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Misère d'une mort annoncée
Auteur : Leeto
Nouvelle
Moi, j'ai jamais été d'accord. Jamais. Mais je ne suis qu'une voix parmi tant d'autres. Je ne suis plus qu'une voix maintenant. Dernier représentant de mon peuple, je me morfonds sur ce monde luxuriant où j'ai trouvé refuge. Il devait être notre abri, notre futur. Il sera mon tombeau.

Mon peuple réussit à découvrir un moyen de voyager dans l'espace ; plus rapide que la lumière. Je fus le premier à l'utiliser, je m'étais porté volontaire : je sentais une force en moi et j'espérais trouver quelqu'un qui puisse m'aider. Comme dirait ce maître, la "Force" m'a guidé vers lui. Grâce à ce don que nous avions, nous avons surpassé nos différences physiques et culturelles. Nous communiquions à travers la Force.

C'est là que j'ai appris l'étendue de mes capacités. J'ai appris à reconnaître le bien du mal, et à savoir faire le bon choix. J'ai appris plus que je n'aurais souhaité, plus qu'il ne m'était nécessaire. J'ai appris à croire mes instincts et ressentir la Force. J'ai appris à tuer sans douleur d'un geste, j'ai appris des secrets de simples contemplations durant plusieurs jours, j'ai appris l'universalité de tout être et son inutilité.

Je suis revenu pour mon peuple un sorcier, un mage. Ce qui s'en rapproche le plus en tout cas. Ce que je manie était appelé magie par mon peuple ; ce grand savant me dit que cela s'appelait la Force. Auprès de lui, j'ai aussi appris la diplomatie. Et devant la volonté unanime de mon peuple à partir à la recherche des étoiles après mon retour, je n'ai pu que m'incliner.

L'idée en tant que telle n'était pas fondamentalement mauvaise. Mais notre race n'a jamais fait dans la demi-mesure. Nous avons construit un immense vaisseau capable de tous nous contenir et nous sommes partis. Ce qui s'est passé en plein vol je n'en ai aucune idée. Un réveil brutal pour apparemment aucune raison, voilà tout ce dont je me souviens du moment funeste. Mais la Force me parlait. Ou plutôt elle était étrangement silencieuse.

Tout comme le vaisseau. Je ne ressentais plus aucune vie, j'ai paniqué, je me suis mis à genoux et je me suis ouvert tout entier à la Force à la recherche de vie dans le vaisseau. Je perdis connaissance immédiatement pendant un temps inconnu mais long. Ironiquement, je ne rejoignis pas la Force grâce à l'instinct de survie bestial de mon peuple et non grâce à l'entraînement intensif que j'ai eu.

J'ai mis du temps à comprendre. Notre vaisseau a rencontré un danger, a traversé une zone mortelle, ignorante des matières. Ce que notre vaisseau a franchi a pénétré à l'intérieur de notre coque pour tous nous tuer. Unique survivant de mon peuple, je maudis à ce jour la Force qui me tint en vie une fois, et me montre la mort d'une manière infinie.

Quand j'ai repris connaissance, j'ai vagabondé chancelant dans les couloirs de notre mausolée. Les corps étaient éparpillés, sans vie, stoppés net dans leurs actions les plus banales. J'ai vu ma famille avachie sur leur table pendant leur repas, mes amis dans une étreinte éternelle, nus arrêtés dans leur coït, ma race exterminée d'elle-même par une menace que je plains.

En m'ouvrant à la Force, égaré que j'étais, à la recherche de la moindre trace de vie, je découvris la dernière leçon que mon maître a été incapable de me transmettre. J'ai sondé l'immensité de la mort et du vide, j'ai vu ce qui m'attendait et ce contre quoi je devrais me battre.

Est-ce par cette réaction d'un être vivant terrifié ou est-ce par ce qui tua mes semblables ? Je ne le saurais jamais. Ce que je ressens ce sont les conséquences. J'ai appris à manier la Force, à utiliser cette énergie que je sentais en moi. J'ai pu accomplir miracles et meurtres, assassinats pour le bien commun et résurrection par pur égoïsme. Avec la mort des miens je compris une seule chose quel qu'en soit la cause: je suis incapable d'utiliser la Force sans en mourir dans l'instant.

Si on me lance une pierre, je sentirais le danger si elle doit me frapper. Je sais écouter la Force dans la Nature qui m'entoure. Mais je suis incapable de me battre en me concentrant sur mon adversaire et deviner ses mouvements grâce à la Force. Je suis incapable d'attirer un objet à moi, incapable de déplacer quoi que ce soit grâce à la Force. Si je le faisais j'en mourrais immédiatement. La dernière fois n'était qu'un coup de semonce, une sorte d'avertissement. La prochaine fois me sera fatale. Je ne peux l'expliquer mais je le sais. Je sais que cela s'est passé quand nous avons traversé cette chose qui massacra les miens. Je crois mon sentiment et la Force que je ressens.

Car je la sens. Je sens la Force en moi, bouillir de concentration, ne voulant qu'une seule chose : sortir, être utilisée, servir son dessein comme je l'ai fait jusque là. Mon maître m'a dit de me méfier du Côté Obscur de la Force, celui qui amenait destruction et malheur sur soi et les siens, celui qui finissait par nous dominer plus que nous le contrôlions. J'ai suivi le Côté Lumineux, faisant ce que je croyais juste. Aujourd'hui je suis l'esclave du Côté Lumineux, je me bats contre lui jours et nuits. Il sera la cause de ma mort et de ma destruction, provoquera l'extinction d'une race. Je ne peux m'empêcher de penser à ce que nous avons accompli, à ce qui fut écrit par nos ancêtres, bâti et peint, détruit et changé. Je pleure cette perte, et je sais que personne ne lira ce que j'écris en ce moment. Nous disparaîtrons sans avoir jamais existé, nous qui avons résisté aux maladies, envahisseurs et autres messagers de destruction. Nous tombons devant le pire ennemi qu'une race puisse être amenée à affronter : elle-même.

Et dans ma réclusion, malgré mes pleurs, mes chagrins et mes peines, le Côté Lumineux me domine et je n'aspire qu'à ne pas mourir en vain. Malgré moi, malgré la Force qui, quand cela lui plait, me fait défaut, le doute plane. Voilà une période incalculée que j'ai atterri sur cette planète inhabitée ; il ne s'est pas passé un jour sans que je ne veuille tester cette malédiction, en un défi ultime à la Force, mon serf devenu le seigneur. Et si mes sentiments me faisaient défaut ? Si tout simplement je m'étais refusé à la Force, inconsciemment puisqu'elle m'avait empêché d'aider mon peuple ?

C'est un conflit permanent que je mène avec moi-même. J'ai constamment peur de devenir fou, mais je sais que cela n'arrivera pas. Je me tiens en permanence sur ce rebord de balcon que le suicidé doit enjamber pour mettre à exécution son plan, en sachant pertinemment qu'il ne sautera pas. J'attends en permanence l'arrivée d'un vaisseau de sauvetage, un rescapé que j'aurais raté, quelqu'un, quiconque ; mais l'attente est vaine et cela aussi je le sais. Je suis un paradoxe à moi tout seul, deux idées en opposition toujours en moi qui se battent jusqu'à ce que j'en trouve deux autres pour recommencer la bataille.

Aujourd'hui je ne peux tenir plus longtemps. Les combats sont finis. J'ai décidé d'écrire ce texte comme témoignage de mon passage, de mon existence, de celle de mon peuple et de ma race. Mais pour une fois je vais savoir. La Force bout en moi et elle a gagné. Mon maître dans toute son infinie sagesse ne s'en ait pas rendu compte : nous, qui utilisons la Force, sommes ses esclaves. Tous ceux qui l'utilisent, tous ceux qui disent la maîtriser, que sont-ils sans elle ? Nous en sommes dépendants, bons ou mauvais, hideux ou sublimes. Nous ne servons pas la volonté de la Force, nous sommes les jouets de notre propre conscience.

Je finis ces lignes en même temps que mon existence : qui y a-t-il autour de moi ? Quelques ustensiles de cuisine, du gibier accroché, une peau? là un bol en terre cuite. J'ai trouvé ce qui va être mon sujet d'expérience. Vous qui lisez ces lignes, sachez que quand j'arrêterai de les écrire je me lèverai et prendrai à deux mains ce bol. Je l'attirerai à moi grâce à la Force.