autres à le défier.
- Je n’ai obligé quiconque à se ranger à mon avis. Ils ont voté en leur âme et conscience, objecta-t-il d’un air renfrogné.
- Je ne le crois pas, dit alors Geld. Ils vous ont suivis car ils l’ont toujours fait, mais n’ont pas dû réellement se rendre compte de la portée de leur vote. Or, à présent, il est encore plus important. Ce n’est pas encore une question de vie ou de mort, mais cela pourrait le devenir si quelque chose n’est pas fait immédiatement.
- Mais ne vous rendez-vous pas compte qu’il vous manipule ? fit Liren. Il essaye de vous prendre par les sentiments pour parvenir à ses fins et vous, vous vous laissez prendre comme des enfants !
- Erreur, fit Mys d’une voix calme. Erreur encore et toujours. Vous n’ouvrirez donc jamais les yeux à propos de ce garçon ? Visiblement pas. Maître Betalan a raison. Vos préjugés sont ridicules et infantiles. (puis aux autres Maîtres) Cette fois, votez selon vos propres convictions… pour le bien d’Axyor.
- Avez-vous essayé de lui parler ? De le raisonner ? interrogea alors la centauresse Ina Iaorana.
- Oui, mais en vain. Il s’est muré dans le silence, répondit Sheld en baissant la tête de dépit.
- Cet attachement irraisonné pour vous est plus qu'étrange Maître Betalan, remarqua alors Dalc Odnik. Avez-vous la moindre idée de sa cause ?
- C’est indéfinissable, mais réciproque, je dois bien l’avouer, expliqua le Coruscanti avec le plus grand sérieux. Vous le savez, je ne me suis jamais intéressé à un élève avant lui, surtout pas une forte tête, car il faut bien l’admettre, il en est une. Mais je me souviens, le jour où je l’ai vu la première fois, dans la forêt, pendant le cours d’Athoz… ce jour-là, j’ai compris en lisant le rapport effectué sur lui, que nous étions liés.
Tous le regardèrent, plus qu’étonnés, car Kross n’avait pas pour habitude de prononcer de grands discours. Pourtant, aujourd’hui, il n’avait pas le choix. La diplomatie lui serait plus utile que la Force en ces quelques instants.
- Pourtant, fit à son tour Caliana Numros, l'attachement est prohibé par le Code.
- Quel Maître ne s’est pas attaché à son Padawan… rétorqua Naimell, du même ton.
- Certes, poursuivit-elle... Je le conçois. Mais à ce point... Enfin regardez-vous Kross. Voyez dans quel état vous êtes depuis que ce garçon... Et constatez dans quel état il se trouve lui-même. Que se passerait-il si, pour une raison ou pour une autre vous veniez à disparaître ? Qu'adviendrait-il de lui alors ?
Ce raisonnement fut approuvé par les autres Maîtres.
- Il sera fort et deviendra un grand Jedi. Je le préparerai à cette éventualité. J’y ai pensé depuis longtemps… depuis six ans à vrai dire…depuis le soir où je lui ai promis d’assurer sa formation le moment venu, lança alors Kross d’un ton solennel.
Ces quelques mots déclenchèrent une vague de discussions chez les membres du Conseil, puis Alth’eraxan questionna :
- Vous lui aviez donc promis il y a six ans une chose que vous n'étiez pas certain d'obtenir ? Voilà que ne me parait pas très sage.
- Je le sais bien… et j’assume ce tort… qui l’a forcé à travailler dur pendant ces six années, à se surpasser…
- Et à s’auto-discipliner, à s’ouvrir aux autres ! ajouta Mys pour le soutenir. Les conséquences de cet acte sont majoritairement positives ! C’est pourquoi nous devons continuer dans ce sens !
- Nul autre que lui n’est assez qualifié pour assumer ce garçon, continua Feraz. Pas même moi, car je dois bien l’avouer, si je n’avais pas interrompu le duel, l’autre jour, il l’aurait certainement emporté. Un adolescent de 14 ans aurait battu son professeur…
- Un duel ? releva Ina Iaorana. Quel duel ? De quoi parlez-vous Maître Feraz ?
- Constatant qu’il surpassait de loin les autres, je l’ai affronté moi-même pour le tester durant un exercice. Demandez donc à Geld ou à Kross le résultat… fit le Togorien en secouant la tête.
- S'il se révèle capable de vous dépasser... n'est-il pas dangereux de la garder ici et à plus forte raison de le prendre comme apprenti ? demanda Caliana, l'air préoccupée.
- Au contraire, il suffit de le guider sur la bonne voie pour qu’il devienne l’un des meilleurs Jedi de l’Ordre, rétorqua Maître Naimell. Seul Kross peut accomplir cette tâche.
- Certains ici ne doutent vraiment de rien... lança alors fielleusement Parn Keldar qui, adossé au mur, écoutait la conversation d'un air faussement navré.
Ayant lancé cette perfidie, il s'approcha de la table puis, posant les mains à plat devant Betalan, se pencha vers lui et poursuivit :
- Vous n'êtes pas de taille. Abandonnez et laissez-le moi.
Le Maître se leva et le toisa de toute sa taille. Comment osait-il s’adresser à lui de la sorte ?
- Et vous reviendriez en pleurant au bout d’une journée ! lança-t-il cyniquement. A moins qu’il ne parvienne à vous faire perdre l’esprit bien avant cela !
- Pour qui me prenez-vous ? lâcha alors l'homme en le foudroyant du regard. Je ne suis pas le premier venu !
- Et moi non plus ! répliqua dans la foulée Betalan.
- Et pourquoi ne procéderions-nous pas à un essai tout simplement… conseilla alors Mys, en voyant la situation s’envenimer.
- Un essai ? fit Keldar en lui jetant un regard suspicieux. Quel genre d'essai ?
- Laissons Maître Betalan s’occuper de lui quelques temps et voyons le résultat. Si celui-ci s’avère positif… le Conseil se tiendra alors en mesure de voter pour lui octroyer le droit de continuer à le former. Les mots ne nous aiderons pas ce soir, jugeons plutôt sur des actes.
- Maître Niyi à raison, approuva alors Caliana Numros. Ecoutons-la. Nous verrons bien le résultat alors. Maître Betalan, vous avez trois semaines pour faire vos preuves, ajouta-t-elle après avoir consulté les autres Maîtres du regard.
- Si cela s'avère infructueux, la tutelle du jeune Axyor sera donnée à Maître Keldar, appuya Dalc Odnik.
- Cela n’arrivera pas, conclut le Coruscanti avant de se lever et de quitter la pièce après les avoir salué.
Après son départ, Athoz Liren, contrarié, quitta la salle en claquant la porte de dépit. Malgré lui, le Dazen serait confié à Kross Betalan. Même si cela s’avérait temporaire dans un premier temps, il ne faisait aucun doute que le jeune garçon allait faire ce qu’il fallait pour demeurer son apprenti. Et il ne pouvait s’empêcher de craindre le résultat que donnerait la combinaison de ces deux forts caractères. Peut-être le Conseil regretterait-il bientôt d’avoir ignoré ses avis… et cette idée lui fit plaisir.


Assis sous un arbre, au bord du lac, Axyor restait immobile, les yeux perdus dans le vide. Depuis plusieurs jours, il bataillait contre lui-même afin de contenir les violentes émotions qu’il ne cessait d’éprouver envers le Conseil. Il les haïssait pour ce refus injustifié, mais devait s’efforcer de le cacher pour ne pas décevoir Maître Betalan. Celui-ci paraissait inquiet dans la forêt, à propos de la Force qu’il avait manifestée sous la colère. Etaient-ce ces sentiments qui risquaient de le mener au Côté Obscur ? Si tel était le cas, devait-il y prendre garde ou explorer un peu plus cette voie ? Il s’en était rendu compte, ces émotions avaient fortement amplifié ses pouvoirs, jusqu’à effrayer ses Maîtres. Elles lui permettaient d’être plus fort, alors pourquoi les renier ? Avaient-ils tous peur qu’il devienne meilleur qu’eux ? Finalement, devait-il réellement craindre les ténèbres et l’Obscurité ? Il se le demandait. Le Vaapad lui-même utilisait leur puissance pour surpasser les adversaires contre lesquels il était employé.
Le jeune homme inspira profondément. Il allait étudier ces techniques et cette voie avec attention. Il n’y a pas d’ignorance mais la connaissance, disait le Code. Autant l’appliquer à la lettre, même s’il fallait transgresser les autres règles.
- Axyor ? dit alors une voix qui le tira de ses réflexions.
Il releva la tête et vit Kross qui lui souriait.
- Oui Maître ?
- J’ai une bonne nouvelle à t’apprendre… commença le Coruscanti.
- Ils ont changé d’avis ! s’exclama alors l’adolescent en se redressant.
- Heu… oui mais attends.
Le Dazen lui lança un regard inquiet et interrogateur.
- J’ai obtenu le droit de te former, mais il y a une période d’essai, expliqua le Jedi très sérieusement.
- C'est-à-dire ? fit Axyor.
- Que si tout se passe bien, que tu te montres discipliné, cette mesure deviendra définitive. Cependant si nous échouons, ce sera Maître Keldar qui…
- Cela n’arrivera pas Maître ! Je ferais ce qu’il faut, répliqua le garçon avec enthousiasme.
- Je n’en doute pas. Maintenant tu vas me faire le plaisir d’aller manger quelque chose avant que je n’obtienne des remarques de Maître Niyi à ce sujet.
- Mais… je n’ai pas faim Maître.
- Axyor… fit Kross en fronçant les sourcils.
- Bien Maître, répondit celui-ci avant de le suivre en traînant les pieds.
Manger quand on n’a pas faim, c’est idiot, pensa-t-il.
Mais il n’avait pas le choix et décida d’obéir sans protester. Ce qu’il voulait en dépendait.
CHANGEMENTS
Le lendemain matin, très tôt, Kross traversa les couloirs pour se rendre aux quartiers des apprentis. Il frappa à la porte d’Axyor alors que celui-ci finissait de s’habiller. L’adolescent lui ouvrit et le pria d’entrer le temps qu’il termine. Le Coruscanti pénétra dans la pièce et prit place sur un siège tout en regardant autour de lui. Tout était d’une propreté immaculée et rien ne troublait l’ordonnance de la chambre. Un dessin représentant une planète qui lui était inconnue se trouvait accrochée au mur et le Maître remarqua soudain un grand nombre d’ouvrages parfaitement empilés sur son bureau.
- Tu as pris beaucoup de livres, dit-il soudain. Les as-tu déjà tous lu ?
- Oui Maître. Je m’apprêtais à les rapporter, répondit l’adolescent.
Betalan hocha la tête et se leva pour s’approcher de la table. Soulevant chaque volume, il en déchiffra les titres, puis interrogea à nouveau :
- Je vois que tu t’intéresses de près à la fabrication des sabres. Aurais-tu l’intention de commencer le tien ?
- J’aimerais beaucoup Maître.
- C’est un procédé long et délicat, qui nécessite une patience et une minutie extrêmes. T’en sens-tu réellement capable ?
- Je ferais ce qu’il faut Maître.
- As-tu déjà pensé à son aspect extérieur ?
- Oui, un peu, répartit le Dazen en sortant d’un tiroir un dessin qu’il lui tendit.
L’humain s’en saisit avec curiosité et l’observa un instant en silence.
- Le cristal que tu as choisi pour servir de catalyseur n’est pas aisé à trouver et la couleur de lame qu’il donnera sera plutôt… inhabituelle, fit-il remarquer d’un air songeur.
- Je sais bien Maître, mais vous savez que je n’aime pas faire comme les autres, dit Axyor, un sourire aux lèvres.
- Comment pourrais-je l’oublier… dit alors Kross à mi voix.
- De plus, poursuivit le jeune garçon, la tâche est beaucoup plus intéressante si elle est difficile.
- Certes, fit encore Betalan avant de le fixer avec insistance.
Surprenant ce regard appuyé, le Dazen l’observa d’un air interrogateur et demanda :
- Que se passe-t-il Maître ? Pourquoi êtes-vous venu me trouver de si bonne heure ?
- Je voulais t’informer que, pour se démarquer des autres étudiants, les Padawan peuvent s’habiller selon leurs goûts –dans des limites raisonnables bien sûr. Et puisque tu as, à présent, acquis ce titre, ton tour est donc venu. Tu n’es plus forcé de porter la tenue traditionnelle.
Surpris, le garçon le considéra un instant, puis parut content.
- Je me doutais que cette nouvelle te ferait plaisir, déclara alors Kross. J’ai remarqué que tu ne sembles pas particulièrement l’apprécier.
- J’ai horreur du beige.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas. Je n’aime pas cette couleur c’est tout.
- Que préfères-tu alors ?
L’adolescent fixa alors longuement son Maître.
- Quelque chose de plus… foncé, bafouilla-t-il. Et de moins salissant.
- De plus foncé ? releva l’humain. Foncé… comment ?
- Je verrai bien le moment venu, répondit vaguement le Dazen.
Le Coruscanti hocha la tête, puis dit :
- Dans ce cas, suis-moi. Autant s’en occuper dès à présent.
Il se dirigea vers la porte, Axyor le suivit à travers un dédale de couloirs, jusqu’à la lingerie et Kross en poussa la porte. A leur entrée, Elweni Talos se retourna et dit :
- Bonjour Maître Betalan. Que puis-je pour vous ?
- Mon Padawan ici présent, a besoin de vêtements qui correspondent plus à son nouveau statut.
- Hum, je vois, fit la vieille dame, avant de se prendre le menton dans la main et de tourner autour du Dazen en le scrutant d’un air songeur.
- Je peux savoir pourquoi vous me regardez comme ça ? interrogea ce dernier d’une voix où perçait l’agacement.
- Taisez-vous et laissez-moi réfléchir, ordonna-t-elle.
- Réfléchir à quoi ? demanda-t-il en la regardant.
Le Maître soupira et demanda :
- Ne vous a-t-on pas appris à vous taire lorsqu’on vous en donne l’ordre ?
Il lui lança un regard noir et dit :
- Je ne comprends pas… Ne suis-je pas sensé choisir seul ?
- Non, rétorqua-t-elle en le scrutant d’un air peu amène.
A cet instant, il regarda Kross d’un air franchement contrarié, ne saisissant pas la raison de ce refus alors que ce dernier venait de lui promettre l’inverse.
Réalisant que la situation risquait de s’envenimer, Betalan prit Elweni par le bras et l’entraîna quelques pas plus loin.
- Ecoutez, je pense qu’il vaut mieux pour tout le monde le laisser choisir lui-même, lui dit-il à mi voix.
- Mais… commença-t-elle à protester.
- Je sais que d’habitude, les Padawan s’en remettent à votre bon goût et vous laissent le soin de choisir… mais son cas est particulier.
- Qu’il fasse ce qu’il veut, soupira alors la Jedi, mais surtout, qu’il ne dérange rien.
- Ne vous inquiétez pas pour cela, répondit le Coruscanti avant de faire signe à son disciple.
Avec un sourire, celui-ci se mit à explorer très soigneusement toutes les piles de vêtements, sous l’œil anxieux de Maître Talos. Durant plusieurs minutes, il se déplaça d’une étagère à l’autre, soulevant délicatement chaque vêtement afin de l’examiner. Finalement, il sortit précautionneusement une tenue marron très foncé et, la montrant à l’humaine, demanda :
- Il n’y a rien de plus foncé ?
- Que voulez-vous dire ? demanda Elweni. Ces vêtements sont déjà bien sombres.
- Et bien… n’avez-vous rien de noir par exemple ?
A ces mots, la Jedi se tourna vers son condisciple d’un air épouvanté et, soudain soucieux, Kross s’empressa de rejoindre son apprenti. En constatant son air sérieux et grave, ce dernier le considéra d’un air interrogateur.
- Axyor, lui dit son mentor, tu ne trouveras pas cette couleur ici, car le noir est l’apanage des Sith. Nul Jedi n’en porte.
- C’est pour ça que vous avez l’air si inquiets tous les deux ? Mais je l’ignorais Maître. J’aime bien les couleurs très foncées, voilà tout.
Saisi d’une appréhension, Betalan se contenta de répondre :
- Dans ce cas, tu devras te contenter de ce qui tu as trouvé.
- Oui Maître, je comprends, conclut le Dazen. (puis à l’humaine) Il faudrait aussi que je change de bottes.
La Jedi l’observa, ébahie.
- Encore ? s’exclama-t-elle. Mais c’est la troisième paire en deux mois ! Comment faites-vous donc pour les user à cette vitesse ? Vous êtes le seul dans ce cas ! Croyez-vous que j’en ai un stock illimité qui vous soit spécifiquement réservé ?
Le jeune garçon haussa les épaules.
- Je ne sais pas Maître. Mais en tout cas, je me sens très à l’étroit dans celles-ci.
La vieille dame leva les yeux au ciel, puis lâcha :
- Bon, très bien. Prenez-en d’autres. Mais tâchez de les faire durer cette fois !
- Et profites-en pour changer de ceinture également, ajouta Kross.
- Oui Maître, fit-il en se dirigeant vers un tiroir.
Le scrutant du coin de l’œil, Elweni, mécontente, se mit à marmonner :
- Je ne comprends pas. C’est incroyable. Depuis son arrivée ici, ce garçon a usé à lui seul plus de bottes que tous les autres apprentis réunis. Je n’ai jamais vu cela de ma vie.
- Comme je vous le disais, il est… particulier, rappela Betalan.
- Cela, je le vois bien, mais tout de même. Je vais finir par ne plus pouvoir approvisionner les autres s’il continue à ce rythme, maugréa-t-elle encore en s’éloignant.
Quelques minutes plus tard, le jeune Dazen rejoignit son mentor, portant comme un trophée une ceinture et des bottes d’un brun si sombre que…
- Axyor, ce que tu as choisi est presque noir… reprocha Kross.
L’adolescent sourit et rétorqua :
- Oui Maître, je sais. Mais ce n’est pas noir puisqu’il n’y en a pas ici. Je me suis contenté de prendre ce qui s’en rapprochait le plus.
- Tu es désespérant…
- Je sais Maître, répéta-t-il sans perdre son sourire.
- Va te changer et rejoins-moi aux archives, conclut alors le Jedi.
L’élève acquiesça, salua Maître Talos et s’empressa de regagner ses quartiers.
Restée seule avec son confrère, Elweni se tourna vers lui et, d’un air anxieux, lui dit :
- Je n’ai jamais vu un apprenti apprécier autant les couleurs foncées et avoir cette espèce de fascination pour le noir. C’est à la fois anormal et malsain. Il va falloir le surveiller, Maître Betalan. Ce garçon est une proie idéale pour le Côté Obscur.
Et encore, vous ne connaissez pas à son sujet la moitié de ce que je sais… pensa le Coruscanti. Si vous aviez appris qu’il peut utiliser deux sabres, qu’il a manqué battre Sheld Feraz, qu’il connaît le Jar’kai, s’est documenté sur le Vaapad et qu’il a prévu un cristal violet pour son sabre… Vous inquiéteriez davantage.
- Je vais à la bibliothèque à présent. Merci, dit-il à sa consœur avant de prendre congé.
- Je vous en prie.
En sortant de la lingerie, le Jedi, songeur, se rendit aux archives. Durant les quelques minutes que dura son parcours, il réfléchit à son Padawan et à ce que venait de lui dire Talos. Il avait en effet tout intérêt à être vigilant quant à l’attitude de son disciple. Rapidement, il pénétra dans la salle et se dirigea vers une console. Il saisit le nom "Hurikane" et attendit quelques instants que les données s’affichent sur l’écran. Le Maître passa quelques minutes à lire le fichier, confirmant ce qu’il avait annoncé à Axyor le matin même : l’obtention du cristal que souhaitait ce dernier, serait loin d’être simple et il lui faudrait affronter seul les épreuves qui lui permettraient de l’acquérir. Il ne pourrait lui venir en aide car il s’agissait d’une quête personnelle que son apprenti devrait effectuer sans assistance. Il passa ensuite un moment à observer la carte galactique afin d’établir leur itinéraire et venait de zoomer sur le secteur des régions sauvages où se situait la planète, lorsque le Dazen se dirigea vers lui. L’humain l’observa quelques instants, les sourcils froncés et Axyor demanda :
- Que se passe-t-il Maître ?
- Il faut que je m’accoutume à te voir habillé de manière aussi… sombre. C’est très inhabituel pour un apprenti.
- Oh… Désolé Maître.
- Ce n’est rien, fit Kross avant de se tourner à nouveau vers l’écran. Regarde cela.
Il désigna sur le moniteur une minuscule portion de l’espace.
- C’est… Hurikane ? demanda l’apprenti.
- En effet. Et d’après ce que j’ai appris, il va t’être encore bien moins simple que je ne le pensais de te procurer ce cristal.
Le jeune garçon observa son mentor d’un air interrogateur et attendit qu’il poursuive. Betalan appuya alors sur quelques boutons et le fichier descriptif réapparut sur le terminal.
- Lis plutôt, conseilla-t-il.
Le Dazen se pencha et parcourut rapidement les informations.
- En effet. Mais cela ne m’arrêtera pas Maître, dit-il au bout de quelques minutes.
- Je savais que tu dirais ça…
- Quand partons-nous ?
- Demain matin à l’aube, je passerais te chercher. Mieux vaut ne pas perdre de temps. Le voyage est long jusqu’à l’espace sauvage.
- Bien Maître, je serais prêt.
Ayant dit cela, il sortit de la bibliothèque et croisa Noal, qui, lui aussi, avait changé de tenue tout en gardant le couleur beige qui lui était si chère.
Ce dernier détailla son ami de la tête aux pieds, l’air abasourdi.
- Axyor, tu… C’est… Heu… bafouilla-t-il.
- Je sais, soupira le Dazen. Maître Betalan n’approuve pas non plus.
- Maître Betalan ? releva alors sans comprendre l’apprenti de Geld Naimell. Mais… n’avais-tu pas été choisi par Maître Feraz ?
- Non, c’est le Conseil qui lui avait demandé de le faire pour remplacer Maître Betalan qu’ils avaient évincé. Mais ils ont changé d’avis.
A ces mots, l’humain écarquilla les yeux. Apprendre que les Maîtres pouvaient changer d’avis, se révélait plus qu’étonnant.
- Ah… Et bien je suis content pour toi. C’est… C’est ce que tu voulais…
En disant cela, l’adolescent regardait son ami alien. Ces vêtements foncés lui donnaient un air… qu’il n’arrivait pas à déterminer, mais qui n’avait rien de rassurant malgré le sourire qu’il arborait. Pourquoi, en le voyant ainsi, Noal se sentait-il soudain mal à l’aise, saisi d’un mauvais pressentiment ? Il ne comprenait pas mais il émanait de lui quelque chose d’étrange. Quelque chose qui ne l’avait jamais frappé depuis qu’il le connaissait. L’adolescent se demandait soudain s’ils parviendraient encore à communiquer à présent que… qu’ils se trouvaient séparés et chacun pourvu d’un Maître.
- Quelque chose ne va pas ? lui demanda Axyor en constatant sa mine déconfite.
- Heu... Non rien d'important. Laisse, bafouilla l'humain.
- Je sens bien que tu es perturbé. Depuis quand ne te confies-tu plus à moi ? insista son ami.
L'adolescent sembla encore plus embarrassé. Il ne pouvait pas lui dire ce qu'il venait de penser et de ressentir à son sujet. C'était impossible.
- Non, ne crois pas ça, mais je...
- C’est toujours ma tenue qui te fait cet effet, c’est ça ?
Noal soupira. Le Dazen était beaucoup trop perspicace.
- Oui. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai un mauvais pressentiment, voilà, lâcha-t-il.
Axyor considéra son compagnon un court instant avant de poursuivre son interrogation :
- De quel ordre ?
Une fois encore, le Corellien hésita. Devait-il tout lui dire ? Ne risquait-il pas de se vexer ou pire, de se mettre en colère ? Ce genre de choses ne devait pas faire spécialement plaisir à entendre et son ami n'avait pas un caractère facile, alors que devait-il faire ?
- Ecoutes... commença-t-il avant de s'interrompre brutalement.
Mais le Padawan de Betalan venait, malgré lui, de capter les pensées trop expressives de son condisciple. Il le fixa d’un air triste et lui demanda :
- Pourquoi pensez-vous donc tous la même chose ?
- Parce que... tu avoueras que c'est étrange. Je ne sais pas, mais je ne le sens pas bien.
- Je vais finir par croire que personne ne veut me faire confiance dans ce Temple ! rétorqua-t-il, blessé, avant de tourner les talons.
Conscient qu'il était meurtri, Noal courut pour le rattraper et l'arrêta. Il le regarda bien en face et dit :
- Cela n'a rien à voir. Nous sommes plusieurs à te faire confiance et tu le sais. Mais si nous sommes également plusieurs à ressentir cela... peut-être devrais-tu y prendre garde, te méfier. Pour ta propre sauvegarde. Je ne voulais pas te blesser mais... nous avions décidé de toujours être francs l'un envers l'autre…
- C’est vrai… murmura celui-ci. Alors j’ai… des choses à te dire. Viens.
Il entraîna le jeune humain vers ses quartiers, puis l’invita à entrer.
Narrow posa sur lui un regard interrogateur et attendit que le Dazen parle.
- Il y a un rêve qui me hante. Je vois une grande main noire… qui m’emmène vers les ténèbres. Seul Maître Betalan le sait. Mais je n’ai pas l’intention de les laisser faire Noal !
L'humain fronça les sourcils et demanda :
- Ca fait longtemps que tu fais ce rêve ?
- Depuis… aussi longtemps que je m’en souvienne, répondit Axyor en se laissant retomber sur son lit.
A son tour, Noal parut blessé et il questionna à mi voix :
- Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ?
- Par... Parce que j'ai peur... avoua le jeune homme en se redressant.
Cette fois, son ami l'observa, l'air franchement ébahi.
- Toi ? Toi que jamais rien n'effraye, tu as peur ? Mais pourquoi ?
Il bafouilla un instant dans sa langue natale et expliqua d’un air anxieux :
- Parce que je ne veux pas aller vers les ténèbres. Parce que je… en vrai je ne sais pas vraiment…
- Quoi donc ? questionna Noal en s'approchant de lui. Dis-moi.
- Comment te dire quelque chose que j’ignore moi-même ? Mais… je deviendrai un Jedi, Maître Betalan me l’a promis, reprit Axyor avec un sourire forcé pour tenter de dissimuler son malaise.
- J'en suis certain moi aussi. Et un grand Jedi qui plus est. C'est pour ça que tu ne dois pas laisser cette crainte te dominer. Tu dois absolument la vaincre.
- Tu as raison. Allons manger. Je dois dormir tôt. Demain, nous partons sur la planète Hurikane, pour tenter d’en rapporter un cristal violet.
A ces mots, Narrow manqua s'étouffer avec sa salive.
- Tu... Tu es sérieux ? Tu vas vraiment mettre un cristal violet dans ton sabre ? demanda-t-il, incrédule.
Son ami secoua la tête et se contenta de lui faire un clin d’œil avant de le traîner vers l’extérieur.
Un peu plus tard, le Dazen revint et s’empressa de préparer ses affaires pour ne pas perdre de temps. Puis, il se coucha et éteignit la lumière. Tandis qu’il tentait de trouver le sommeil, une myriade de questions envahit son esprit. Pourquoi se trouvaient-ils tous aussi inquiets au sujet de ses goûts vestimentaires ? Pourquoi toujours craindre pour lui que sa voie devienne celle de l’obscurité ?
Mais quelque part au fond de lui, il sentait quelque chose d’étrange, d’indéfinissable qui ne cessait de grandir avec les années. Quelque chose qui l’appelait et qu’il désirait explorer. Pourquoi ? Comment ? Il n’en savait rien. Mais ce sentiment étrange l’éloignait de la voie qui lui semblait toute tracée par les autres. Et curieusement, ses craintes s’estompaient petit à petit, au fur et à mesure qu’il s’en approchait. Devait-il continuer ou renier cette chose qui sommeillait aux tréfonds de son être ? Il ne le désirait pas… L’interdit semblait le tenter sans cesse. Pourtant, il admirait véritablement le Maître Coruscanti… Il cherchait à ne pas le décevoir… mais tôt ou tard, ces deux éléments s’entrechoqueraient… et il se retrouverait certainement dans l’incapacité de choisir…
Le jeune homme chercha pendant de longues minutes une position adéquate pour dormir et se tourna sur le côté droit. Ayant enfouit son nez dans son oreiller, il finit par laisser le sommeil l’envelopper et passa une nuit noire… sans rêve.
SOMBRES RÊVES
Lorsque, le lendemain matin, peu avant l’aube, Betalan vint chercher son apprenti, il n’eût même pas le temps de frapper à ses appartements, que la porte s’ouvrit sur le jeune Dazen. Celui-ci, debout depuis des heures, était déjà prêt et revêtu de sa bure. Silencieusement, le Coruscanti lui signifia son approbation, avant de lui faire signe de le suivre. Sans bruit, ils longèrent les corridors et se dirigèrent vers la plateforme sur laquelle se trouvaient les vaisseaux du Temple. Ils grimpèrent rapidement à bord de l’un d’eux et Kross s’installa dans le siège du pilote tandis que l’adolescent prenait place dans celui du copilote. Tout en commençant à préparer le décollage, l’humain lui dit :
- Observe bien le moindre de mes gestes, Axyor, car il te faudra être capable de les reproduire plus tard.
- Bien Maître, répondit-il.
Alors, Betalan s’absorba dans sa tâche et ne lui adressa plus un mot. Le Jedi bascula quelques commutateurs situés au dessus de lui et manipula quelques leviers, puis appuya sur un bouton du tableau de bord. Avec le ronflement sonore caractéristique sur ce type d’astronefs, les moteurs se mirent en marche et, tout en tenant fermement les commandes, il abaissa progressivement une manette située à sa droite. Le bâtiment s’éleva de quelques mètres, avant de prendre rapidement de l’altitude et de filer, quittant l’atmosphère de Sew. Songeant au voyage qui les attendait, l’homme décida de faire davantage connaissance avec son apprenti.
- Qui est venu te chercher pour te ramener au Temple il y a six ans ? interrogea-t-il soudain en gardant les yeux rivés sur l’espace.
Surpris, il répondit :
- Maître Arha Ning. Pourquoi ?
- Et qu’as-tu pensé à son arrivée ? demanda encore l’humain en éludant sa question.
Le Dazen l’observa et questionna :
- Franchement ?
Le regard du Maître croisa celui de l’apprenti et il déclara :
- Evidemment. Il ne doit y avoir aucune dissimulation entre nous. Nous devons toujours être parfaitement francs l’un envers l’autre. C’est la base de la confiance et d’une saine relation de Maître à disciple.
- Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi antipathique… sauf peut-être Maître Liren.
A ces mots, Betalan eût un sourire amusé. Lui non plus ne trouvait pas Athoz Liren des plus agréables ces derniers temps, loin s’en fallait. Reprenant son sérieux, il poursuivit :
- Pourquoi penses-tu cela à son propos ? Elle est peut-être un peu sèche, mais de là à la trouver antipathique…
- Juste une impression.
Le Coruscanti hocha la tête mais rétorqua d’un ton bienveillant :
- Il ne faut pas toujours se fier à ses impressions Axyor, car elles peuvent conduire à des erreurs de jugement. Tu peux bien sûr les écouter, mais il est dangereux de n’agir qu’en fonction d’elles.
- Alors pourquoi ne m’a-t-elle pas adressé la parole de tout le voyage ? questionna l’adolescent en le fixant.
- Maître Ning n’est… pas d’un abord très facile, répartit l’humain. Elle est plutôt… froide de caractère et n’est pas quelqu’un qui éprouve le besoin de parler beaucoup. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle a quelque chose contre toi.
- Donc elle est antipathique, conclut Axyor.
- Je vois qu’il n’est pas facile de te faire changer d’idée lorsque tu décides quelque chose, remarqua Kross en fronçant les sourcils. Pourtant, il te faudra apprendre à écouter les avis des autres et à en tenir compte, surtout lorsque ce sont des aînés qui parlent. Il te faudra rapidement réaliser que ton avis n’a pas force de loi, sinon, il pourrait t’arriver des ennuis.
- Je ne dis pas le contraire Maître, mais vous ne me ferez pas changer d’opinion cette fois-ci. Je pense que Maître Ning n’est pas la personne idéale pour aller chercher des apprentis.
- Pourquoi cela ?
- Parce qu’un enfant de cet âge, qui doit quitter ses parents sans savoir pourquoi, a besoin d’être rassuré, ce qu’elle n’a pas fait. Je présume donc qu’elle doit en faire autant avec les autres.
- Ce en quoi tu te trompes, car tu es le seul que Maître Ning soit jamais allée chercher.
- Donc c’est bien qu’elle était incompétente, fit le jeune Dazen en riant à moitié.
- Ne sois pas insolent, fit alors Kross de même.
- Pourquoi n’en a-t-elle jamais ramené d’autres ?
- C’est elle qui a demandé au Conseil de ne plus être envoyée.
- Pourquoi ?
- Parce que, justement, après toi, elle a estimé ne pas être qualifiée pour ce type de missions, rétorqua Betalan en étudiant attentivement le visage de son apprenti. Elle sait parfaitement qu’il n’est pas dans son caractère de rassurer les autres et ne voulait pas effrayer les futurs étudiants.
- Donc, parfois, l’instinct a du bon, dit alors Axyor d’un ton sérieux.
- Je n’ai jamais prétendu le contraire. Mais si tu m’avais écouté attentivement, tu aurais retenu que j’ai utilisé l’expression « pas toujours ».
- Et moi j’ai utilisé le mot « parfois », rétorqua le jeune homme.
- Axyor… fit alors l’humain.
- Je vous démontre juste que j’ai retenu la leçon Maître et que je sais écouter.
Kross soupira et reporta son attention sur l’espace visible par la grande baie vitrée.
Ce garçon va me donner du fil à retordre, songea-t-il en actionnant quelques interrupteurs.
Après plusieurs minutes de silence, le Dazen demanda :
- Quelle est la mission la plus dangereuse que vous ayez effectuée ?
- Je ne peux pas t’en parler. C’est top secret, répondit le Coruscanti.
L’adolescent se tut et, après avoir entré un vecteur dans l’ordinateur de bord, Betalan lui dit :
- Attache-toi. Nous allons passer la barre de l’hyperespace.
Axyor hocha la tête en guise d’assentiment et s’exécuta. L’humain abaissa un levier, les étoiles se changèrent en traits lumineux et les deux hommes furent plaqués contre leurs sièges. Un instant plus tard, il remonta la manette et le vaisseau revint dans l’espace normal.
- Je te conseille de méditer un moment. Profites-en pour réfléchir à tout ce que je t’ai dis, déclara-t-il alors.
L’adolescent acquiesça de la tête et ferma les yeux.


Il se tenait seul, au milieu de nulle part. Tout autour de lui, le décor paraissait vide, dénué de vie. Soudain, une intense lueur l’aveugla et le Dazen se protégea les yeux. Il se trouvait maintenant dans un vaste désert. L’atmosphère sèche lui brûlait la gorge et il eût l’impression d’étouffer. Un feu dévastateur semblait envahir ses poumons. Ses paupières se crispèrent un court instant tandis qu’il portait la main droite à sa poitrine et, subitement, tout redevint noir. Le jeune homme se redressa et balaya les alentours du regard. Tout à coup, il sursauta et fit face à une haute silhouette qui venait d’entrer, telle une ombre. Axyor retint son souffle et l’individu s’approcha avant de tendre la main vers lui. L’adolescent recula et, à cet instant, celui qui lui faisait face se découvrit. Non, non ! Ce n’était pas possible ! Celui qui se tenait là, n’était autre que… lui…
Brusquement, le Padawan se réveilla en sueur et tourna la tête vers Kross qui le fixait, l’air inquiet.
- Axyor est ce que tout va bien ?
- Oui Maître, juste un cauchemar. Toujours le même, s’empressa-t-il de répondre.
Surpris, le Coruscanti dévisagea son élève. Il était anormal que ce songe le tourmente encore malgré le temps passé. Il n’avait jamais vu chez personne une pareille crainte de l’Obscurité. Ce rêve serait-il un présage ? Une prémonition ? Non, pas s’il continuait à ne voir qu’une main noire, pas s’il ne se voyait pas lui-même. Et de toute façon, même si tel était le cas, il ne le laisserait pas. Il se battrait pour garder son apprenti du côté Lumineux de la Force.
- Axyor, es-tu sûr que rien n’a changé dans ton rêve ? interrogea-t-il sans le quitter des yeux.
L’apprenti remarqua que son mentor le regardait avec insistance et se résolut à lui mentir une deuxième fois. Il ne pouvait pas lui dire ce qu’il venait de voir.
- Oui Maître. Pourquoi cette question ? En plus, je le fais de moins en moins souvent. N’est ce pas rassurant ?
- Certes, néanmoins… Non, rien. Nous verrons plus tard. Repose-toi encore un peu. Nous allons bientôt entrer dans la zone sauvage.
- Néanmoins quoi Maître ?
- Nous verrons cela plus tard, répondit fermement Kross.
- Vous ne me rassurez pas… Je ne risque pas de me rendormir, maugréa le Dazen avant de s’enfoncer dans son siège en croisant les bras.
- Faire ta mauvaise tête ne changera rien, le prévint-il. Je ne cèderai pas, tu ferais donc bien d’en prendre ton parti. Je t’ai dis que nous en parlerions une autre fois et nous le ferons. Contente-toi de cette promesse.
- On ne commence pas des phrases quand on n’a pas l’intention de les finir, rétorqua Axyor sans bouger.
A ces mots, Betalan observa son disciple d’un regard sévère.
- Axyor, tu deviens franchement insolent. Cela suffit à présent !
- Ecoutez je… Non rien.
- Inutile d’essayer de retourner cela contre moi, cela ne fonctionnera pas, dit encore le Jedi.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez.
- Dans ce cas, finis ta phrase, ordonna-t-il.
Le garçon se renfrogna et resta silencieux.
- Padawan, je t’ai donné un ordre, dit alors le Coruscanti, légèrement menaçant.
- Ah vous voyez ! fit-il en se redressant. C’est agaçant quelqu’un qui ne finit pas ses phrases !
A ces mots, Kross ouvrit la bouche pour faire une remontrance bien sentie à son disciple, mais se ravisa. Il y avait d’autres moyens…
Il s’adossa à la paroi, prit son menton dans sa main et, scrutant le jeune Dazen, déclara calmement :
- Je me demande si tu es si intelligent que ça et si tu as bien compris le principe Maître-apprenti, finalement…
Se sentant blessé par cette insinuation, le garçon resta muet quelques secondes, puis, résolut de s’expliquer :
- Je ne cherche pas à être insultant ou à vous manquer de respect Maître, insista-t-il. Juste à vous faire comprendre que… nous avons abordé un sujet relativement préoccupant et soudain, lorsque j’attends votre conseil… vous vous interrompez ! Je… J’aimerais juste que vous me rassuriez… Rien de plus… Ou que vous me parliez franchement… Le principe de base…
En l’entendant s’exprimer ainsi, la contrariété de l’humain s’envola. Il secoua la tête et dit d’un air bienveillant :
- Je sais bien que tu ne voulais pas être impertinent Axyor. Mais que pourrais-je bien dire pour te rassurer quand j’ignore moi-même la signification précise de ce rêve ? La vérité, c’est qu’à mon sens, il s’agit d’un très mauvais présage. Cependant, je t’aiderai à lutter. Tu seras plus fort que les ténèbres, plus fort que l’Obscurité si tu ne te laisses pas aller à la colère et si tu ne laisses pas tes craintes prendre le dessus. Comprends-tu ?
Le garçon hocha la tête et demanda :
- Est-ce que ça pourrait être pire ?
- Pire dans quel sens ?
- Est-ce qu’il y a pire comme forme de présage ?
- On peut toujours trouver pire, rétorqua le Jedi. Cela étant, j’avoue qu’il est effectivement préoccupant que ce cauchemar continue à hanter tes nuits.
- Que peut-il y avoir de pire ? insista le Dazen.
- Le pire… serait que tu te sois vu toi-même dans cette Obscurité. Mais ce n’est pas le cas… n’est ce pas ?
En prononçant ces derniers mots, il le scrutait avec intensité, comme s’il le mettait au défi de lui mentir.
A ces quelques mots, Axyor déglutit péniblement. Il devint livide tandis que son regard se perdait dans le vide. Les images de son songe défilèrent à nouveau dans son esprit. Il se vit et s’arrêta sur ce visage sévère, marqué par trois longues cicatrices entourant son œil gauche. Lentement, l’adolescent secoua la tête sans dire quoi que ce soit.
- Axyor ? fit l’humain qui avait constaté son trouble et sa soudaine pâleur. Voyons mon garçon, n’as-tu pas dit que nous devions être francs ? Tu ne m’as pas tout dévoilé… n’est ce pas ?
- Je… Je ne voulais pas vous inquiéter… Je ne pensais pas que c’était grave, bredouilla-t-il.
- Racontes moi tout à présent, demanda son mentor.
- Il… Il n’y a pas de mots.
Le jeune homme se leva d’un bond et s’approcha de lui avant de tendre les mains.
- Je préfère vous montrer.
Le Maître hocha la tête, saisit les doigts de son apprenti et ferma les yeux pour laisser les images l’envahir. Après un instant, il le lâcha et le dévisagea d’un air anxieux.
- Que penses-tu que signifie ce rêve ? lui demanda-t-il.
- Un avenir probable.
Betalan secoua la tête.
- Non, pas probable. Possible. C’est simplement une possibilité. Je pense que, par ce moyen, la Force a voulu te mettre en garde.
- Mais c’est trop précis pour que ce ne soit pas une vision…
- Rien n’est figé, ni écrit. L’avenir est toujours en mouvement et sera seulement ce que tu en feras. Et tu ne souhaites pas sombrer n’est ce pas ?
- Je ne sais plus où j’en suis, lâcha l’adolescent avant de retomber à genoux.
Le Coruscanti s’agenouilla à son tour et le força à le regarder.
- C’est très compréhensible. Mais malgré ton nom, tu n’es pas destiné à devenir un serviteur du mal. Je le sais, j’en suis sûr. Mon instinct ne m’a jamais trompé. Il faut donc te battre contre les penchants qui risqueraient de te faire aboutir à ce contre quoi nous luttons. Tu ne dois pas te laisser aller, car alors, tu faciliterais la tâche du Côté Obscur.
Le jeune garçon laissa sa tête retomber contre l’épaule de son mentor et demanda :
- Puis-je vraiment lutter contre quelque chose qui est en moi depuis le début ?
- Tu y parviendras si tu te persuades que tu le peux. Quand on joue perdant d’avance, on ne gagne jamais, ajouta l’humain en posant une main réconfortante sur son bras.
- J’aurais besoin de vous, dit le Dazen.
- Bien sûr. Tu peux…
Il fut interrompu par une sonnerie stridente et se précipita aussitôt vers la baie vitrée.
- Un champ d’astéroïdes ! s’exclama-t-il. Mais comment est-ce possible ? Il n’est signalé sur aucune carte !
S’asseyant à son tour dans son fauteuil, Axyor jeta un bref coup d’œil à son mentor et déclara :
- La Force va nous guider.
Sans répondre, le Maître, très concentré, s’absorba dans la tâche compliquée qui consistait à éviter ces gigantesques roches mouvantes. Pendant de longues minutes, il entra de nombreuses coordonnées dans l’ordinateur de bord, les modifiant dès que le bâtiment en avait esquivé une. La traversée du champ d’astéroïdes prit longtemps mais, lorsqu’ils en sortirent, Betalan parut inquiet et murmura :
- Pourquoi n’était-il pas indiqué ? A ma connaissance, il n’y en avait pas à proximité d’Hurikane…
- Vous pensez que quelqu’un cherche à nous empêcher d’atteindre notre but ou alors…
- Je l’ignore mais cela me paraît improbable. Personne n’est assez fort pour maîtriser une telle quantité de roche. Mais finis donc ta phrase.
Le Dazen hocha la tête.
- Heureusement que le Maître archiviste n’est pas là… Mais j’ai comme l’impression qu’il y a un défaut dans la base de données.
- Sous-entendrais-tu que les archives sont incomplètes ?
- Si on va par là, il y avait bien, dans la partie publique, un livre qui ne devait pas s’y trouver alors… fit-il en haussant les épaules.
- En effet…
Un silence s’installa dans le cockpit et, soudain, Kross dit :
- Attaches-toi. Je vais amorcer l’atterrissage.
Sans ajouter un mot, le jeune garçon s’exécuta et l’appareil commença à piquer vers l’atmosphère de la planète. Après un moment, l’humain redressa le vaisseau, le stabilisa et le posa sur une plaine déserte.
- Nous y voici. Hurikane. C’est ici que ta quête va commencer, déclara solennellement Betalan en posant à nouveau les yeux sur son disciple.
- Avez-vous une idée de ce qui m’attend ? interrogea l’adolescent.
- N’ayant jamais moi-même été sur ce monde, je ne peux répondre à ta question. Mais prépares-toi tout de même à affronter des dangers. L’obtention de ce cristal ne sera pas de tout repos… et je ne pourrais te venir en aide.
- Bien, alors je vais m’atteler à cette tâche tout de suite, dit le jeune homme en tournant les talons pour se diriger vers la passerelle.
- Axyor ! l’interpella alors son mentor.
Il se retourna.
- Maître ?
- Sois prudent, ne prend pas plus de risques que nécessaire et surtout, évite de semer le désordre. Je ne voudrais pas que Hurikanis nous prennent en grippe.
- Bien Maître, fit encore le Dazen avant de tourner les talons et de sortir.
S’approchant de la coupée, Kross s’appuya sur l’encadrement et regarda s’éloigner son apprenti.
J’espère que je fais bien de le laisser partir seul, pensa-t-il. Il est si inexpérimenté… Qui sait de quoi il est capable…
Les révélations que venait de lui faire son apprenti s’avéraient plus inquiétantes. En effet, qu’il fasse un rêve de ce type constituait une preuve que le garçon était attiré par l’Obscurité. D’abord le Jar’kai, puis ses vêtements, maintenant cela… Où cela le mènerait-il ? Etait-il, comme son nom l’indiquait, prédestiné aux ténèbres ? Non, Kross refusait de le croire. Il ne pouvait concevoir que de tels talents puissent un jour servir le mal. Il ne laisserait pas cela se produire ! Ce rêve, cette vision… ne deviendrait pas réalité s’il avait son mot à dire ! S’il pouvait l’empêcher, il le ferait, même s’il devait s’agir de son dernier acte !
Je te le jure Axyor ! Les ténèbres du Côté Obscur ne t’emporteront pas ! songea-t-il, les poings serrés.
EN QUÊTE
Geld Naimell pénétra dans la chambre de Noal, qui venait de lui ouvrir avec la Force. Son apprenti se trouvait assit à son bureau, visiblement très concentré sur ce qu’il faisait. Le Jedi regarda rapidement autour de lui et constata que le jeune garçon tenait sa chambre en ordre bien que ça et là traînent quelques éléments. Il s’approcha et remarqua que l’adolescent peinait à schématiser un sabre.
- S’agit-il de ton futur sabre ? interrogea-t-il.
- Oui Maître, répondit-il. Mais c’est difficile.
A ces mots, Geld sourit.
- Personne n’a jamais prétendu que c’était chose facile. Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte lorsque l’on élabore son arme.
- Axyor est bien plus doué que moi en la matière, remarqua Noal sans amertume. D’ailleurs, il fait tout avec facilité. Je l’envie un peu.
En l’entendant dire cela, Naimell fronça les sourcils.
- Il ne faut pas. L’envie est une voie qui mène au Côté Obscur. Et puis, chacun est différent. Et heureusement, car l’uniformité serait ennuyeuse, ne crois-tu pas ?
- Vous avez sûrement raison Maître, approuva le jeune garçon après quelques secondes de réflexion.
- De plus, reprit le membre du Conseil, tu as très certainement des capacités uniques qui lui font défaut. Il te suffit de trouver lesquelles et de travailler pour les développer.
- Oui Maître.
- Montres-moi cela, demanda ce dernier en désignant l’esquisse.
Le Padawan la lui tendit et Geld l’observa attentivement durant un long moment, puis, sans mot dire, il saisit le crayon de son disciple. En quelques traits rapides et sûrs, il corrigea les erreurs et rendit le tout à l’adolescent qui scruta son travail quelques instants, avant de déclarer :
- Je n’y aurais jamais pensé. Merci Maître.
Le Jedi se dirigea vers le lit et s’y assit. Il prit quelques instants pour tout observer, puis demanda :
- Depuis quand penses-tu à ton sabre ?
- Le jeune Corellien hésita à répondre franchement. Il avait déjà remarqué que son mentor, pour une raison qui lui était inconnue, ne semblait pas approuver que les deux Padawans fasse tant de choses ensemble. Pourtant, mentir à celui qu’il admirait tant lui paraissait impossible et il lâcha :
- Depuis qu’Axyor m’a dit avoir commencé à travailler sur le sien.
- Tu ne devrais pas agir en fonction de ton ami. Non que son influence sur toi soit mauvaise, au contraire, elle t’a toujours été bénéfique jusque là. Mais un Jedi doit pouvoir tout faire seul, sans impulsion extérieure. Il te faut apprendre à te désolidariser de lui si tu veux réussir.
- Oui Maître, répondit Narrow en baissant la tête.
- Car sinon, comment feras-tu le jour où il quittera définitivement ce Temple ? Tu ne pourras alors plus compter sur lui et il faudra te débrouiller. Autant commencer dès maintenant.
- Bien Maître.
Le jeune garçon n’osait plus regarder son mentor. Jamais il n’aurait cru qu’un jour, celui-ci lui dirait d’arrêter avec le Dazen le binôme qui fonctionnait si bien et depuis si longtemps. Le pourrait-il seulement ? Il lui donnait de si bons conseils… Jamais il ne serait arrivé à ce stade sans sa précieuse aide. Son ami comprendrait-il pourquoi, soudainement, il s’éloignait de lui ? Pourvu qu’il ne le prenne pas comme un rejet…
Comme s’il avait capté ses pensées, Geld ajouta :
- Attention, je ne te demande pas non plus de ne plus rien faire avec lui, ce serait une mauvaise chose. Mais essaye tout de même de ralentir la fréquence de vos... entrevues. Surtout si elles concernent votre entraînement.
- Oui Maître.
- Cela étant, as-tu choisi la couleur du cristal qui servira de catalyseur ? interrogea l’homme pour changer de sujet.
Comme s’il n’attendait que cela, Noal commença :
- J’ai pensé à…
Mais il ne pu achever sa phrase car Naimell l’interrompit :
- Ne te décide pas maintenant. Réfléchis bien. C’est une décision importante qui ne se prend pas à la légère et peut avoir des incidences.
- C'est-à-dire ? demanda le Corellien qui ne comprenait pas où son mentor voulait en venir.
Alors, le Maître lui expliqua en souriant que chaque couleur de cristal possédait une signification particulière. Les bleus concernaient plutôt les Chevaliers concentrant leur entraînement sur le combat et le maniement du sabre laser, cherchant le face à face direct avec le Coté Obscur. Les verts touchaient les Jedi qui cherchaient à maintenir l'équilibre dans la Force, se concentrant moins sur les aptitudes au combat et davantage sur les aptitudes mentales pour augmenter leur maîtrise. Les jaunes se rapportaient plutôt à ceux qui combattaient injustice et tromperie, les exposaient en pleine lumière, cherchant ainsi un équilibre entre compétences physiques et mentales. Quand aux rouges… artificiels et d’une puissance difficile à contrôler, ils étaient l’apanage des Sith.
- Et les violets Maître ? questionna subitement Narrow en se rappelant la déclaration du Dazen.
Le sourire de l’homme disparut et il observa son disciple avec une gravité qui inquiéta ce dernier.
- Pourquoi me demandes-tu cela ? demanda le membre du Conseil.
A cette question, l’adolescent déglutit péniblement. Il ne pouvait dire à son Maître que son ami avait choisi cette couleur de sabre. Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait que celui-ci n’approuverait pas et Narrow n’avait pas envie d’entendre critiquer Axyor. La mort dans l’âme, il se résolut alors à faire, pour protéger ce dernier, ce qui lui répugnait tant : mentir.
Et puisse la Force me venir en aide ! pensa-t-il avant de lancer :
- Par curiosité Maître. J’ai entendu dire que cette couleur existait aussi, alors je me demandais, c’est tout.
Geld le dévisagea un moment, puis soupira et décida d’expliquer :
- Le violet, Noal, est fortement déconseillé aux Padawans.
- Pourquoi ?
- Car son choix induit trop de choses qu’un apprenti ne peut maîtriser.
- Lesquelles ?
- Le violet est un mélange du bleu et du rouge. Ce qui implique que le Jedi qui l’utilise, a non seulement étudié les différentes formes de combat au sabre, mais également les techniques du Côté Obscur.
A ces mots, le jeune Corellien retint difficilement un cri de stupéfaction mêlé d’horreur. Le pressentiment qui l’avait envahi en voyant son ami dans sa tenue sombre, se trouvait à présent conforté. Axyor était-il au courant de cela ou bien avait-il décidé de cette couleur sans savoir à quoi elle correspondait ? Et même s’il n’en avait pas connaissance, comment Maître Betalan qui, comme lui, réprouvait la sélection de ces vêtements, pouvait-il accepter le risque que représentait ce cristal violet ?
Toutes ces questions ne pouvaient hélas trouver de réponses, mais Noal ne pouvait s’empêcher d’espérer que son intuition se révèle infondée.
Ayant malgré tout perçu la soudaine agitation de son apprenti, Geld se leva et vint poser une main sur son épaule.
- Voyons Noal, qu’est ce qui te trouble ? lui demanda-t-il d’un ton bienveillant.
- Rien Maître. Je vous assure. Tout va bien.
Le membre du Conseil n’avait guère l’impression que ce soit le cas mais, ne voulant pas forcer les confidences de l’adolescent, abandonna le sujet.
- Demain, ce sera parfait, déclara-t-il alors. Cela te laisse l’après-midi pour te préparer.
Narrow le dévisagea quelques secondes.
- Mais… qu’est ce qui sera parfait Maître ? questionna-t-il sans comprendre. Me préparer pour quoi ?
Naimell le fixa d’un air amusé. En changeant si brutalement de sujet, il se tenait certain que le garçon ne réaliserait pas de quoi il était question. Et ainsi, en cherchant à saisir, il oublierait momentanément ses préoccupations, quelles qu’elles soient.
- Pour te préparer à aller chercher ton cristal, répondit-il finalement. Nous partons demain matin.
Le jeune Corellien écarquilla les yeux.
- Vous… Vous êtes sérieux Maître ? balbutia ce dernier.
Geld hocha la tête en guise d’assentiment.
- Mais… Mais…
- Mais quoi ?
- Mais je… Je ne sais pas ce que je dois faire Maître, argua-t-il.
- Réfléchis bien et tu trouveras, conclut le Maître avant de quitter la pièce.


Axyor se retourna une dernière fois et vit l’astronef disparaître derrière un rocher. Après une profonde inspiration, il reprit sa route et emprunta un chemin chaotique en prenant garde de ne pas mettre le pied dans une ornière. Cette planète paraissait réellement hostile et désagréable. Le climat sec donnait un aspect dénué de vie au paysage qui se révélait quelque peu effrayant. Le vent faisait courir une myriade de grains de poussière sur la pierre dénuée de toute végétation. Un silence pesant régnait dans les lieux, seulement interrompu par l’écho de ses pas. Le Padawan continua de marcher longuement, sentant l’air aride qui ne cessait de s’engouffrer sous sa bure et le forçait à se protéger le visage. Contournant une grande série de rochers, il remarqua les formes plus ou moins étranges de certains… presque amusantes. Les sens en alerte, il poursuivit son trajet, regardant de temps à autre derrière lui avec la curieuse impression d’être épié. La Force lui indiquait des présences étrangères que ne pouvaient percevoir ses yeux. Au bout d’un moment, le jeune homme arriva au bord d’un profond canyon et observa ce qui se passait en contrebas. Le précipice paraissait sans fin et se poursuivait sur plusieurs kilomètres de chaque côté. Mais il devait trouver un moyen de traverser, car son instinct lui soufflait que la solution se trouvait bien au-delà. L’élève aperçut une immense roche un peu plus loin et eût une idée. Une fois au pied, il en escalada une partie, puis fixa la paroi similaire qui se trouvait en face. Ouvrant l’une des pochettes accrochées à sa ceinture, il en sortit un mini grappin et tendit le bras. Il s’efforça de viser juste et la pointe métallique vint se ficher dans la pierre. Le garçon tira sur le câble pour s’assurer de la prise, puis accrocha solidement l’autre bout. Sans l’ombre d’une hésitation, il retira sa bure, puis la replia, avant de la placer sur le filin d’acier. Le Dazen prit une profonde inspiration et s’élança dans le vide. Bientôt, il prit de la vitesse et, tout en espérant que le vêtement tiendrait jusqu’au bout, il traversa l’abîme. A l’aide de la Force, il freina sa course et se réceptionna de l’autre côté. Il récupéra son manteau et le déplia pour constater les trous béants créés par les frottements. Maître Talos allait à coup sûr le lui reprocher.
Fichue pour fichue… se dit-il avant de déchirer plusieurs bandes dans le tissu.
Avec l’une d’entre elles, il se protégea le nez et la bouche, tandis qu’il enroulait les autres autour de ses mains. Il coinça les dernières dans sa ceinture et récupéra son grappin qu’il détacha par la pensée. Content d’avoir surmonté cette épreuve sans trop de difficultés, il continua son chemin et, après quelques dizaines de minutes, parvint cette fois à une paroi qu’il lui fallait escalader. Après un long soupir, il commença à la gravir précautionneusement et, très vite, la tâche se révéla plus ardue que prévu. Ses doigts agrippèrent un petit amas et il força pour se hisser. Cependant, la protubérance céda et le jeune homme se rattrapa de justesse un peu plus bas, ses pieds râpant la roche sur une bonne distance. Suspendu au dessus du vide, il se rétablit et continua son ascension avec les plus grandes précautions. Lorsqu’il eût passé les principaux surplombs et qu’il pu apercevoir le bord, il s’aida de nouveau de son grappin ascensionnel pour achever d’escalader l’ensemble rocheux.
Une fois en haut, il s’allongea quelques secondes pour reprendre son souffle et ses yeux se posèrent sur le bout de ses bottes.
Maître Talos va me reprocher de les avoir usées plus vite que toutes les autres, pensa le Dazen en se laissant retomber en arrière.

Resté seul, Noal posa autour de lui un regard égaré. Jamais il ne se serait attendu à devoir partir si rapidement, pour un endroit inconnu dont il ne savait rien. Comment, dans ces conditions, pouvait-il se préparer convenablement ? Si seulement Axyor était là pour lui donner des conseils… Mais son ami était parti pour Hurikane avec son propre mentor et ne pouvait donc lui venir en aide. Et, de toute façon, Maître Naimell lui avait demandé de commencer à ne compter que sur lui.
L’adolescent soupira.
Concentres-toi. Réfléchis, se dit-il. Que ferait Axyor à ta place ?
Soudain, il pensa aux archives. Il fallait commencer par chercher le nom de cette planète et tout ce qui s’y rapportait.
Rapidement, il quitta sa chambre et traversa les nombreuses galeries qui y menaient, tout en songeant que la quête de son cristal constituait en quelque sorte sa première mission de Padawan. Il devait à tout prix la réussir. La réalisation de son sabre en dépendait.
Parvenu à la bibliothèque, il se dirigea vers le Maître archiviste, à qui il demanda le nom du monde où les Jedi allaient généralement chercher les pierres servant de catalyseur à leurs armes. Un peu étonnée, Delenn Vorsik lui répondit néanmoins. Après l’avoir remerciée et saluée, le garçon se dirigea vers une console. Il y entra le nom "Ilum" et attendit quelques instants que les données s’affichent sur l’écran. Le Corellien passa de longues minutes à lire les informations : Ilum était une planète glacée, parsemée de nombreuses montagnes et peuplée de terrifiantes créatures du noms de Gorgodons, qui semblaient garder les cavernes abritant les cristaux.
L’aspect de ces bêtes qu’il devrait certainement combattre, lui donna un frisson d’épouvante qu’il réprima. Il éteignit le terminal, puis se leva vivement. Il n’avait pas de temps à perdre.
En courant, il prit la direction de la lingerie en espérant ne pas être trop mal reçu par Maître Talos qui, malgré son âge, pouvait se montrer fort peu commode. Avec prudence, il entra dans la salle au moment où celle-ci venait de finir de ranger des tuniques. L’apercevant, Elweni se redressa.
- Bonjour mon garçon, le salua-t-elle. As-tu besoin de quelque chose ?
- Heu, oui Maître. Maître Naimell et moi partons pour Ilum demain matin et je me demandais… si vous n’auriez pas des vêtements chauds à me donner.
- Hum, fit la Jedi en l’observant. Je n’aurais rien de plus épais que ton actuelle bure, mais je peux peut-être faire quelque chose pour ta tunique et ton pantalon.
Ayant dit cela, la vieille dame fouilla dans une pile de vêtements et en tira ce qu’il fallait. Lui tendant le tout, elle précisa :
- Ceci devrait convenir aux basses températures d’Ilum. Cependant, si tel n‘était pas le cas, sache que je ne peux rien de plus.
- Je comprends. Merci Maître, dit l’adolescent en prenant les étoffes soigneusement pliées, avant de s’incliner.
Sortant de la pièce, il alla porter le tout dans sa chambre, puis décida de se mettre à la recherche de Maître Feraz. S’il devait se mesurer à ces féroces gorgodons, il devait mettre toutes les chances de son côté et pour cela, un entraînement, même de dernière minute, ne pourrait pas lui être néfaste.
Quittant le Praxéum, il se dirigea vers la forêt et ne tarda pas à y trouver le Togorien qui donnait une leçon à de jeunes étudiants. A son approche, celui-ci signifia à ses élèves la fin du cours et vint vers lui.
- Bonjour Noal, lui dit-il. Qu’est ce qui t’amènes ?
Brièvement, le jeune garçon lui exposa la situation, puis demanda :
- Serait-il possible que je m’entraîne un peu ?
- Contre moi ?
Narrow hocha la tête.
- Si vous n’y voyez pas d’inconvénient Maître. Si je dois me battre contre ces bêtes, mieux vaut que j’affronte quelqu’un de plus fort que moi.
- Dans ce cas, tu aurais dû demander à…
- Il est parti avec Maître Betalan, fit le Corellien qui avait compris de qui parlait le non humain.
- Très bien. Si tu es sûr de toi… en garde, fit Sheld en dégainant et activant son arme d’un même geste.
Aussitôt, le Padawan tira son sabre d’entraînement de sa ceinture et adopta la position adéquate. Le Togorien fondit sur lui et il eût juste le temps de parer le coup. Il repoussa son ancien professeur aussi fort qu’il le put et tenta une attaque latérale qui fut esquivée sans difficulté. Sans se décourager, Noal tenta durant une grosse demi heure de percer la défense de son adversaire, mais en vain. Elle semblait sans faille. Comment Axyor avait-il réussi dans ce cas ?
En sueur et haletant, il fixait le félin, réfléchissant à un moyen d’y parvenir, lorsque celui-ci désactiva son sabre.
- Tu n’avais aucun besoin d’entraînement Noal, dit-il tandis que l’apprenti éteignait le sien. Tu as retenu tout ce qu’il te fallait savoir. Tu es tout à fait en mesure de faire face aux épreuves qui t’attendent sur Ilum.
- Je n’en suis pas si certain Maître, répliqua le jeune homme.
- Il te faut avoir confiance en toi. C’est la clé. Sans confiance, personne n’arrive à quoi que ce soit.
- Mais Maître, je croyais qu’avoir trop confiance en soi…
- Il faut savoir faire la différence. Confiance en soi n’est orgueil que lorsqu’elle est démesurée, répartit le Togorien.
- Bien Maître. J’ai compris et je vous remercie.
Il s’inclina et s’apprêta à prendre congé.
- Que la Force soit avec toi dans ta quête, lui souhaita Feraz.
- Que la Force soit avec vous Maître, renvoya le jeune humain en souriant.
RENCONTRE ET ESPOIR
Axyor repensa au but de sa quête. Le plus dur restait à venir : convaincre ces gens de lui donner un cristal.
Vaillamment, il se releva, récupéra son matériel et se dirigea de nouveau vers les deux soleils. Comment parviendrait-il à les trouver ? Son instinct le guidait dans cette direction et il avait résolu de l’écouter. Il se tenait persuadé d’avoir raison et finirait bien par arriver à leur village tôt ou tard.
Tôt j’espère, pensa l’adolescent couvert de poussière.
Il secoua quelque peu sa tenue et accéléra la cadence. Il ne devait pas perdre de temps.
Tandis que l’atmosphère rafraichissait, Axyor déboucha sur un nouveau gouffre et soupira.
Décidément… Je n’en finirais jamais, se dit-il en cherchant un nouveau point d’accroche.
Soudain, il entendit un bruit étrange semblant provenir de l’abîme. Il se pencha pour tenter d’apercevoir qui ou quoi émettait ces sons et vit un être étrange étendu sur une plateforme en contrebas. L’insectoïde se rendit compte de sa présence et poussa une longue plainte qui fit serrer les dents au Padawan. Le cri strident cessa et l’individu l’observa un moment avant de recommencer à émettre de petits bourdonnements. L’apprenti comprit alors qu’il désirait communiquer et s’empressa de chercher dans l’une de ses sacoches le traducteur miniature qu’il avait pris la précaution d’emporter. Il le régla et le porta à son oreille. Là, il comprit :
- Je vous en prie, aidez-moi.
Sans hésiter, il fixa son grappin à une imposante pierre et, à l’aide des bandes d’étoffe qui lui restaient, s’improvisa un baudrier qu’il accrocha au câble. La manœuvre se révélait risquée mais la Force l’aiderait. Lentement, il descendit en rappel tout en se concentrant pour solidifier le maigre matériel qui assurait sa sécurité. Après quelques minutes, il arriva enfin à ses côtés et l’habitant se traîna jusqu’à lui. Aussitôt, l’élève remarqua sa jambe qui semblait fracturée et les autres blessures dont il souffrait. L’alien parla si vite que le traducteur eût bien du mal à le suivre. Le garçon lui fit signe de communiquer plus posément et le Hurikani le regarda sans comprendre. D’un geste, il régla l’appareil dans le sens opposé et articula :
- Parlez moins vite, je ne vous comprends pas.
Aussitôt, l’être hocha la tête et le remercia d’être venu à son secours, puis il s’étonna :
- Vous êtes un Jedi. Que faites-vous là ?
- Je… Je suis un Padawan, rétorqua le Dazen. Je suis venu parlementer pour tenter d’obtenir l’un de vos précieux cristaux. C’est très important pour moi.
- Je vois. Alors je vous aiderai si nous parvenons à remonter, conclut le blessé.
L’adolescent afficha un sourire, puis regarda au-dessus de lui.
- Reposons-nous un peu avant, suggéra-t-il.
Son compagnon acquiesça et tous deux s’adossèrent à la paroi.
- Comment êtes-vous tombé ici ? interrogea le Dazen au bout d’un moment.
- Nous étions partis pour commercer avec un autre village, lorsque le Dalkar nous a surpris. Les autres doivent me croire mort.
- Le Dalkar ? releva le jeune homme.
- Une créature monstrueuse qui terrorise les nôtres depuis des années.
- Ah… fit Axyor en déglutissant. Charmant…
Se retrouver face à cette chose à n’importe quel instant ne se révélait pas une perspective des plus charmantes.


Après une petite demi-heure, sans mot dire, il se pencha sur la jambe du villageois et l’entoura d’une de ses pièces de tissu pour la protéger pendant la montée. Puis il le hissa sur son dos et fut surpris de constater combien il pouvait être léger.
- Je m’appelle Ar’Hek’Ta, lui dit alors ce dernier.
- Et moi Axyor, fit l’apprenti en s’agrippant à une pierre.
- Il me reste assez de force pour tenir le câble pendant que tu escalades.
- Cela m’aidera, conclut l’adolescent tandis que le Hurikani croisait sa deuxième paire de bras autour de sa taille.
Péniblement, le Dazen gravit la pente à pic, manquant de lâcher à plusieurs reprises, mais Ar’Hek’Ta tenait bon. Après une dizaine de minutes, ils parvinrent ensemble à un petit palier situé environ dix mètres sous le bord du précipice. Là, le Padawan fit halte, se pencha en avant et tenta de reprendre une respiration régulière. Mais, plus déterminé que jamais, il continua et entama la dernière partie de la montée. Arrivé presque en haut, son pied se posa sur une prise fragile qui céda sous leur poids et les deux compagnons chutèrent. L’insectoïde tentait de les retenir, mais le câble lui échappait tout en lui brûlant les doigts. Au dernier moment, Axyor se saisit du filin, serra les dents et réussit enfin à stopper leur descente. Heureusement pour lui, comme prévu, les bandes de tissu l’avaient protégé au maximum et ses mains ne se trouvaient que légèrement écorchées. Tant bien que mal, ils se rétablirent, escaladèrent les quelques mètres qui restaient et, enfin, s’écroulèrent sur le sol poussiéreux.
- Ce n’est pas trop tôt, souffla le jeune homme, allongé sur le ventre.
Ar’Hek’Ta roula sur le côté et le regarda, reconnaissant.
- Merci d’avoir pris tous ces risques pour moi.
- De rien. C’est… mon devoir d’aider les autres, répliqua l’apprenti. Ton village est-il loin ?
- A moins d’une heure de marche. Avec un peu de chance, nous y parviendrons avant la nuit.
- Tant mieux. Alors, hâtons-nous, fit le Dazen en se relevant péniblement.
Une fois encore, son compagnon se cramponna dans son dos et ils poursuivirent leur route. Le Hurikani le guida, lui faisant faire quelques détours plus sûrs, qui facilitèrent leur route. Au bout d’une bonne heure, alors que la nuit envahissait doucement les lieux, l’apprenti sentit le froid monter. A chaque pas qu’il faisait, ses jambes semblaient vouloir se dérober, mais il fallait tenir bon jusqu’au bout. Soudain, son nouvel ami lui indiqua :
- Regarde la lueur là-bas. Nous y sommes.
A ces quelques mots, le Padawan rassembla ses dernières forces et fonça dans cette direction. Tous deux s’arrêtèrent au pied d’une paroi et l’alien poussa un cri strident pour alerter les siens. Parvenant difficilement à supporter ce son, Axyor se boucha les oreilles et vit de longues échelles descendre jusqu’à eux.
Une dizaine de villageois vinrent à leur rencontre et exprimèrent leur joie en voyant leur camarade vivant. Celui-ci leur expliqua brièvement comment l’apprenti l’avait aidé et, lorsqu’il descendit de son dos, celui-ci s’écroula, complètement épuisé.


En voyant la nuit gagner les lieux, accompagnée d’un froid très vif, Kross avait commencé à s’inquiéter. Son protégé se trouvait-il dehors, en danger, ou avait-il réussi à trouver les Hurikani ? Après quelques minutes, il attrapa son comlink et tenta de le contacter. Au bout d’un instant, il obtint une réponse des plus étranges et se demanda à quoi correspondaient ces bruits. Il connecta l’appareil sur l’ordinateur de bord qui fit une traduction immédiate :
- M’entendez-vous ? demandait une voix.
- Qui êtes-vous ? demanda le Maître, anxieux.
- Ar’Hek’Ta.
- Où se trouve le propriétaire de ce comlink ? continua Betalan, suspicieux.
- Axyor dort. Il était épuisé après m’avoir sauvé la vie. Ne vous inquiétez pas, nous nous occuperons bien de lui.
- Très bien. A son réveil, pourrez-vous lui demander de me joindre ?
- Bien sûr.
- Merci. Fin de transmission, conclut le Coruscanti.
Son disciple avait apparemment trouvé les habitants de cette planète et même sauvé l’un d’entre eux. Décidément, ce garçon ne cessait de le surprendre. Cependant, le membre du Conseil resterait éveillé toute la nuit, attendant avec impatience son appel, même si la Force lui faisait sentir que l’adolescent se trouvait en sécurité.

Le lendemain matin, lorsqu’il vint chercher son apprenti, Geld Naimell eût la surprise de le voir devant la porte de sa chambre, l’attendant patiemment. Il inspecta brièvement sa tenue et constata que celui-ci avait troqué ses habituelles robes de Jedi pour des vêtements chauds et son sabre d’entraînement par l’un de ceux de l’armurerie. Il approuva d’un signe de tête et fit signe à l’adolescent de le suivre. Ils se rendirent rapidement jusqu’à la plateforme où se trouvaient posés les vaisseaux du Temple et en choisirent un dans lequel ils embarquèrent. Alors qu’ils avaient gravi la moitié de la passerelle, le Maître s’arrêta brusquement et, emporté par son élan, Noal manqua le percuter. Geld se tourna vers lui et demanda d’un ton à la fois moqueur et bienveillant :
- N’aurais-tu pas oublié quelque chose mon jeune apprenti ?
Interloqué, le Corellien bafouilla :
- Heu… Je… Non, je… Je ne sais pas Maître, peut-être.
- Crois-tu que nous allons nous nourrir et nous abreuver de l’air du temps ?
A ces mots, Narrow parut catastrophé. Voilà donc ce qu’il avait oublié : les vivres !
Il s’apprêtait à courir pour aller les chercher, mais Geld l’arrêta par le bras.
- Inutile, je m’en suis occupé. Mais fais attention la prochaine fois.
- Oui Maître.
- Allons, viens à présent. Il est l’heure.
Tous deux s’engouffrèrent dans l’appareil et chacun prit la place qui lui revenait. Lorsque le bâtiment eût décollé et quitté l’atmosphère de Sew, Naimell dit à son disciple :
- Il va nous falloir une journée pour atteindre Ilum. Nous allons pouvoir profiter de ce voyage pour nous connaître un peu mieux.
- Oui Maître.
- Alors dis-moi, qu’as-tu pensé de ta formation jusqu’à présent ?
Etonné par la question, Noal ne su tout d’abord pas quoi répondre, puis dit :
- Je… C’était difficile Maître. Je ne m’en serais peut-être pas si bien sorti sans l’aide d’Axyor. J’ai souvent pensé tout abandonner, mais il m’a encouragé à continuer, à me surpasser pour atteindre l’objectif que je m’étais fixé, pour obtenir ce que je voulais plus que tout.
- Et quel était donc cet objectif si important pour toi ?
Le garçon devint subitement rouge de confusion et répondit dans un murmure :
- Devenir votre Padawan.
Surpris par une réponse à laquelle il ne s’attendait pas, le membre du Conseil posa brièvement les yeux sur son disciple.
- Vraiment ?
Narrow hocha la tête.
- Et bien, je suis heureux de voir que cet objectif a porté ses fruits.
- Moi aussi Maître.
Le silence se fit, que Geld brisa quelques instants plus tard.
- Je t’ai toujours suivi pas à pas et j’ai constaté tes progrès au fil du temps, dit-il.
Cette fois réellement stupéfait, le jeune Corellien dévisagea son mentor.
- Moi ? Mais… Mais pourquoi Maître ? questionna-t-il, ébahi.
- Je voulais me rendre compte par moi-même de quoi était capable celui que j’avais ramené.
- Et ?
- Et je dois avouer que tu t’es montré à la hauteur.
- Merci Maître, souffla encore l’adolescent, gêné par l’ampleur du compliment.
- La relation entre un Maître et son apprenti doit être absolument transparente Noal, déclara subitement Naimell. Il ne doit y avoir ni secret, ni dissimulation.
- Oui Maître, je sais.
- Dans ce cas, sache que j’ai parfaitement compris que tu me cachais quelque chose.
Le garçon écarquilla une nouvelle fois les yeux.
- Moi Maître ?
- Crois-tu que je n’ai pas remarqué ton trouble, hier, lorsque j’ai parlé des cristaux violets ?
A ces mots, le jeune homme devint littéralement écarlate, ce qui fit insister son mentor.
- Et bien, n’as-tu pas quelque chose à me dire à ce propos ?
- Et bien je… C’est… C’est Axyor Maître.
Geld soupira.
- Il a décidé de mettre un cristal violet dans son sabre, c’est cela ?
Incapable de parler, le Corellien se contenta de hocher la tête.
- Et pourquoi cela te met-il dans cet état ?
Narrow se mit en devoir de lui narrer ses craintes.
- N’aie pas d’inquiétude. Même si c’est le cas, Maître Betalan saura empêcher que cela arrive.
- Je l’espère.
- Noal… Tu t’es trop attaché à ton ami Axyor. Il faut vraiment que tu arrives à te détacher de lui et à exister par toi-même maintenant.
- Mais Maître, il est…
- Je sais, l’interrompit-il. Mais toi aussi, sinon ce n’est pas toi que j’aurais choisi mais lui.
Interloqué, le Padawan le fixa sans comprendre.
- Le Conseil m’avait demandé de prendre Axyor comme apprenti, expliqua son mentor, mais j’ai décliné l’offre car j’avais décidé de te prendre toi.
Ebahi, Noal n’arriva tout d’abord pas à réaliser l’incroyable nouvelle : son Maître avait refusé de prendre comme disciple le brillant Dazen et l’avais préféré lui…
Les yeux écarquillés, il dévisageait l’homme qui poursuivit :
- Crois-tu que j’aurais sélectionné quelqu’un qui n’aurait pas possédé les qualités indispensables à un Jedi ? Tu as ces qualités en toi, Noal et il ne te manque que la confiance pour les développer.
- C’est ce que m’a dit Maître Feraz, souffla l’adolescent.
- Il a raison, approuva Geld d’un ton ferme tout en entrant des coordonnées dans l’ordinateur de bord. Tu te laisses étouffer par la personnalité d’Axyor. Imposes-toi. Tu ne forceras jamais le respect si tu te montres aussi effacé.
- J’essaierai Maître, fit Narrow d’une voix misérable.
- Non. Fais-le ou ne le fais pas. Il n’y a pas d’essai.
- Bien Maître. Mais… pourquoi n’aimez-vous pas…
- Détrompes-toi, l’interrompit à nouveau son mentor. J’apprécie beaucoup ce garçon et j’ai été parmi les seuls à le défendre devant le Conseil. Mais ton attachement pour lui est beaucoup trop important. C’est mauvais.
Après cette réprimande, le jeune Corellien se mura dans le silence, essayant de réfléchir à tout ce qui venait de lui être dit, tandis que Naimell pensait :
J’ai peut-être été un peu brutal mais j’espère que cet électrochoc lui fera prendre conscience de la situation.
Au bout d’un moment, il ordonna à l’adolescent de s’attacher et paramétra le saut en hyperespace, avant d’abaisser une manette. Les étoiles se changèrent en traits lumineux et tous deux furent plaqués sur leurs sièges. Il remonta le levier et ils revinrent dans l’espace normal. Là, Noal demanda :
- Vous avez déjà été sur cette planète Maître ?
L’homme hocha la tête, puis précisa :
- J’avais à peu près le même âge que toi d’ailleurs.
- Et vous avez affronté ces… gorgodons ?
- En effet.
Narrow attendit des explications supplémentaires… qui ne vinrent pas. Alors de deux choses l’une : ou son Maître refusait de lui en parler pour des raisons qui lui étaient propres ou il considérait que l’ignorance de ce qui l’attendait faisait partie de l’épreuve. Dans tous les cas, il s’avérait évident qu’il n’en saurait pas davantage et cette constatation lui arracha un soupir.
- Tu ferais bien de te reposer maintenant. Nous sommes encore loin d’être arrivés, mais tu auras besoin de toutes tes forces.
- Oui Maître.
Le jeune humain ferma les yeux et se laissa emporter par le sommeil. Etrangement, il dormit longtemps, sans faire aucun rêve et se réveilla, reposé, au moment où son mentor amorçait la descente vers la planète glacée. L’opération prit plusieurs minutes et, juste avant de poser la navette, Geld lui dit de s’accrocher car atterrir sur un sol gelé n’était pas sans risque. En effet, le vaisseau toucha terre avec une certaine brutalité et continua à glisser sur plusieurs mètres après que les moteurs se soient arrêtés. Lorsque, enfin, il se stabilisa, le duo quitta sa place et se dirigea vers la coupée que Naimell ouvrit. Un courant d’air glacé s’engouffra alors dans l’appareil et, malgré ses vêtements épais, Noal frissonna.
- A toi de jouer à présent, dit Geld tandis que le vent faisait voltiger les étoffes qui les couvraient.
Surpris, l’adolescent qui s’apprêtait à descendre se retourna. Il n’avait pas réalisé que son mentor ne l’accompagnerait pas.
- Vous ne venez pas Maître ?
Le membre du Conseil secoua la tête.
- Non Noal. C’est ton épreuve. Tu dois la traverser seul.
- Je n’y arriverais pas Maître, dit alors le jeune garçon.
A ces mots, le Jedi fronça les sourcils.
- Que t’ai-je dis à propos de la confiance en soi ? Quand on joue perdant d’avance, on ne gagne jamais. Va à présent.
- Oui Maître.
Il s’assura que son sabre d’emprunt se trouvait bien à sa ceinture, mit sur sa tête la capuche de sa bure et sortit dans les intempéries.
- Que la Force soit avec toi, lui souhaita Naimell.
UN LIEN PROFOND
Un faible rayon de lumière vint se déposer sur son visage et ses paupières se crispèrent. Aussitôt, Axyor se réveilla en sursaut et regarda autour de lui. Allongé sur une autre couche, Ar’Hek’Ta semblait dormir profondément. Constatant qu’il était seulement vêtu de son pantalon, l’adolescent chercha en vain ses affaires. Seuls sa ceinture, son traducteur et son comlink reposaient au pied du lit. Il entendit alors un bruit et vit que le Hurikani, sorti de son sommeil, l’observait. Le Padawan s’empressa de repositionner le petit appareil sur son oreille et lui demanda ce qui s’était passé.
- Tu t’es écroulé, fatigué, raconta son ami. Quelqu’un a tenté de te contacter et aimerait que tu le rappelles.
- Maître Betalan ! s’exclama le jeune homme en s’emparant du communicateur.
- Mais où est le reste de mes affaires ?
-Les miens sont assez méfiants et attendent de mieux te connaître pour te rendre tes armes. Quand à tes vêtements, ils sont en train de sécher dehors.
Le Dazen hocha la tête et composa un code sur son comlink. Aussitôt, la voix de son mentor résonna :
- Est-ce toi Axyor ?
- Oui Maître. Tout va bien, ne vous en faites pas.
- Tant mieux. Achève ta mission alors. Tu me raconteras les détails plus tard.
- Bien Maître. Fin de transmission.
L’élève se laissa retomber sur le matelas composé d’éléments divers et soupira. Il avait mal partout.
- Reposons-nous encore un peu. Les autres viendront nous chercher lorsqu’ils le jugeront nécessaire.
Axyor acquiesça et ferma à nouveau les yeux.


Après quelques mètres, frissonnant et peu rassuré, Noal se tourna vers le vaisseau dans l’espoir d’apercevoir son Maître une dernière fois, mais celui-ci avait refermé la coupée. Le Corellien soupira et scruta les alentours. A perte de vue, ce n’était que plaines gelées vides de toute vie. Une vraie désolation.
Sympathique planète, pensa-t-il ironiquement en s’emmitouflant plus étroitement dans sa bure.
Tentant de faire preuve de détermination malgré ses incertitudes, l’adolescent commença courageusement à suivre la « route » qui le mènerait à son cristal et qu’il devinait semée d’embûches. Tant bien que mal, il avança en essayant d’éviter les dépressions du sol, tout en luttant contre le vent qui soufflait avec force. A de nombreuses reprises, il dérapa sur le sol verglacé et se retrouva par terre dans des positions inconfortables. L’une de ses glissades l’amena jusqu’à un gigantesque précipice au bord duquel il s’arrêta de justesse. Réalisant qu’il l’avait échappé belle, le garçon se remit debout et décida de suivre la profonde faille afin de voir s’il trouvait un passage. Il la longea péniblement, dans un sens, puis dans l’autre, durant près d’une heure, mais comprit vite qu’il n’avait qu’une seule possibilité pour le franchir. Il recula de quelques mètres et, tout en priant pour ne pas glisser, se mit à courir jusqu’au bord de l’abîme par-dessus lequel, assisté par la Force, il sauta. Mais il avait calculé un peu court et ne se rétablit que miraculeusement de l’autre côté après quelques moulinets de bras qui, après coup, lui donnèrent l’impression de ne servir à rien à part le couvrir de ridicule. Jetant un vague coup d’œil en arrière, le Padawan fut saisi de vertige et dû s’agenouiller un moment sur la neige gelée, afin de reprendre son souffle et de laisser s’apaiser les battements frénétiques de son cœur. Lorsqu’il fut suffisamment remis, il se releva et, bien qu’il soit complètement trempé après ses nombreuses chutes et qu’il grelottât, le Corellien poursuivit. Il ne devait pas faiblir. Pas déjà. Ce n’était que le commencement. Il n’avait pas encore aperçu les terrifiantes créatures qui peuplaient ce monde. Soudain, le vent forcit davantage, déplaçant des cristaux de neige gelée, coupants comme des lames, qui le frappèrent violemment à la tête, la lui entaillant à divers endroits. Mais Noal ne sentit pas la douleur car le froid avait complètement engourdi son visage. Ce n’était pas ce qui le gênait en fait. Le problème majeur résidait dans le fait qu’à présent, la visibilité se révélait quasi nulle, l’obligeant à ralentir encore son allure et, de désagréable, le chemin devint franchement pénible. Il ne voyait plus où il se dirigeait et pouvait donc à tout moment tomber dans un trou… ou pire.
Utilise la Force, lui souffla alors une voix au fond de lui. Elle remplacera tes yeux.
Utiliser la Force… oui, bonne idée, mais il avait l’impression que son cerveau avait gelé, alors, comment faire ?
C’est alors que les reproches de Maître Naimell après son duel contre Jalna, résonnèrent dans son esprit « tu es trop concentré sur ce que tu fais et pas assez attentif à ce qui t’entoure. Il te faut apprendre à considérer actions et environnement comme un tout ».
Oui, évidemment. C’était la solution. Frigorifié, claquant des dents, le jeune homme serra davantage autour de lui les pans détrempés de son manteau et ferma les yeux. Après quelques minutes d’efforts intensifs, il parvint à faire abstraction de son corps et la Force l’aida à ressentir les choses au-delà de la neige qui l’environnait. Il sentit la présence massive d’une montagne droit devant lui et, plus loin, celles, menaçantes, des gorgodons. Difficilement, il rouvrit les paupières et se remit en marche d’un pas légèrement plus assuré à présent qu’il ne se dirigeait plus à l’aveuglette. De temps à autre, il s’immobilisait et se concentrait à nouveau afin d’être certain de se trouver dans la bonne direction, puis repartait sans tarder. De toutes façons, il ne trouverait pas de cavernes tant qu’il ne trouverait pas de montagnes alors…
Au bout d’un long moment, il arriva au pied de celle qu’il avait perçu et leva la tête pour essayer d’en distinguer le sommet, mais celui-ci se trouvait trop haut. Soupirant à l’idée de la dangereuse escalade qui l’attendait, l’apprenti se retourna par habitude… mais il était seul. Axyor n’était pas là et il le regretta. Il aurait eu bien besoin d’être encouragé à cette minute et son ami savait toujours trouver les mots. Pour la première fois en six ans, il ne pouvait compter que sur lui-même. Chassant ces pensées, il commença son ascension. Celle-ci fut longue et délicate : les rochers couverts de glace étaient glissants et le froid mordant engourdissait les mains du jeune humain qui s’arrêtait fréquemment pour souffler sur ses doigts gelés. Parfois, des pans entiers de roche s’effondraient sous ses pas, manquant le précipiter dans le vide. Et bien que, de temps en temps, il trouvât des passages plus aisément praticables, la plupart se révélaient extrêmement périlleux. Noal se demandait même comment qui que ce soit avait pu parvenir en haut. Cependant, c’était le cas, son Maître en était la preuve vivante. Et si Geld Naimell avait pu le faire, lui en était également capable, c’était une question de volonté. Crispant ses mains engourdies sur les fragiles prises verglacées, il poussait sur ses jambes afin d’atteindre la suivante. Et celle d’après. Et une de plus. Encore une autre… A présent, il ne luttait plus contre les éléments mais contre lui-même. C’était un terrible combat entre son corps gelé qui criait grâce et son esprit qui lui commandait d’avancer. Il lui semblait qu’il ne parviendrait jamais au bout, pourtant, cela finit par se produire et, totalement épuisé, le jeune Corellien s’écroula de tout son long. Il aurait voulu dormir, mais il savait qu’il risquait de mourir gelé s’il ne se remettait pas immédiatement en mouvement. Plus péniblement que jamais, il s’agenouilla et, au prix de mille efforts, se remit debout. Il se força ensuite à avancer, en ayant l’impression que chaque pas serait le dernier. Il fallait absolument qu’il trouve un endroit abrité où se reposer sinon, il n’arriverait jamais au bout de sa quête. Il mourrait avant. Surtout si les créatures –qui se tenaient tranquilles pour le moment- avaient la mauvaise idée de l’attaquer. Etant donné sa fatigue, même armé de son sabre, il n’avait aucune chance, même contre une seule d’entre elles. Trébuchant à chaque pas, il finit par découvrir une minuscule anfractuosité à peine assez haute et large pour qu’il puisse s’y tenir debout, mais, en cet instant, Noal la trouva magnifique. Il y prit place avec joie bien que le vent l’atteigne tout de même et ferma les yeux pour tenter de se reposer un peu malgré tout. Mais sa tranquillité ne dura pas longtemps. Au bout d’une dizaine de minutes, il sentit une présence malfaisante associée à une intelligence animale approcher. Aussitôt, malgré son extrême fatigue, les réflexes de Jedi prirent le dessus et le Padawan dégaina son sabre d’emprunt qu’il activa du même geste. La lame verte se déploya et, peu après, le premier gorgodon fit son apparition. Bien qu’il en ait vu un holo aux archives, le garçon n’était pas préparé à la vision de cauchemar qu’elle représentait : mesurant plus de deux mètres, la bête au corps puissant et massif recouvert d’une fourrure sombre, possédait des mains énormes munie de trois doigts crochus. Sa tête, semblable à celle d’un lézard, était surmontée d’une haute crête et comptait deux petits yeux noirs et globuleux, ainsi que deux paires de narines. Sans compter… une bouche gigantesque plantée de trois monstrueuses rangées de dents pointues. Pour compléter le tout une impressionnante queue battait sans cesse l’air.
Le Padawan déglutit péniblement et eût soudain la sensation qu’il n’avait aucune chance. Déjà en temps normal, il n’en aurait eu aucune, mais affronter cette chose dans son état relevait du suicide. Néanmoins, il n’avait pas le choix. S’il voulait avancer pour aller chercher son cristal, il devait vaincre cette monstruosité coûte que coûte. Si seulement Maître Naimell avait accepté de lui en parler plus en détails… Narrow n’avait pas la moindre idée de la façon dont il allait s’y prendre. Soudain, il se rappela avoir lu quelque chose au sujet de ces bestioles aux archives. Mais qu’était-ce donc ? Il aurait dû faire plus attention. « Ce que tu as appris peut te sauver » aurait dit son mentor. Certes oui… s’il parvenait à s’en souvenir.
Concentre-toi Noal, concentre-toi et par pitié, souviens-toi, se pria-t-il lui-même tandis que la créature avançait pesamment vers lui en grognant.
Vite, vite ! Il fallait que les souvenirs affluent rapidement ou il serait trop tard ! Le temps semblait passer au ralenti tandis qu’un filet de sueur glacée coulait dans son dos.
Gorgodons… Gorgodons… Mauvaise vue mais ouïe fine et odorat développé ! Voilà ce qu’il avait lu ! La seule solution à sa disposition pour éviter ce monstre était de se déplacer silencieusement et de se mettre contre le vent afin que celui-ci ne porte pas son odeur à ses narines.
Oui mais ensuite ? Comment en venir à bout ? se demanda le Corellien pendant que la chose continuait sa progression.
Sa crête ! C’était son point faible ! se souvint-il en remerciant sa mémoire de ne pas lui faire défaut en cet instant critique. Il suffisait frapper sa tête au milieu de sa crête et cela signerait son arrêt de mort !
L’idée de mettre fin à une vie n’enchantait guère Narrow, mais c’était lui ou elle alors…
Faisant fi de ses remords de conscience, le jeune homme usa de ses talents de Jedi pour se déplacer aussi silencieusement que possible. Il contourna la bête qui tournait à présent la tête dans tous les sens pour tenter de le repérer et, une fois derrière elle, inspira à fond avant de sauter sur son dos grâce à la Force. Gênée par ce poids inhabituel, la chose se débattit autant qu’elle le pu pour s’en défaire mais, avec l’énergie du désespoir, l’adolescent sur cramponnait d’une main aux poils de son cou. Dans l’autre, il tentait de garder son sabre qui manqua tomber plusieurs fois tant la créature se démenait en poussant des cris terribles. Pourtant, le Padawan affermit sa prise sur son arme et, visant le milieu de la protubérance, enfonça son arme jusqu’à la garde dans le crâne de la bestiole. Cette dernière s’effondra immédiatement en faisant trembler le sol dans sa chute, mais épuisé, Noal n’eût pas le temps de sauter et le cadavre s’abattit lourdement sur lui, emprisonnant tout le bas de son corps.
A moitié étouffé par l’énorme poids, l’adolescent se sentait près de la fin et il cessa de lutter pour se dégager.
Je vais mourir sans même avoir achevé ma toute première mission, se dit-il.


De la neige à perte de vue, un vent violent qui le glaçait jusqu’aux tréfonds de lui-même, voilà ce qu’Axyor ressentait en cet instant. Ce sentiment désagréable se trouvait cependant accompagné de détresse, celle de quelqu’un qui lui était proche. Soudain, il le vit coincé sous cette bête informe, sur le point d’abandonner. Il ne pouvait pas le permettre.

C’est alors que la voix familière du Dazen sembla résonner dans la tête du jeune humain :
- Relèves-toi !
- Axyor je… Non, je ne peux pas. Je ne peux plus. C’est trop dur, pensa Narrow en retour sans vraiment attendre de réponse.
- Tu ne dois pas abandonner. Tu es près du but. Je crois en toi, répondit pourtant son ami dans sa tête.
Alors, soutenu par cette dernière phrase et l’idée qu’il ne devait pas le décevoir, Noal se concentra autant que le lui permettait son épuisement, puis entreprit de soulever l’imposante masse. Tout d’abord, rien ne se produisit et le jeune Corellien faillit renoncer. Mais il repensa soudain à son Maître, au Dazen… Tous deux avaient confiance et croyaient en lui, il ne pouvait pas les décevoir. Alors il fit un effort supplémentaire qui lui fit crisper la mâchoire. Centimètre par centimètre, le corps sans vie du gorgodon se déplaça et, au bout de ce qui sembla une éternité au Padawan, il put relâcher son emprise. Une nouvelle fois, la dépouille tombant à terre fit trembler le sol et le jeune homme, enfin libéré, roula sur le ventre avant de se mettre à ramper laborieusement pour récupérer son sabre tombé plus loin. Il n’avait même plus le courage de tendre le bras pour l’attirer à lui par la Force. Pourtant, en relevant la tête, il aperçut, à quelques centaines de mètres, une ouverture béante dans la roche. Une caverne ! Mais elle était loin… si loin… beaucoup trop loin. Jamais il ne pourrait l’atteindre. Essayer le tuerait. Alors, cette idée lui redonna courage : il devait tenter d’y arriver, même si ce devait être son dernier acte, même s’il devait en mourir. Il ne serait pas dit que Noal Narrow aura renoncé.
Sans savoir comment il en trouva l’énergie, l’apprenti se remit debout et, marchant aussi mécaniquement qu’un droïde, entreprit de se traîner jusqu’à la grotte. Les mètres semblaient s’étirer, ne pas avoir de fin. Néanmoins, le garçon finit par l’atteindre et s’y écrouler, avant de sombrer dans l’inconscience.



Axyor se réveilla en sursaut lorsqu’une main se posa sur lui. Il se retrouva face à un Hurikani qui paraissait bien plus vieux que les autres. Celui-ci émit de petits gloussements et le garçon chercha son traducteur pour tenter de le comprendre. Le doigt de l’être se posèrent sur les siens et, de la tête, il lui fit signe que non, avant de lui indiquer qu’il devait le suivre.
Le Dazen s’exécuta et, une fois à l’extérieur, fut surpris de la hauteur à laquelle ils se trouvaient. De cette petite hutte, ils dominaient tout le reste du village sauf une autre habitation, perchée juste au-dessus. C’est vers celle-ci que le vieillard l’entraîna et ils pénétrèrent sans un mot à l’intérieur. Une forte odeur incommoda aussitôt le Padawan, qui retint sa respiration tout en faisant une moue de dégoût. Lorsqu’il ne put plus continuer, il la relâcha et se sentit mal. La tête lui tourna, il chancela et sa vision se dédoubla. Soudain, il s’écroula aux pieds de l’insectoïde qui se dirigea vers le fond de la cabane. Il revint au bout de quelques minutes, tenant deux petits bols finement travaillés et s’agenouilla près du jeune homme. Le sorcier le retourna et, après avoir trempé son ongle dans l’une des mixtures, traça des symboles sur son visage. Les peintures rouges et noires s’entrecroisèrent et, lorsqu’il eût achevé sa tâche, il rangea précieusement les coupes à la même place. Il s’accroupit de nouveau près de lui et passa les mains sur les tempes de l’apprenti, avant de commencer à émettre un long cri qui ressemblait plus à une sombre mélodie qu’à la complainte stridente d’Ar’Hek’Ta.
Une fois encore, Axyor se tenait debout dans ce désert brûlant avec l’impression de suffoquer. Il fit quelques pas et tomba à genoux en tendant le bras devant lui. Ses paupières se crispèrent l’espace d’une seconde et il se retrouva dans la pièce sombre de son précédent rêve. Ses yeux eurent besoin d’un peu de temps pour s’habituer à la pénombre et, lorsque ce fut le cas, il se vit pour la deuxième fois. Mais, étrangement, il n’avait pas peur, bien au contraire. Il se dévisagea longuement, se demandant d’où provenaient ses cicatrices. Comment ? Pourquoi et quand ? Ces trois questions résonnèrent dans son esprit et son double disparut.
Il ouvrit les yeux et regarda le Hurikani, l’air interrogateur.
- Je suis le sorcier Hanhd’Ar’Kirn, se présenta-t-il.
Etonné de le comprendre sans l’aide du traducteur, il ouvrit la bouche pour parler, mais le vieillard le coupa :
- Tandis que nos esprits se trouvaient en contact, nous avons échangé nos savoirs linguistiques.
Le Dazen baissa la tête quelques secondes pour analyser la situation et le mage annonça :
- Il y a quelque chose de très fort en toi dont tu dois te méfier… ou que tu dois écouter si c’est la voie que tu désires emprunter.
- Vous… Vous ne me déconseillez pas de suivre le Côté Obscur comme les autres ? interrogea le Padawan, surpris.
- Toi seul possèdes le choix. A toi de savoir où tu te sens le mieux.
Complètement déboussolé, le garçon se terra dans le silence et laissa sa tête retomber sur ses genoux qu’il venait de ramener contre lui. Pourquoi tout était-il si compliqué ? Son esprit se trouvait incompréhensiblement embrouillé et l’apprenti parvenait difficilement à prendre ses repères. Il se sentait mal et peinait à supporter les émanations qui continuaient d’envahir le petit lieu clos.
Soudain, il devint nauséeux et se releva pour sortir, mais le sorcier le retint par le poignet.
- Tu dois rester ! ordonna-t-il.
- Non, je…
Le jeune homme n’eût pas le temps de finir sa phrase car ses jambes se dérobèrent sous son poids et il retomba à genoux.
Hanhd’Ar’Kirn se leva et ramena un gobelet peint qu’il lui tendit.
- Bois.
- Qu’est-ce que…
- Bois. Fais-moi confiance.
Constatant qu’il n’avait pas le choix, Axyor s’exécuta et avala d’une traite la mixture au goût amer. Ses doigts s’écartèrent et lâchèrent le récipient tandis que la tête lui tournait. Une étrange sensation parut envahir son être et, subitement, ses yeux se révulsèrent. Inconsciemment, il leva les bras au dessus de lui et plongea dans une profonde transe.